D'une descente en enfer vers une autre descente en enfer. Pourtant, il s'agit bien de deux enfers différents, au 17ème siècle dans une colonie britannique naissante vers la baie de Massachusetts. Une jeune orpheline, achetée à l'âge de quatre ans par une maîtresse, épouse d'orfèvre, pour s'occuper de sa fille malade, est obligée de suivre la maisonnée lorsque le second mari de sa maîtresse décide de faire fortune en Amérique. Là commence le premier enfer, de loin le plus cruel et impitoyable. Les colons sont enfermés dans le fort, protégés par des soldats. Autour, il y a le monde sauvage, inquiétant car inconnu. Le paradis promis est très loin, la famine règne, la révolte guette. Lorsqu'elle est témoin de la chose la plus atroce qu'elle puisse imaginer, la jeune fille, à peine 16 ans, s'enfuit par une brêche dans la palissade, après avoir commis quelque chose de grave pour laquelle elle se sait poursuivie.
La deuxième descente en enfer commence, pour cette jeune fille qui ne connaît rien d'autre du vaste monde que les inlassables prêches du clergé chargés de menaces du diable et compagnie.
L'histoire de sa fuite à travers ce monde sauvage est lente et pénible à lire. Jusqu'à ce que l'on comprend que c'est là le rythme à tenir pour survivre. Lamentations, car c'est son nom, à une force mentale époustouflante pour continuer son apprentissage car elle doit apprendre absolument tout. Et elle y parvient. Elle est intelligente et maline, rapide et leste, et elle arrive à semer le soldat envoyé à sa poursuite. Mais au prix de quelle souffrance, physique et mentale, et quelle solitude... L'humain, résiste-t-il à une solitude absolue ?
Toute seule, elle arrive pourtant à se questionner comme un vrai philosophe. Et dieu dans tout ça ?
Des années plus tard, collectionnées dans son rosaire de souffrance, en expirant doucement son dernier souffle, elle le sait : dieu n'existe pas, le paradis n'existe pas. Nous sommes une étincelle qui a réussi à s'enflammer le temps d'une vie, et qui lorsqu'elle s'éteint, nous laisse revenir dans ce néant d'où nous venons. Profitons donc ici et maintenant du souffle tiède de la brise sur notre peau.
Quelle leçon de vie.