Publié en 1974, Écarlate est le récit autobiographique d'une jeune fille qui raconte à sa mère qu'elle parle avec un spectre de la fenêtre de sa chambre, qui attend toute la nuit l'arrivée du matin, assise au pied de son lit, qui se demande, si elle dort, qui lui donnera la lune, qui désire la mort, qui est sans cesse en fuite, qui veut rester dans sa folie et garder sa violence.
Écarlate est un cri du coeur qui se lit en un souffle. Un livre inouï, oublié et révélé.
Il faudra mais il ne faut pas trahir nos adolescences, et ce livre en est l'éblouissant rappel. Cet âge d'insoutenable et merveilleuse exigence où rien qu'être au monde est souffrance, et où toute expérience future, on le sait, ne pourra que décevoir ce qu'on commence déjà à se lasser d'espérer de la vie. Bien sûr que ça se lisse et s'apaise ensuite, mais je ne veux pas et refuse de laisser s'éteindre cette colère qui crache, ce regard noir, cette maladie de dépit et de dégoût qui rend ces années si dures, mais qui leur permet aussi de laisser dans leur sillage le souvenir d'une intransigeance, d'une beauté, d'une totalité de l'expérience et du souvenir dont je crois qu'on gagne à la garder avec soi et à se la rappeler de temps en temps, une fois adulte, cette horrible chose qui nous arrive lorsqu'on n'y fait pas attention.
Splendeur. "Jamais jamais je ne deviendrai adulte (...) Ce n'est pas possible. Jamais je ne deviendrai comme ces écrasantes grandes personnes qui oppressaient mon enfance par la sécheresse de leurs raisonnements."
"J'ai aimé les choses les plus simples et les plus innocentes, les marches sous la pluie et le froid aigre des petits matins d'hiver; j'ai aimé aussi les choses les plus étranges, l'ombre des sanctuaires, la magie des clairs de lune et des crépuscules précoces."
Incandescent. Une écriture ciselée faite de fulgurances. On en demande encore. Quel dommage que Christine Pawlowska n’ait plus rien écrit après ce texte publié en 1974 et rédigé à l’aube de ses 18 ans. Une Françoise Sagan en devenir, qui ne le sera hélas pas. J’y vois aussi un peu de Simone de Beauvoir dans les inséparables. Une pépite littéraire à mettre entre toutes les mains.
Je regrettais son rire, sa chaleur et la tendresse douce-amère de sa voix, mais c’étaient là de très belles choses et il eut été ingrat de se mettre à sangloter, car après tout ces très belles choses avaient été miennes.
« Mais moi, j'aimais le feu, je l'aimais jusqu'à la brûlure, j'aimais l'amour jusqu'à la plaie et la vie jusqu'à la mort. Moi, je n'étais pas raisonnable. Elle s'en fut, définitivement, me laissant pour toujours […] la douleur d'offrir la mer à boire à qui n'a de soif que pour un verre d'eau. »
Quelle merveille !!! Merci Flamme, Volcan, Tempête de Pierre Boisson de m'avoir mené à cet ouvrage. J'ai la sensation de retourner en seconde quand j'avais découvert Bonjour Tristesse de Françoise Sagan. C'est si incroyable la poésie et la rage qui se dégagent de cette petite centaine de pages. C'est délicieux que son unique livre ait pu être dépoussiéré et soit de retour en librairie parce que c'était une vraie perte littéraire de le voir disparu. J'AI ADORÉ !!!
Depuis le temps que j'avais envie de lire ce livre, je l'ai cherché, je l'ai voulu, presque désiré... J'ai laissé mûrir en moi l'idée de parcourir ses pages et de me laisser imprégner de leur flot... Alors je suppose que l'écart avec la réalité a été abrupt, la fin d'un idéalisme naïf. Alors, certes, certaines fulgurances poétiques restent en mémoire et accrochent l'œil qui n'a d'autre choix que d'y revenir et d'y revenir sans cesse, mais dans l'ensemble la prose se laisse survoler sans véritablement qu'on puisse s'y attacher, de même que le portrait que nous livre l'autrice d'elle-même. Certaines thématiques intéressantes mais un manque cruel de profondeur, à l'exception de ces brefs tunnels de lumière qui irradient dans leur fugacité l'ensemble de cette terne reconstitution de soi.
Ce roman court est surprenant par sa puissance. Chaque phrase est une pépite. L'autrice relate les pensées d'une adolescente rêveuse et sensible avec finesse. La narratrice offre une description de ses sentiments avec un niveau d'analyse et de profondeur qui ne peut laisser le lecteur insensible. Une histoire d'ado ? Non, un être humain avec une forte intelligence émotionnelle.
Lu d'un souffle, c'est sensible, poétique, touchant et universel d'autant plus qu'il a été écrit entre ses 15 et 18ans! Ça parle d'amour, d'amitié, relation maternelle etc. Ça m'a donné envie de lire la biographie de Pierre Boisson sur cette personnalité un peu mystérieuse et oubliée alors.
"Mais moi, j'aimais le feu, je l'aimais jusqu'à la brûlure, j'aimais l'amour jusqu'à la plaie et la vie jusqu'à la mort. Moi, je n'étais pas raisonnable."
"et je ne veux être femme, ni mesure ni sagesse, mais jaillissement déchiré, toute entière à mon cri, tout au bout de mon souffle ; et ce n'est pas ma faute si je suis plus loin de moi que mon corps, si je suis aussi loin de mes yeux que la portée la plus lointaine de mon regard, aussi loin de mon oreille que les musiques que j'entends, si je suis l'espace qui me couvre. Je ne suis que cri et violence du cri. Je ne suis que désire d'adoration."
Nous sommes toutes les mêmes... Je garde ce livre pour toujours ; il s'est déversé en moi et s'est imprimé dans mon âme pour faire partie de moi, ce qu'il a toujours été, en fait.
"Jamais, jamais je ne deviendrai adulte. Jamais je ne deviendrai comme ces écrasantes grandes personnes qui oppressaient mon enfance par la sécheresse de leurs raisonnements. [...] Je ne veux pas devenir raisonnable, ni calculatrice, ni économe de ma tendresse, je veux garder ma violence."
L'unique roman exalté d'une toute jeune fille, publié en 1974. Elle met des mots sur ses douleurs, ses amours, ses espoirs et déceptions. Un souffle de vie incroyable.
soyons clairs et honnêtes : oui c’est une jeune femme blanche et bourgeoise qui écrit mais cet ouvrage est très beau dans la mesure où il touche beaucoup de sujets sensibles tels que l’amitié fusionnel, le refus de la conformité/de grandir, la mort, la dépression, le lien à la figure maternelle, tout ça avec une langue très très poétique et avec les mots d’une jeune fille de 12/15 ans donc il y a quelque chose de très universel
« Si j’avais cédé, reconnu mon amour, aussitôt je me serais soumise, toute résistance brisée. Je ne pouvais pas l’aimer, car alors c’eut été renoncer à toute rivalité, accepter sa puissance et sa supériorité »
« Toutes les fois que j’ai aimé quelqu’un, j’ai ressenti avec horreur sa fragilité et la facilité avec laquelle je pouvais le perdre. Toutes les fois que j’ai aimé, j’ai pensé à la mort. »
Une lecture assez bouleversante et très mélancolique. J’ai adoré le style d’écriture, certaines phrases sont d’une beauté ! J’avoue être assez déstabilisée de lire un livre de cette ampleur en cette période dans laquelle je suis… ça m’a plongé dans une grande nostalgie. « Moi, j'ai gaspillé mon amour. Je l'ai jeté par les fenêtres à qui voulait le prendre et il m'est resté sur le cœur. Toutes ces choses en allées... » « Car c'est là l'infini de l'amour dans l'éternité d'une seconde. » « Et en cet instant il m'aimait vraiment, de toutes ses forces vives, et tout ce qu'il y avait d’amour en lui, tout ce qui est l'amour depuis la nuit des temps se coagulait dans ce présent superbe. » « Et pour toujours, aussi, la douleur d'offrir la mer à boire à qui n'a de soif que pour un verre d'eau. »
« aussi loin que déborde ton amour, sais-tu combien tu as les mains vides, sais-tu bien, comme je le sais depuis longtemps déjà, que la moindre de mes volte-face pulvérisera impitoyablement les remparts protecteurs patiemment édifiés dans la nuit de ta tendresse, que tu n’es rien que ce grand courage à fonds perdu, cette lueur consolatrice, ce cri que j’ai poussé chaque fois que j’ai eu trop mal. tu ne peux rien d’autre qu’être là, présente et inutile et indispensable pourtant, pour me recueillir et m’emporter sur ton cœur quand je serai tombée - être la pour me regarder saigner, sans pouvoir RIEN D’AUTRE que cela. »
Un roman sur la passion, presque christique, de la jeune autrice. Une découverte qui m’a envoûté par cette capacité qu’à Christine Pawlowska à prendre le lecteur “en otage”. Impossible de ne pas le finir d’une traite. La beauté de ses mots m’a ému plus d’une fois.
Vraiment un très joli livre plein de poésie qui serre le coeur. Je l'ai vécu comme ces morceaux de musique aux sonorités plus grandes que soi, qui s'écoutent à fond allongé.e par terre. Je saurais pas décrire ce que j'ai lu, juste dire que je l'ai ressenti très fort.
Enfin une belle surprise avec cette lecture. Ce qui est surtout surprenant c'est la justesse de cette plume, si belle, si poétique. Et la prouesse d'avoir écrit ainsi à seulement 19 ans.
Mon seul regret vis-à-vis de cette lecture est de ne pas l'avoir lu d'une traite, ce qui m'a coupé dans mon élan de lecture et m'a fait perdre de la magie du texte.
Quelle tristesse de savoir qu'il s'agit du seul texte de l'autrice
Après avoir lu « flamme volcans tempête » j’ai lu ce petit livre qui l’a inspiré. En effet, c’est d’une beauté rare,c’est plein de fougue de jeunesse et la langue est magnifique. Ça aurait dû être un de nos classiques et j’aurai aimé le lire à 15 ans, je pense que je serai tombé amoureuse de la littérature par ce livre.
4,5. « La douleur, c’était en quelque sorte ma façon de me sentir vivre » Il est de ces femmes qui peignent la douleur d’être soi, d’aimer furieusement et terriblement avec une justesse qui bouleverse. J’ai vu un commentaire qui parlait de Clarice Lispector, d’Anna de Noailles, moi elle m’évoque Alejandra Pizarnik, Sylvia Plath, toutes ces femmes qui façonnent le sublime par la lucidité de leur désespoir. Qu’est-ce que je les adore.. Explorer ainsi l’adolescence et toutes les émotions que le corps produit et subit, le plus intime, la lassitude et l’ennui de vivre, ça a fait beaucoup écho à ma propre expérience alors il y avait quelque chose d’assez déchirant mais aussi de cathartique (oui j’écris ça les yeux baignés de larmes..). Merci pour la redécouverte de ce texte, merci pour son écriture, c’est une merveille.
« Alors reculant un peu, il se mit à sourire et souffla vers moi dans sa main, disant. Reçois le baiser. Et j'ai crié et j'ai pleuré. Tant, que ma mère est accourue. Inquiète, croyant que j'avais été piquée par un scorpion. Je pleurais : Il m'a embrassée… Ma mère aussi m'a embrassée et m'a emportée dans ses bras. » sifflait Pierre Louÿs dans Les Chants de Bilitis. Dans cette prose éclot toute l’essence d’Écarlate.
Christine a la soif absolue de vivre, de pleurer, d’échouer et, surtout, d’avancer. Elle est en feu. Un feu qui se cherche, se trouve, se perd. C’est une flamme dans laquelle chacun peut se reconnaître et qui peut aussi chacun nous frustrer, une jeune âme qui se développe, qui se risque, qui s’envole vers un astre calciné…
Écarlate comme le sang qui court dans nos veines, qui pulse, qui tambourine nerveusement à chaque shoot d’adrénaline… Écarlate et cette fragilité, cette fraîcheur, cette singularité. Un unique texte qui dit tout, qui ancre un instant de vie universel.
Un individu ambivalent, cruel et touchant, dur et délicat, inspirant… un vrai personnage qu’on retient. Une Rosetta avec vingt ans d’avance. Une Antigone avec deux mille ans de retard.
Un langage tranchant pour un cœur révolté. Une lecture qu’on aime à genoux.
Mon dieu que j'ai aimé cette lecture. J'ai vu qu'une review précisait que le livre avait été écrit par une jeune femme blanche et bourgeoise et effectivement je trouve que c'est un point à garder en mémoire. Mais malgré tout, l'autrice arrive à écrire je trouve avec tellement de précision ce que cela fait de trop ressentir, de trop aimer, celui de la dépression, mais aussi celui de la fusion. Ce que cela fait d'être enfant/ado et de ne pas supporter la perte qui s'opère chez l'adulte et de ne pas vouloir en être victime. j'ai trouvé ce livre hyper touchant, tant dans sa manière d'aborder la fusion amicale qui peut se vivre enfant, mais aussi les premières étincelles d'amour, et celles du deuil. Et la peur de voir ce qu'implique de grandir et de ce fait, d'appartenir à la société et à ses attentes. Bref ça se dévore