En France, 8 animaux abattus sur 10 sont issus de l’élevage intensif. Si 84 % de la population est opposée à ce mode de production, seul 2 % se déclare végétarienne. Pour explorer ce paradoxe, la politiste Réjane Sénac offre une plongée dans le mouvement animaliste. En allant à la rencontre de ses acteurs, en observant des actions militantes – Nuit debout devant les abattoirs, campagnes de sensibilisation, diffusion de vidéos chocs, refuges… – elle montre comment ces mobilisations nous bousculent et font « entrer par effraction » la maltraitance animale dans l'espace public. À partir de son enquête de terrain, elle interroge la manière dont la question animale met à l’épreuve notre rapport à l’injustice, à la violence, à l'amour et à l’espoir. Réjane Sénac esquisse ainsi un chemin pour apprendre à être humblement humain.
Comment les défenseurs des animaux, antispécistes, végétariens et végétaliens, antispécistes font effraction dans le système politique et économique carniste et rendent visible la question animale. Après avoir, dans son premier chapitre, décrit les chocs politiques que l'autrice et quelques-un-es de ses interviewé-es ont éprouvé comme une effraction dans leurs certitudes (le lapin Pompon, copain de l'autrice, servi en civet par une grand-mère qui ne fera pas plus de commentaire, respectant l'omerta de la viande), les remarques et objections toutes plus stupides (le cri de la carotte) et dépolitisantes les unes que les autres que les végétariens et véganes entendent à longueur de repas de famille ou amical, et avoir affirmé qu' "une croyance, tant qu'elle est hégémonique, n'a pas besoin d'être logique ou argumentée", que le carnisme est une croyance vu qu'on ne ramasse pas de VG/Véganes effondrés par pleines ambulances dans nos rues, Réjane Sénac affirme qu'il faut de la force et de la durabilité pour résister quotidiennement à l'injonction matérielle et symbolique à se conformer au banquet spéciste. Il faut aussi surmonter le conflit de loyauté des végétaliens à l'espèce humaine ! Le deuxième chapitre fait l'état des lieux sur les avancées de la cause animale et de sa mise à l'agenda politique. En examinant les différentes stratégies des militants et de leurs associations, spécialisées ou non, mais désormais toutes très professionnalisées : du welfarisme au radicalisme, du lobbying auprès des décideurs politiques, aux mains dans le cambouis des refuges et des sanctuaires, allant des réformistes aux tenantes de l'exposition par videos interposées des souffrances indicibles des animaux dans les tunnels et les cages des élevages, les transports, la tuerie industrielle des abattoirs, les cirques, les pratiques de chasse et de divertissement, l'expérimentation sur les animaux, les militants animalistes et antispécistes exposent la boîte noire insérée entre l'élevage prétendu bucolique et le steak dans l'assiette. Chacune expose sa vision du combat à mener, ses stratégies, et les motivations qui les font avancer. Les activistes et leurs fondations, associations, sont tous là, puisque Réjane Sénac les a rencontrés. Ainsi que les références bibliographiques qu'elle a consultées. Un vrai état des lieux, des méthodes et arguments : si vous aussi avez éprouvé ce choc politique qui vous a fait prendre conscience que votre adhésion au 'banquet spéciste' n'allait plus aller de soi sans questionnements, ce livre est fait pour vous. C'est une mine à recommander aussi bien aux activistes débutants qu'aux chevronnés. Réjane Sénac est directrice de recherche du CNRS au CEVIPOF, le centre de recherches politiques de Sciences Po.