L'année du Bac, la meilleure période de notre vie en même temps que la pire.
"Je m’étais façonné un faux moi intégralement taillé pour lui plaire. Elle avait adoré Le cercle des poètes disparus ? C’est dingue, c’était mon film culte. Elle aimait Sting et surtout son dernier album en date … Nothing Like the Sun ? Je vénérais cet album, de manière inconditionnelle. Elle admirait le chanteur pour son implication dans la défense de la forêt amazonienne aux côtés du chef Raoni ? J’étais à deux doigts de venir au lycée le lendemain avec un plateau de terre cuite coincé dans la lèvre inférieure…"
Jonglant avec l’euphorie et la fébrilité de nos dix-huit ans, Fabrice Caro livre la chronique drolatique d’une année de terminale à la fin des années 80.
Avec beaucoup d'humour et un brin de nostalgie, Jérémy Lopez de la Comédie-Française prête sa voix à un Daniel attachant et un peu perdu, entre deux âges.
Fabcaro, pseudonyme de Fabrice Caro, est né à Montpellier en 1973. Suite à des études scientifiques, il se dirige d'abord vers le professorat puis entreprend une carrière de dessinateur/scénariste à partir de 1996 en travaillant pour diverses revues de bandes dessinés (notamment FLBLB en 2003-2004, Psikopat, Jade entre 2006 et 2013, Tchô !, L'Écho des savanes, Zoo, CQFD...), la presse et l'illustration de livres. À partir de 2005, il participe au travail de différents collectifs, en particulier ceux de 6 Pieds sous terre et La Cafetière. Il écrit en 2006 Figurec, qui fait l'objet d'une adaptation en bande par Christian De Metter l'année suivante1,2.
Le succès arrive en 2015 avec Zaï zaï zaï zaï, bande dessinée qui, d'après Télérama, réussit à doser « critique sociale et éclats de rire »3. En 2018 paraît une autre œuvre mélangeant humour absurde et satire sociale : Moins qu'hier (plus que demain) ; elle reçoit un accueil critique favorable.
En parallèle de sa carrière dans la bande dessinée, Fabcaro est également musicien, auteur-compositeur et chanteur. Il est à l'origine en 1994 du groupe de rock Hari Om et réalise en 1999 un album en solo Les Amants de la rue Sinistrose1puis en 2014 Shhherpa.
j'ai ri en lisant Broadway et Journal d'un scénario mais je n'avais pas forcément trouvé d'émotions, avec ce dernier texte l'auteur arrive à mêler savamment les deux : son humour absurde et le sens des situations cocasses avec la nostalgie d'une époque (que je n'ai pas connue) et d'une période (que nous avons tous connus), la Terminale. c'était jouissif sur tous les points
3,5/5 C’est un roman frais, sans prise de tête et qui pourtant traite de sujets importants entre les lignes. Il est sans plus mais un des rares romans plutôt joyeux de cette rentrée littéraire 2025 (parce qu’il y en a jamais beaucoup)
Certaines années sentent la laque et le jean stonewash. On y entend les grésillements de Walkmans quand les piles viennent à lâcher. Dans « Les derniers jours de l’apesanteur », nous sommes en terminale, cette toute dernière année de lycée où l’électricité se fait statique, où l’on vit tout plus intensément, le pire comme le meilleur. Souvenez-vous… Si vous n’y parvenez pas, le roman de Fabrice Caro va vous faire recouvrer la mémoire. Tremplin ou plongeoir, cette année un peu folle réveille nos souvenirs d’adolescence et ce fichu bac à passer. L’écrivain rallume les boules à facettes de cette période indécise où l’on a tous eu l’impression de jouer notre peau, et notre avenir. La nostalgie positive qui se dégage de ce roman exfolie toutes les émotions. C’est le cadeau du baume au coeur qui vous est offert ici.
Années 80, nous ne t’avons pas oubliées ! « Les derniers jours de l’apesanteur » les restitue dans toutes leurs « vibes ». Ce temps où nous attendions un peu figés la suite, contraste avec les petits événements du quotidien qui font tout le sel de ce texte. Le téléphone fixe comme seul moyen de communication, la sortie des stats du Top 50, le magnétoscope qui se rembobine. Les moments de latence propres à ces années-là donnent un si beau relief au roman qu’on donnerait cher pour y retourner. À dix-huit ans, on espérait que le monde nous attende. La précision sensorielle de Fabrice Caro m’a donné la chair de poule.
Le lycée signe la fin d’un cycle. Cette dernière année où l’on se donne un genre, une sorte de « faux moi » pour plaire, est un art développé ici qui m’a fait sourire. On se fabrique un costume et, dès la porte du domicile familial franchie, on l’enfile. Ah l’alchimie de l’adolescence où l’on prétend être un autre, où l’on écoute des albums « non commerciaux », où l’on va voir des films pour faire « genre » sans bien les comprendre, où on lit des livres plus grands que soi.
Quand j’y repense, ça me fait bien rire. La culture servait alors de passerelle pour aller vers l’Autre, cet inconnu qui devait nous aimer instantanément. Car l’Amour avec un grand A est bien la première préoccupation de cette année de Terminale, les derniers mois où il est encore possible de mentir « de bonne foi ». Ce roman porte merveilleusement son titre. « Les derniers jours de l’apesanteur » symbolisent à la perfection cet entre-deux, pas tout à fait adulte, plus vraiment adolescent.
Le texte s’appuie sur quelques fétiches culturels de l’époque : un film qui a changé une vision, apporté une énergie nouvelle, une chanson qui éveille les consciences, un livre dont on extirpe et répète les citations … Tout cela fournit de la matière pour cartographier l’intime. Fabrice Caro se sert des objets comme preuves d’une époque, ils deviennent des clés d’entrée dans une communauté. Dans la vérité d’avoir 18 ans, on se construit en voyant grand, en ressentant fort, en exprimant bruyamment. L’humour omniprésent naît de ces disproportions, grâce à ce regard qui a pris du recul, et un peu de hauteur.
Ce que j’ai beaucoup aimé dans « Les derniers jours de l’apesanteur » c’est justement ce regard bienveillant posé sur l’adolescent que l’on fut. Parfois peu flatteur, mais fidèle, je me suis revu dans un miroir. Parfois avec un peu de nostalgie, parfois avec des sourires, ou des serrements de coeur, mais toujours avec émotion. Je me souviens avec exactitude de ce moment où, je savais que le bac en poche, ces derniers jours d’apesanteur allaient progressivement se dissiper.
La reconstruction de ces temps-là est sans doute ce qui nous émeut le plus. La douce mélancolie mêlée aux rires empêche de tomber dans une morosité qui sape le moral. Ici, la mémoire reste un atelier vivant où les souvenirs continuent de produire du sens. Elles furent nos premières fois vivaces : premier amour, premières convictions, premiers ratés. Fabrice Caro y pose son regard tendre par sa façon de montrer comment on négocie avec la réalité.
Le texte regorge de scènes minuscules, liturgie du banal, qui salue avec délicatesse cet autre être qui fut une autre partie de nous. Ceux qui, comme moi, n’ont porté que du noir, avaient la coupe de cheveux de Robert Smith et les yeux charbonneux, sentent la vérité du roman et les effluves d’un passé qu’on aimerait voir ressurgir. Y compris cette période où, par quelques journées de juin, nous est offerte la possibilité de nous élever au-dessus de notre milieu en planchant sur des épreuves que beaucoup de nos parents n’avaient pas connues. Il s’agissait là de notre premier rôle d’adulte.
Il y a dans le titre de ce roman, « Les derniers jours de l’apesanteur », une intuition pertinente : l’apesanteur symbolise le corps avant la chute, et ce moment précis où il est suspendu. Une année où l’on flotte, et où les promesses sont dites avec le coeur. Plus tard, la gravité refait son œuvre et on atterrit. Toute l’émotion de ce roman se niche dans cet instant précis, en entre-deux où l’on a appris à voler.
Encore une loufoquerie de Fabrice Caro (qui m’a été offerte en avant-première par les editions Gallimard ce qui me rend très fière mais je vais rester sincère dans ma “critique”) … tout particulièrement sympathique à lire si comme moi on a passé son bac pendant les mêmes années que le protagoniste, avant les téléphones portables. J’ai trouvé beaucoup de similitudes avec “Leurs enfants après eux” de Nicolas Mathieu mais c’est probablement plus car l’histoire se déroule pendant la même période qu’autre chose. Une bonne lecture de plage. Ou comme moi de convalescence, on ricane plusieurs fois et on est nostalgique aussi.
“Les terminale A et C, littéraires et scientifiques, ne se fréquentaient pas particulièrement, ces deux univers restaient assez cloisonnés, les uns partageant sur les autres des a priori aussi coriaces que caricaturaux. Pour eux, nous étions des acnéiques fans de Star Wars et de jeux de rôle à base d'elfes et de formules magiques, parlant seuls à haute voix en résolvant des calculs de dérivées, rêvant de devenir pilotes de chasse après avoir vu Top Gun. Eux, à nos yeux, baladaient leur fausse négligence capillaire, un recueil de poèmes de Rimbaud dépassant ostensiblement de leur poche, et passaient des soirées assis par terre en tailleur à parler d'Inde et de société idéale tout en fumant du haschich payé avec l'argent de poche qu'ils recevaient chaque semaine de leurs parents médecins. On cohabitait comme cohabitent certains animaux de la jungle, sans conflits ni interactions, buvant au même étang sans se prêter attention.”
3.5 écouté en livre audio livre sympa ! j'ai parfois eu l'impression d'être dans le film "Les beaux gosses" dans la dynamique garçon ado fasciné par les filles et pas très populaire même si je n'ai pas connu les années 80, j'ai trouvé que ça dépeignait assez bien les sentiments de l'adolescence et de la fin du lycée, c'est sans doute ça qui m'a fait le plus accrocher à l'histoire ! [spoil] gros point faible pour l'agression sexuelle (ou harcèlement sexuel je ne sais pas trop) d'un des perso, qui devient répétitive au fil du texte et qui en devient banalisée et entourée d'humour alors que ça n'est pas drôle
Encore un très chouette roman de Fabcaro, on y retrouve son humour habituel avec une histoire à la fois légère et émouvante, on s'attache vite aux personnages.
Comité de lecteurs: un récit par Daniel, 18 ans, de son année de Bac - ses problèmes d'amour, ses questions sur les filles. C'est intéressant parce que je n'ai pas vécu ceci.
un petit bijou ! j'ai adoré replongé dans l'ambiance des années 80, de cette parenthèse suspendue de la terminale, entre fin de linnocence et debout de l'âge adulte, entre une propension à s'inventer des histoires et la réalisation du monde réel. le passage sur le dilemme des jours de lavage de cheveux m'a fait pleurer de rire !
Quelle joie de retrouver la plume de Fabrice Caro (avant de le retrouver sous le nom de Fabcaro plus tard cet automne). Il ne lâche toujours pas son personnage de loser attachant et névrosé mais plutôt que de le retrouver à 40 ans, on le retrouve sur le point de passer le bac (ambiance Péril Jeune par instants). La fin du lycée est un moment particulier: l’attirance sexuelle, les grosses soirées, l’attachement aux parents, les copains, les groupes dans la cour, la perspective du bac, le mal-être ado pas complètement passé mais la sensation bien réelle d’arriver au bout de quelque chose. Caro est parfait pour faire ressentir ce moment particulier. Comme toujours, il le fait avec un humour décapant, et bien que l’ancrant à la fin des années 80, il en ressort quelque chose d’assez universel. Bref, encore une bonne tranche de rire pour ceux qui aiment son humour et qui pourrait séduire ceux qui ne le connaissent pas
J’étais persuadée d’avoir fini ce roman et j’étais prêt à le mettre dans un coin quand je me suis rendu compte qu’il me restait en réalité plus d’une dizaine de pages à lire. Je pense que ça résume en réalité ce que j’ai pensé du roman ; oubliable, mais suffisamment divertissant pour que je prenne le temps de le finir malgré tout. Je ne suis pas le public visé, donc le sentiment de nostalgie est très vite oublié pour ma part, et si on laisse de côté tout ce qu’il y a de malaisant (agressions sexuelles, pédophilie et co), je comprends l’engouement des gens. C’est un roman qui parle et vise les personnes qui ont grandi dans les années 80 / 90 mais aussi toustes celleux qui ont un souvenir au moins un peu positif du lycée. On sent la tendresse de l’auteur pour ces années là et les souvenirs, qui au-delà de la reconnaissance sont sensibles dans la lecture.
Les derniers jours de l'apesanteur c'est comme écouter "1979"des Smashing Pumpkins: le temps de l'insouciance où la vie nous appartient. Une certaine mélancolie m'a étreint . Pourtant je ne pense pas être "c'était mieux avantiste" mais je doute, par les temps qui courent, que les ados gardent un bon souvenir de l'époque que nous sommes en train de vivre. Simone avait raison "la nostalgie n'est plus ce qu'elle était". Pour employer une expression de senior: les derniers jours de l'apesanteur est un chouette livre mais plutôt pour les garçons. les états d'âme des ados de l'époque risquent peu d'inspirer la gente féminine (encore un vieux terme)
un texte nostalgique et drôle où certains souvenirs ne manquent pas de nous faire sourire, d'autres de nous rappeler des évènements et des personnes perdues de vue... beaucoup de choses où la génération des 90' se retrouvera avec plaisir. ''En traversant le salon, j’ai retrouvé mon frère affalé sur le canapé devant le Top 50. Marc Toesca annonçait Les deux événements de la semaine : François Feldman n’est plus numéro un du Top avec Les valses de Vienne et Roch Voisine est en chute libre. C’était un cataclysme.''
Avec beaucoup d’humour (il n’y d’ailleurs pas besoin de forcer le trait tant ces années sont ─ rétrospectivement ─ drôles), Caro nous raconte l’année du bac dans les années 80 vue par Daniel.
Et tout y passe : la musique, les copains, la caf, les ragots, les fêtes, les études et bien sûr les fantasmes et les filles vues par ce qu’il serait de bon ton de nommer « un looser magnifique ».
Un portrait tendre et amusé sur des années compliquées
3.5 ou 4? Audible un Polaroïd savoureux d'une fin d'année de rhéto en 89, mais qui touche toute une génération. Les copains, la musique, les cours, les profs, les copines, les parents... tout sonne juste et te replonge immédiatement dans l'ambiance de ton adolescence. Les situations et les personnages sont dépeints avec tant d'humour qu'on a constamment le sourire au lèvres. 4 pour l'ambiance, et 3.5 pour l'histoire qui manque légèrement de souffle, mais quel plaisir!
Heureuse de retrouver l’humour de FabCaro! Surtout pour plonger dans le meilleur et le pire de l’année de nos dix-huit ans, une époque bénie et brutale tout à la fois.
J'ai bien aimé l'humour et la restitution du point se vue du lycéen un peu paumé. En revanche j'ai trouvé les agressions sexuelles commises par des adultes sur adolescents ou jeunes adultes très malaisantes.
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Léger, drôle et nostalgique. Le livre rend parfaitement la gêne éternelle qu'on ressent ado, et les films qu'on se fait sur tout et notamment les membres du sexe opposé.
Fabrice Caro, c'est le seul gars qui est capable de me faire rire toute seule comme une abrutie dans le métro avec mon bouquin. Je suis une fois de plus complètement conquise par son humour complètement absurde, et je salue bien bas cette capacité à décrire l'adolescence avec tant de légèreté et de recul sans passer pour un vieux boomer aigri.
Je ne sais pas si ça peut faire écho chez les plus jeunes, mais en tant qu'enfant des années 90 j'ai ressenti une vraie nostalgie pour cette adolescence exposée, parsemée de walkmans, de cassettes et de vhs et surtout pour en pleine période post bac avec des souvenirs aussi doux qu'angoissants. Je conseille mille fois ce livre, gros coup de cœur !
Le seul auteur qui arrive à me faire rire ;-) Un Fabrice Caro est toujours un gage d’un bon moment et je ne peux que vous conseiller ce livre si vous souhaitez vous replonger dans les années lycées à la fin du 20eme siècle
Daniel, le narrateur, élève en terminale scientifique, fait le récit des derniers mois précédant son bac. J'ai aimé, dès le début, l'humour de Fabrice Caro, ce genre de phrases que je lirais quelle que soit l’histoire racontée. Qui n’est pas très différente de celle de quantité d’adolescents, mais qui est livrée avec grâce, douceur et un regard frais, dénué de toute hypocrisie. Mais, surtout, avec un humour irrésistible, contaminant le moindre événement, avec de l’auto-ironie et de la sensibilité à peine masquée par l’autodérision. Daniel se découvre lui-même à mesure qu’il découvre et re-découvre les autres, des interactions souvent invraisemblables. Un minus pour le manque de quelque chose qui eût rendu l'histoire vraiment mémorable.