"Ce sont les silences de tout ce qui n'a jamais été dit qui racontent cette histoire." Quand elle apprend que sa grand-mère, la flamboyante Mama Abla, n'a plus que quelques mois à vivre, Layal va s'installer chez elle à Tanger, dans la demeure où elle a grandi, pour la veiller jusqu'à sa mort, avec sa mère et sa tante. Face au deuil à venir, la jeune femme s'interroge sur ses souvenirs d'enfance et son incapacité à exister en dehors de ces murs, qui prennent vie et semblent lui répondre. À la veille de sa mort, Mama Abla lui fait promettre d'empêcher coûte que coûte que la maison ne soit vendue... Dans ce huis clos féminin hanté par un secret, Soundouss Chraïbi explore les dessous d'une société patriarcale, et rend hommage à "toutes les femmes, mortes et oubliées, dont les voeux n'ont jamais été respectés".
Ce roman nous rappelle le poids du manque lorsque tout ce que nous désirons, c’est de la compagnie, et en même temps la force de la solitude lorsque tout ce que nous fuyons, ce sont les gens.
La puissance des grands mères…. Un roman joliment rythmé entre le présent et la narration des souvenirs racontés pour comprendre enfin qui Layal est. Et nous le saurons entièrement qu’à la fin. Ode à la famille qui est montrée tel quelle. Avec ses plus beaux aspects mais aussi ses défauts. Ce roman se concentre particulièrement sur le récit des femmes. On met une pause dans ce monde à mixité et on ouvre la porte à un deuxième monde qui se cache dans un salon ou une cuisine, sans hommes, sans perturbation. La complicité à l’état pur avec ses silences et ses secrets. Que sommes nous sans le regard et l’amour de nos tantes bien aimées ? La transmission. La famille. L’amour silencieux.
Peut importe le temps que coule, les questions sur ce que fait une femme restent toujours les memes.
Fav quotes: "C'est dans cette chambre où j'ai grandi seule que sont nées les prémices de cette complicité entre Faïza et Malak qui exclut le reste du monde. Je regarde ces murs rose pâle, je vois se dessiner mes souvenirs, mes jeux auxquels Mama Abla, Faïza et Malak ont toutes participé. (...) C'est en observant ce lit inhabité que j'ai pris conscience du sentiment de solitude. Je comprenais ce que signifiait être seule dans un endroit fait pour deux. C'est à cette image que j'associe, encore aujourd'hui, la morsure du manque et de l'absence." (P.42)
"N'était-ce pas ce qu'elles avaient toujours voulu, que j'apprenne à vivre sans elles ? Pour la première fois, je me sentais lasse de ce cycle sans fin de départs et de retours, de cet infaillible sens du devoir et de tout ce que je m'étais imposé sans qu'on me le demande. Pourtant, c'était ma vérité. Il suffisait d'un appel, "rentre", et j'accourais, prise dans la vitesse des trains qui me transporteraient comme une personne que l'on aurait chassée et qui n'attendait qu'un mot pour revenir. Ce besoin de rentrer chez soi lorsqu'on se sent trop fatigué de fuir, cette impression de devoir être quelque part. Par-dessus tout, cette peur irrépressible que le destin des miens se déroule sans moi, et demeurer à jamais exclue de l'acte final de la grande pièce de théâtre qui se jouait dans la maison de Mama Abla." (p.114)
"La cuisine, c'est le lieu de la vérité. C'est là qu'on apprend à connaitre celles avec qui on vit. Les chambres accueillent nos solitudes, les salons sont les hôtes de nos retrouvailles. Ici, on découvre les goûts et les préférences des autres, on apprend à lire leurs humeurs, on écoute le déroulement de leurs journées, les choses qu'ils souhaitent nous raconter et celles qu'ils préfèrent taire entre deux bouchées. La cuisine est la pièce des odeurs, celles qui nous répugnent et celles qui nous réconfortent. C'est le lieu, aussi, des souvenirs. C'est là que l'on retrouve, loin des salons impeccables, les taches d'huile qui ne veulent pas partir. (...) C'est gravé, comme tant d'autres choses dont on ne parvient pas à se débarrasser. On vit avec." (p.116-117)
"C'est quoi une maison ? Plus qu'une construction, moins qu'une vie. (...) C'est un lieu que nous avons sans cesse réinventé entre nous. Un lieu de femmes, régi par des règles que personne n'énonce jamais, mais qu'on apprend à déchiffrer en grandissant. Nous n'en avons pas été prisonnières, car nous sommes celles qui en avons tracé et défini les frontières. (...) Ce lieu, celui de nos pensées, de nos amours et des blessures que l'on se transmet, c'est le monde où j'ai grandi, c'est aussi celui où j'ai eu la chance d'avoir trois mères, alors que d'autres n'ont même pas droit à une seule." (p.236)
Reading this book made remember my experience reading Dreams of Trespass but from a whole different vision and focus. while its focused on the life of women between each other and the intangible customs that they have between them in a family, it also talks about the effect of those customs and moeurs that could hurt the family.
Its very original and the pacing is super well knitted through the story and Soundouss use places within the house that are well known to Moroccans to hold a unique context and symbolism to them based on the context of the chapter. The kitchen for example, where sometimes you can have some discussions about whatever and change tea. While the living room 'Salon' is supposed to be the place where only you invite people and show the best of your house to the guests and what you stand for.
The story follows the main chracter who is layal, the only grandaughter to Mama Abla who is also the main anchor of the family and the protagonist of the story in the sense of writing. Layal is the spitting image of her mother 'Faiza' both are rebellious and search to live their best.
In their house in Tangier, Mama Abla is the one leading the vision within the house and the customs that reign in the sphere of the family. Through the lens of Layal, we get to discover who is Mama Abla and why is she the way she is. As well as her dynamics with her husband, her daughters and her acquaintances.
As i was reading the book, i felt very connected to the experiences of Layal with her grandmother and the events that were happening around the house and i believe most moroccans from my generation can relate and get better visualization of what is described.
Soundouss' way of describing and story telling is very sweet and very genuine. You get to discover with Layal secrets of the family, of her own life, events that change completely and forever the family. especially the passing away of Mama Abla.
Secrets like a stranger that never had the change to exist and that made the family strong, the passing away of a loved one that led to changes. And promises made to be protected but fail to stand ground until the end. Yet give birth to another sunrise.
J’ai énormément aimé ce livre. C’est le genre de lecture qui donne l’impression de ne pas seulement lire une histoire, mais de traverser un lieu vivant. Tout au long du roman, j’avais l’impression de me promener dans cette maison, de passer d’une pièce à l’autre avec tous les souvenirs qu’elles renferment. Chaque espace raconte quelque chose : la pièce des invités, plus figée et destinée aux cérémonies, les espaces plus intimes réservés à la famille, ou encore la cuisine, qui devient ce lieu de rassemblement où les discussions les plus sincères finissent toujours par avoir lieu. Ce livre m’a donné l’impression de retrouver des souvenirs qui n’étaient pas les miens mais qui m’étaient malgré tout familiers. Les descriptions, les ambiances, les silences, les dynamiques familiales, tout semblait incroyablement réel. J’avais presque l’impression de sentir l’air des maisons marocaines, cette atmosphère particulière qu’on reconnaît immédiatement quand on y a grandi. Je me suis aussi énormément attachée à Mama Abla. Elle m’a rappelé ma propre grand-mère, une figure de matriarche forte, imposante, qui semble porter toute la famille sur ses épaules. On sent chez elle une délicate tendresse, mais aussi une carapace construite pour protéger les siens et ne jamais montrer ses faiblesses face au monde extérieur. J’ai aussi beaucoup apprécié Layal et son désir d’une relation sororale, similaire à celle qu’ont sa mère et sa tante. Ça m’a fait réaliser à quel point grandir avec une sœur est précieux, et à quel point cette présence peut façonner une vie entière. C’est un roman délicat, profondément humain, rempli de mémoire, de transmission et de chaleur. ❤️
L’histoire est profondément touchante, mais surtout très réelle. On y fait face aux codes implicites des mœurs féminines, ces règles silencieuses qui se transmettent sans jamais être expliquées, et à leur impact sur la manière dont les femmes interagissent entre elles, avec les hommes, et avec le monde extérieur en général.
Au-delà de ça, le livre aborde avec beaucoup de justesse les secrets, les non-dits et les sujets tabous qui peuvent exister au sein d’une même famille. Et c’est là que ça devient encore plus fort : je pense sincèrement que beaucoup de familles marocaines peuvent s’y reconnaître.
On sent que c’est une approche très ancrée dans la génération de nos parents, et de leurs parents. Une manière de vivre, d’aimer, de se taire aussi.
Et ça pousse forcément à réfléchir : j’espère qu’on saura briser ce schéma, et qu’on ne reproduira pas ces mœurs silencieuses avec la génération de nos enfants.
Un livre qui reste avec toi longtemps après l’avoir terminé.
j'ai adoré la première partie centrée sur layal mais la seconde qui traite plus du secret m'a moins plu.... malgré tout très belle écriture qui met en lumière la place des femmes, le rapport aux normes sociales, à l'attachement etc..
J’ai beaucoup aimé. Hyper touchant, très relatable car peu spécifique : la maison de tanger pourrait être celle de rabat, la figure d’une mère et grand-mère sévère et égoïste dont on découvre les sentiments et les regrets bien enfouis est super universelle. Très bon livre vraiment.
Malheureusement je n'ai pas terminé ce livre. Je n'ai pas été touchée par l'histoire de ces femmes. J'ai lu à peu près la moitié mais je n'ai pas réussi à me retrouver dans les sentiments décrits, ce qui m'a empêchée de m'attacher aux personnages. C'est une jolie plume toutefois.
Le rythme de Soundouss Chraibi est sans égal. Une lecture que j’ai particulièrement apprécié et qui nous fait prendre connaissance de l’importance de l’appartenance.
j'appréhendais la lecture pcq j'avais peur que ça fasse écho et ravive des blessures, mais c'est le genre de lecture qui donne au contraire du courage. Big up Soundouss<3
Bon bah je crois que ce livre a détrôné Rêves de femmes de Fatima Mernissi dans mon cœur.. J'ai eu les larmes aux yeux QUATRE fois !! (dont deux fois dans le métro et une fois au taf comme un gros boloss), je pense ne jamais avoir autant ressenti ce sentiment de bulle qu'à certains moments où l'impression même que ma musique était en harmonie avec le passage que j'étais entrain de lire, j'aimerais le conseiller à tous pleins de gens (et limite avoir leurs réactions en live lol)
Bref Soundouss Chraïbi c'est ta décennie, on est juste là pour t'accompagner ❤️❤️❤️