beaucoup de difficultés à noter un livre pareil (la meuf t'explique pendant 120 pages que sa mère est morte dans ses propres excréments je me vois difficilement dire "deux étoiles intrigue pas assez palpitante" t'as capté), mais je dois admettre que le malaise que j'ai éprouvé à ma lecture n'a fait que croître avec le recul. évidemment il appartient à Annie Ernaux de raconter la dépendance et la maladie de sa mère comme elle l'entend, et ça fait trop longtemps que j'écris et édite des livres pour me sentir une quelconque pertinence à juger sa démarche voyeuriste ou non (on l'est tous quand on écrit à divers degrés, honnêtement), n'en reste pas moins que j'ai trouvé le livre gênant, crispant, avilissant, et c'est probablement le but hein I mean old age is a curse, mais précisément je sais juste pas si c'est de ce genre d'ouvrages sur la vieillesse dont j'ai envie et besoin. je ne nie pas la réalité de la grande dépendance et du dénuement, mais peut-être on peut raconter d'autres histoires pour préparer nos futurs, et imaginer comment s'occuper de ceux qui deviendront bientôt vieux autour de nous je sais pas peut-être je suis idéaliste tsais mais voilà, ce livre qui n'en est pas vraiment un mais littéralement le journal qu'AE tenait à l'époque me semble au mieux maladroit au pire pas bienvenu, je me dis qu'à la place de la mère de l'autrice j'aurais vraiment pas kiffé qu'on raconte tout ça de moi. ouais je suis la censure tout ce que vous voulez, tant pis. seul le titre est beau, vraiment beau, et je dis pas que la littérature doit être belle hein on peut raconter l'horreur le glauque et le pathétique dieu sait que je le fais moi-même et pas qu'un peu, mais voilà, quand c'est juste pour raconter à quel point ta mère se faisait caca dessus avant de mourir pendant que tu culpabilises de continuer à vivre ta vie et de baiser un mec plus jeune je sais pas bref, ça m'a un peu saoulée tbh, je crois qu'avec les années je deviens de moins en moins fan d'Annie Ernaux, probablement pck j'en sais plus sur la personne, sur la façon dont elle utilise le pacte de confiance entre elle et ses lecteurs, sur les récits aussi qu'elle peut réarranger à son avantage et les engagements politiques qu'elle refuse de prendre. qu'on se comprenne bien : je la respecte toujours, grande écrivaine, bravo le Nobel, mais je ne l'admire peut-être plus. d'aucuns diraient que grandir, c'est faire descendre ses idoles de leur piédestal - je dirais que grandir, c'est surtout en trouver d'autres à faire monter encore plus haut. plus je grandis, plus mes idoles sont radicales, marginales, plus elles s'éloignent du consensus et des postures dont, je trouve, AE est un peu trop friande, et je trouve ça beau.