LA MÉMOIRE TROUÉE
Élisabeth Combres
„La mémoire trouée“ est un roman d’Élisabeth Combres. La thématique du roman est la situation du peuple du Rwanda après le génocide. L’histoire est basée sur des faits historiques réels. Les personnages, en revanche, ont été inventés par l’auteure, et sont donc fictifs.
Résumé
En avril 1994 au Rwanda, lorsque la guerre civile entre Tutsi et Hutu commence, Emma, une fille de cinq ans, assiste involontairement au meurtre de sa mère. Entendant les Tutsis arrivés, la maman ordonne à sa fille de se cacher, de se taire et de s’imaginer être ailleurs afin de lui permettre de survivre. Emma ne voit donc pas directement l’assassinat de sa mère de ses propres yeux, mais entend tout.
Après les massacres Emma, s’enfuie et trouve refuge chez une femme Hutu nommée Mukecuru. En la protégeant, cette femme encourt un énorme risque. Durant toutes ces années, Emma doit régulièrement se cacher dans des chants pour que personne ne découvre que Mukecuru s’occupe d’une Tutsi. En effet, cela mettrait un point final à leur vie.
Neuf ans plus tard, Emma, toujours traumatisée par ce grave incident, se réveille chaque nuit à cause d’un horrible cauchemar. Malgré cela, elle essaye de surpasser son passé et de vivre sa vie. Elle aide Mukecuru dans le ménage et la cuisine, l’accompagne à la tombe de son mari et vend des fruits au marché. Tout va relativement bien jusqu’au moment où les assassins sont jugés. Tous les souvenirs reviennent à la surface d’Emma, et celle-ci traverse une rude épreuve. Dans ces moments difficiles, Emma rencontre un jeune garçon, Ndoli, qui a traversé la même chose qu’elle, si ce n’est pire. Grâce à lui, Emma fait la connaissance d’un psychologue qui essaye de l’aider à tirer un trait sur son passé et à aller de l’avant. Pour cela, Emma se met à la recherche de son passé et retourne dans le village dans lequel elle a grandi.
Critique
« La mémoire trouée » est un roman très intéressant, informatif et dramatique.
Pour ce roman, Élisabeth Combres a choisi un vocabulaire descriptif, comme le démontre la phrase suivante: « Ndoli semblait avoir déserté son corps. Puis, sans prévenir, le jeune garçon baissa la tête, ou plutôt sa tête tomba, comme si le fil qui la maintenait droite s’était rompu d’un coup » (p. 49)
Le vocabulaire est plutôt difficile, c’est pour cela que le roman est accompagné d’un petit livret de vocabulaire, dans lequel les mots jugés trop compliqués pour les élèves, sont traduis. Les phrases sont plutôt longues, en raison des descriptions détaillées.
Le fait que le livre ne contienne ni d’images, ni d’illustration ne promeut pas la compréhension du texte.
Même si le style linguistique est plutôt exigeant, le roman vaut la peine d’être considéré comme une potentielle lecture de classe, car il contient beaucoup d’aspects utilisables pour approfondir différentes matières :
Pour comprendre le roman, il est important de connaître l’histoire du Rwanda. Le roman contient une introduction historique, « note de l’auteur », au début du livre, dans laquelle les aspects importants pour la compréhension du livre sont brièvement résumés. Celle-ci pourrait être approfondie avec plus d’informations sur la guerre civile tout au long de la lecture en classe, car le conflit entre Tutsi et Hutu paraît répétitivement dans le roman.
On pourrait également traiter l’aspect culturel, qui est évidemment présent dans le livre.
« La mémoire trouée » est aussi appropriée pour les cours de littératures. On pourrait traiter les différents points de vue narratifs, étant donné que le roman en contient deux, le narrateur omniscient et le narrateur-personnage.
Différents thèmes comme l’amitié, le traumatisme, les problèmes psychiques,… pourraient également être abordés dans les cours de « Lebenskunde ».
Pour toutes ces raisons, cette lecture serait absolument appropriée pour un enseignement EMIL. Le professeur pourrait lier les cours de français avec ceux d’histoire, de géographie, d’allemand (littérature),…
Elisabeth Combres utilise, comme déjà évoqué, un style linguistique exigeant. L’action, en revanche, est construite de manière simple. Pour la compréhension du roman, seuls quatre personnages sont d’importance primordiale. Le déroulement de l’action n’est pas complexe. Elle est séparée en trois parties ; l’assassinat de la mère d’Emma, sa vie neuf ans plus tard et sa vie dix-neuf ans plus tard.
Je pense que le roman serait une lecture idéale pour une classe de niveau secondaire II. Il faut dire que le roman est très long (120 pages) pour une lecture de classe en niveau secondaire I. C’est pour cela, que le livre pourrait faire partie d’un buffet littéraire dans le cadre d’un projet de lecture extensive, où il ne s’agirait pas de comprendre et d’analyser chaque détail du livre, mais plutôt d’élaborer une compréhension globale du texte et de motiver les élèves à lire dans une langue vivante (vgl. Kirchhoff, 2009, S. 4).
Extrait du livre p. 15
Emma se réveilla en sursaut, harassée par ce cauchemar qui revenait presque toutes les nuits depuis ce jour d’avril 1994 où ils avaient surgi dans la maison et assassiné sa mère. Elle n’avait pas assisté à la scène, mais elle l’avait entendue. Elle était alors recroquevillée derrière le vieux fauteuil, tremblante et terrifiée, se répétant, pour ne pas hurler, ce que sa mère lui avait ordonné quand le premier coup de gourdin s’était abattu sur la porte : « Faufile–toi là, ferme les yeux, mets tes mains sur tes oreilles, ne fais pas le moindre geste, pas le moindre bruit, et dis-toi que tu n’es pas dans cette pièce, tu ne vois rien, tu n’entends rien, bientôt tout sera fini. Tu ne dois pas mourir, Emma ! »
Tout fut vite fini ce jour-là comme le lui avait promis sa mère. Mais le cauchemar commençait à peine pour la fillette.
Bibliographie
Kirchhoff, P. (2009). Extensives Lesen in der Unterstufe des Gymnasiums. In : ForumSprache 2/2009. 4