Publié sur le webzine Les Méconnus
Simon Brousseau présente son premier livre de fiction chez Le Cheval d’août, un premier titre audacieux qui a néanmoins ses forces et ses faiblesses. Sur 120 pages s’alignent 225 microfictions d’une phrase. Les micronouvelles s’adressent, au « tu », à une panoplie de personnages, du bébé en train de naître, à la personne âgée ayant perdu l’amour de sa vie.
On croise des adolescents à la recherche d’eux-mêmes, des enfants à la découverte du monde, des adultes sous l’emprise de fortes remises en question, toujours sous le regard de ce narrateur omniscient, qui observe sans juger tout ce beau monde qui tente de se dépêtrer avec leur existence. Si certains segments sont glanés ici et là dans les expériences de vie commune à chacun, d’autres s’inspirent carrément de faits divers de l’actualité québécoise des dernières années. On comprend que l’auteur a dû contempler longtemps ce qui l’entoure pour arriver à une suite de portraits aussi diversifiés qu’intéressants.
Brousseau réussit à faire vivre des personnages, à les rendre vraisemblables et uniques en seulement une phrase et sur cet aspect, le recueil s’avère un succès. On devine une contrainte que s’est imposée l’auteur : écrire une anecdote touchante et significative en un souffle. Si pour la majorité des segments, le défi est relevé avec brio, certains passages s’essoufflent, puisque la chute s’éloigne trop du point de départ initial de la phrase.
La narration omnisciente permet au lecteur d’accéder aux pensées des personnages, ce qui se révèle être l’énergie du recueil et ce qui donne tant de force et d’intelligence à celui-ci. L’auteur sait jouer avec le banal pour en faire ressortir les émotions brutes et sait tirer parti d’anecdotes ordinaires pour créer un univers en peu de mots.
On se reconnait dans certains microrécits, on réfléchit, on s’identifie. Décidément, un livre à lire pour se changer les idées, ou visiter celles des autres.
Extrait :
« Tu n’arrives pas à déterminer si tu es instable émotivement parce que tu te défonces depuis l’adolescence, ou si au contraire tu as utilisé toutes ces cochonneries pour stabiliser ton état mental déjà chambranlant, les extrêmes t’attirent et tu ne parviens pas à respecter cette prétendue valeur de la vie, sa fragilité qui devrait te pousser à en prendre le plus grand soin, et dans le doute tu as conclu que le mieux est de lâcher prise, car, après tout, ta sensibilité, qu’elle soit innée ou qu’elle ait été acquise lors d’une soirée d’ecstasy qui t’aurait grillé le cerveau, confère à ton quotidien une intensité dont tu ne voudrais surtout pas avoir à faire le deuil. »