Quand un auteur s'éloigne de sa manne habituelle (ici, le roman d'aventures avec un contexte historique et littéraire) et bifurque complètement, en plus de changer de maison d'édition, ça peut prendre son lecteur de cours.
Ce portrait d'une communauté aux valeurs dépassées, et d'un mariage qui déraille, est dès les premiers chapitres fort fascinant. On embarque dans le récit atmosphérique avec bonheur, sachant que quand une situation est trop parfaite, elle est appelée à se désintégrer. Grenier travaille son écriture de façon à ce que le récit et les événements soient le centre de l'attention, et cette absence de fioritures et d'élans lyriques contribue au climat un peu glaçant.
Il est selon moi plutôt intéressant de laisser certaines questions en suspens, et de ne pas résoudre tous les fils narratifs. Je n'aurais pas détesté que mon incursion dans cet univers dure un peu plus longtemps, mais les choses se concluent au bon moment, à un rythme parfait, avec un délicieux revirement de situation.