Ellie S. Green est pour moi une véritable valeur sûre — que ce soit pour sa plume, son imagination ou la richesse de ses univers. Elle a ce talent rare de me transporter à chaque lecture, peu importe le registre qu’elle explore. J’étais donc particulièrement impatiente de découvrir son dernier roman, Silverton Supernatural Project, qui promettait une histoire originale, atypique et audacieuse, loin de mes lectures habituelles.
Dès les premières pages, nous voilà plongés au cœur d’une Amérique d’après-guerre, aux paysages poussiéreux rappelant les vieux westerns que l’on aperçoit parfois à la télévision. Le contexte historique, d’abord bien marqué, glisse peu à peu vers le fantastique et le paranormal, avec une touche de magie vaudou et la présence de morts-vivants. Cette confrontation entre réalisme historique et surnaturel confère au roman une atmosphère sombre, étrange et envoûtante, presque creepy par moments. Heureusement, certains personnages viennent apporter une touche d’humour et d’humanité bienvenue.
Je pense notamment à Linus, dont le tempérament est aussi acerbe qu’attachant. Son caractère imbuvable, son sarcasme et son humour grinçant dynamisent le récit. Et même s’il reste détestable une grande partie du roman, j’ai beaucoup aimé l’évolution de son personnage, jusqu’à cette forme de rédemption en fin d’histoire, qui me donne très envie de découvrir la suite. À ses côtés, on retrouve Sinéad, plus discrète et réservée, mais empreinte d’une grande bienveillance malgré un passé douloureux, ainsi que Sam, au tempérament plus ouvert, qui forme avec Linus un duo d’une alchimie piquante et savoureuse.
L’un des aspects les plus surprenants — et réussis — de ce roman réside dans les nombreux caméos de personnalités historiques réelles. J’ai adoré la manière dont Ellie S. Green les intègre à l’intrigue, en les faisant jouer un rôle parfois inattendu mais toujours cohérent. Cela renforce le lien entre réalité et fiction, et j’ai hâte de voir si elle nous réserve encore d’autres surprises dans le prochain tome.
Fidèle à son habitude, l’autrice aborde aussi des thématiques fortes et actuelles : le traumatisme post-guerre (ici, la guerre de Sécession), le racisme, l’esclavage, le handicap… Des sujets lourds, mais traités avec finesse, respect et profondeur. Chaque thème s’intègre naturellement à la trame, sans jamais alourdir le récit, tout en incitant à la réflexion.
En refermant ce livre, je ressors impressionnée par la richesse de l’univers, touchée par ses personnages et curieuse de découvrir la suite. Une lecture à la fois étrange, captivante et profondément humaine — du grand Ellie S. Green !