« Je veux jouer avec le feu, trembler, sentir la morsure de la mort. Défier les instincts les plus brutaux, les plus sauvages, et les dépasser. »
Comment s'échapper de sa cage ? C'est l'obsession des fauves mais aussi celle de Tony, dix-sept ans, lorsqu'il rejoint un cirque itinérant après avoir fui la violence de son père. Faire face aux bêtes, affronter ses propres démons...
Le nouveau roman de Mélissa Da Costa nous propulse au cœur de l'arène, où l'ivresse du danger fait oublier la mort. Une fresque magistrale, portée par une écriture tendue et charnelle.
Extraits de chansons : p. 174, 234 : Renaud, « J'ai la vie qui m'pique les yeux », « Peau aime » ; p. 471 : Téléphone, « Un autre monde ».
Dans Fauves, Mélissa Da Costa fouille les cicatrices laissées par l’emprise paternelle et les répercussions intimes de cette virilité abîmée qui contamine tout. Tony, dix-sept ans, fugue pour échapper à la brutalité d’André, un père dont la force n’a jamais été qu’un masque de cruauté. Cet homme qui brandissait sa virilité comme une arme a façonné son fils en le privant de tendresse, de nuance et de toute possibilité d’être autrement qu’en tension, prêt à frapper ou à fuir. Tony prend la décision de quitter cette cage-là mais l’emporte en lui : le roman exprime avec une précision coupante à quel point on reste prisonnier de ce que l’on a tenté de fuir.
Au cirque, face aux fauves, cette contradiction se rejoue à chaque geste. Tony veut dompter, mais sans répéter la violence dont il est le produit. Il tremble à l’idée de devenir un double de son père et c’est pourtant cette même impulsion nerveuse et animale qui le hante dès qu’il se retrouve face aux bêtes qui le fascinent. La relation qu’il construit avec Asia, panthère magnifique et mystérieuse, devient alors un espace moral : comment maîtriser sans blesser ? Comment imposer une présence sans reproduire les réflexes hérités ? Mélissa Da Costa déploie ce combat intérieur avec une intensité quasi physique : on sent la lutte entre l’éducation reçue et le désir farouche d’inventer une force nouvelle, non plus brutale, mais sensible, patiente, presque aimante. Tony oscille, comme un équilibriste, entre deux espaces : celui où la domination se recompose et se réinvente et celui où la violence n’est jamais loin de rejaillir.
Cette tension trouve un écho dans la relation envoûtante et torturée qui lie Tony à Sabrina, figure vaporeuse et tragique, qui semble flotter au-dessus de sa propre vie. Leur lien est traversé par la même ambivalence : attirance, danger, besoin de sauver et besoin de fuir. Avec elle, Tony cherche à exister autrement, mais se heurte à ses contradictions les plus viscérales. Leur passion a quelque chose d’enfiévré, de clandestin, où désir, manipulation et besoin de reconnaissance s’enchevêtrent. Une relation incandescente qui nous fait presque suffoquer tant les enjeux qui s’y jouent sont essentiels pour l’intrigue.
Le roman est traversé par une surdose de virilité malsaine : dominance, rivalité, mépris des femmes, force exhibée comme seul langage possible. L’autrice la dissèque sans jamais la caricaturer, montrant comment elle se perpétue, comment elle se transmet, comment elle dévore ceux qui la subissent comme ceux qui l’exercent. C’est cette exploration qui donne à Fauves sa p uissance sombre, son souffle féroce.
Et, bien évidemment, il y a l’écriture de Mélissa Da Costa : hyper visuelle, sensorielle, presque cinématographique. On sent le sucre chaud, la poussière, le métal des cages, la tension électrique des soirs de spectacle. L’atmosphère est crépitante et habitée, on peut presque se mêler à la foule venant assister au spectacle ou errer sous le chapiteau une fois la nuit tombée.
Difficile de ne pas terminer cet avis sans parler de la conclusion du roman : une fin qui m’a complètement retourné tant elle est sublime et déchirante. Mélissa Da Costa y déploie un final poignant donne à l’ensemble du roman une dimension encore plus spectaculaire et bouleversante. Les dernières pages marquent au fer rouge et prolongent l’intensité déjà vertigineuse de ce récit.
J’ai adoré cette lecture pour sa complexité, pour la force de ses personnages et pour la manière dont l’autrice explore les zones les plus cruelles et les plus vibrantes de ce qui nous constitue. Fauves est un roman frappe par son personnage principal ni héros ni victime, par la douceur et la rage qui en émanent et par cette interrogation constante sur ce qui définit la frontière entre maitrise et abandon. Juste : sublime !
Ça ne réinvente pas la poudre, l'écriture est moins fade que sur ses autres romans, j'espère que d'ici 2-3 romans supplémentaires je me réconcilierai tout à fait avec cette autrice. Par contre, j'ai toujours énormément de difficultés avec ses personnages féminins. Pour reprendre un terme anglo-saxon, je trouve que toutes sont des dérivées de la manic pixie dream girl, quand elles ne sont pas presque exclusivement définies par le prisme de la maternité ou de leur capacité (ou non) à prendre soin des autres.
RAJOUT: En lisant ses sources, je suis étonnée de constater qu'elle ne semble pas avoir discuté avec des personnes du milieu ou qui seraient vraiment concernées par la culture qu'elle dépeint.
Dans Fauves, Mélissa Da Costa explore la violence intime héritée et la difficulté de se construire quand on a grandi sous l’emprise d’un père brutal. Tony a dix-sept ans lorsqu’il décide de partir. Fuir est une nécessité vitale, mais ce départ n’efface pas ce qui a été gravé en lui : la peur, la colère, l’instinct de survie. Le roman montre avec une lucidité bouleversante que l’on quitte un lieu, jamais totalement ce qu’il a fait de nous. Le cirque qu’il rejoint devient un espace de recomposition. Tony y découvre une communauté rude, soudée, codifiée, où chacun a une place à conquérir. Devant les fauves, il affronte une question essentielle : peut-on exercer une autorité sans reproduire la brutalité qu’on a subie ? La panthère Asia, aussi splendide qu’inquiétante, incarne ce défi. À travers elle, Tony apprend que la force peut être autre chose qu’un rapport de domination. Chaque geste, chaque regard devient un dialogue fragile entre contrôle et respect. Sa relation avec Sabrina prolonge ce tiraillement. Elle est insaisissable, lumineuse et dangereuse à la fois. Leur histoire n’a rien de paisible : elle est faite de désir, de dépendance, de silences lourds et de quêtes maladroites. Tony veut aimer autrement, mais ses blessures brouillent ses élans. L’autrice décrit ce lien avec une intensité qui serre la poitrine. Le roman dissèque une virilité toxique transmise comme un héritage empoisonné. Rien n’est simplifié : la domination détruit autant celui qui la subit que celui qui la croit nécessaire. L’écriture, très sensorielle, donne au cirque une présence presque charnelle : on sent la sciure, la chaleur des projecteurs, l’attente électrique avant l’entrée en piste. La fin, d’une beauté tragique, achève de bouleverser. Fauves est un roman sombre, puissant, profondément humain, qui interroge la frontière fragile entre survivre et devenir soi.
Très bon livre, j'ai passé un agréable moment. Très loin de ce à quoi Mélissa Da Costa nous a habitués. On sent que le travail de recherche sur l'univers circassien et le rôle de dompteur a été bien fait. Malgré tout, j'ai trouvé l'histoire prévisible. Ce roman a vraiment une vibe "De l'eau pour les éléphants" (si vous avez la référence).
Fauves marque un tournant plus sombre et plus viscéral dans l’œuvre de Mélissa Da Costa, confirmant sa capacité à explorer, livre après livre, les zones de fracture de l’âme humaine. Avec ce roman, l’autrice quitte les refuges intimes et les reconstructions douces pour plonger dans un univers de tension brute, où le danger devient un langage et la peur un moteur de survie.
À travers Tony, dix-sept ans, adolescent cabossé par la violence paternelle, Mélissa Da Costa met en scène une fuite qui n’a rien d’une échappatoire confortable. Le cirque itinérant qu’il rejoint n’est pas un havre, mais une arène. Un lieu où l’on apprivoise le risque, où l’on vit au contact de fauves qui incarnent autant la menace que la liberté. Face aux bêtes sauvages, Tony apprend à se confronter à ce qui l’habite : la rage, la honte, le désir de disparaître et celui, plus puissant encore, de se sentir vivant.
Là où Fauves impressionne, c’est dans sa manière de faire dialoguer l’animal et l’humain. Les cages, les numéros, l’odeur de la sciure et la proximité de la mort deviennent des métaphores limpides de l’enfermement intérieur. Le cirque est un monde à part, régi par ses propres lois, où chaque personnage porte ses blessures et ses contradictions. Mélissa Da Costa excelle à donner chair à cette communauté marginale, sans jamais tomber dans le folklore ni l’idéalisation.
L’écriture, plus tendue que dans ses précédents romans, se fait charnelle, presque haletante. Les scènes dans l’arène, chargées d’adrénaline, alternent avec des moments d’introspection d’une grande justesse émotionnelle. La violence n’est jamais gratuite : elle est regardée en face, interrogée, parfois dépassée. Le roman pose alors une question centrale, obsédante : comment rompre le cycle de la brutalité sans devenir soi-même une bête ?
Roman d’apprentissage, récit de survie et méditation sur la liberté, Fauves s’impose comme une œuvre puissante et inconfortable, qui refuse les réponses faciles. Mélissa Da Costa y affirme une voix plus âpre, mais toujours profondément empathique, capable de transformer la peur et la colère en matière littéraire. Un livre qui marque, qui secoue, et qui confirme l’autrice comme l’une des figures majeures du roman français contemporain.
Tony, jeune homme de 17 ans, quitte subitement la maison familiale. Il erre un peu avant de se faire embaucher par un cirque itinérant : le Cirque Pulko. C'est tout un univers qui va s'ouvrir à lui et un rêve fou en prime : il veut devenir dompteur de fauves. Vivre l'adrénaline folle que vit le Padre du cirque. C'est un gamin paumé plongé dans une vie inconnue, avec ses codes, son fonctionnement, un univers à part du reste du monde où le patriarcat règne en maître. Tony fuit ses problèmes avec son père et c'est au cœur du chapiteau que ses démons le poursuivent.
Comme toujours j'attends avec beaucoup d'impatience les sorties littéraires de Mélissa Da Costa. Je sais maintenant que je suis toujours surprise, que l'autrice va aborder des nouvelles thématiques, et pour Fauves j'ai été servie. Le monde du cirque est assez mystérieux vu de l'extérieur, je me suis dit que finalement je n'en connaissais pas grand-chose. Tony m'a touchée et puis aussi énervée, il accepte des mains tendues, refuse parfois une aide salvatrice, il a du tempérament et a souvent la crédulité de son jeune âge.
L'ambiance est pesante, une fois dans le cirque, j'ai ressenti la tension et encore plus les scènes avec les fauves, le caractère imprévisible des animaux sauvages, d'un domptage en apparence où l'animal peut à tout moment reprendre le dessus. J'ai parfois été en apnée. Tony transfère sa relation avec les animaux à sa relation avec une femme du camp, les deux semblent intimement liées et cela est perturbant, gênant.
Je ne suis jamais déçue par Mélissa Da Costa, j'ai passé un très bon moment, il a été très difficile de poser cette lecture tellement j'avais envie d'en connaître la fin.
Commencé hier à 20h, terminé aujourd’hui à 23h. Ce roman confirme une chose : Mélissa Da Costa a, à travers ses récits, une facilité presque déconcertante à raconter des mondes auxquels elle n’appartient pas. Elle l’avait déjà démontré dans ses autres romans, notamment Tout le bleu du ciel, où l’on aurait pu croire qu’elle avait réellement parcouru chaque route, chaque village, tant les descriptions semblaient vécues — et pourtant non.
Ici encore, son travail est d’une justesse et d’une finesse remarquables. J’ai une nouvelle fois été happée par l’histoire, que j’ai lue beaucoup trop vite — et c’est sans doute le seul reproche que je puisse me faire. Le parcours de ce jeune homme, le récit de la culture tzigane, l’affranchissement final : tout est maîtrisé, tout sonne juste.
Du début à la fin, le roman met en lumière les ravages de l’emprise, de la colère, et de la perpétuation des traditions. J’ai également beaucoup aimé la manière dont Alessio est introduit comme une figure presque novatrice, notamment à travers son mariage, malgré le regard pesant et critique des anciens.
Un roman fort, précis, profondément humain. J’ai adoré.
C'est à travers un livre d'aventure que l'auteure nous offre cette fois-ci un thème sociétal et psychologie, celui du rapport de force. Je ne doute pas un instantdes personnages pris de manière individuelle aurait pu être plus loquace et permettre une meilleure fluidité de ce livre qui fut tout de même agréable à découvrir. Celui-ci ouvre des perspectives de réflexion, d'analyses qui donne à cette auteure; temps d'intérêt à être lue.
Décue! Je n’ai pas connecté du tout avec l’univers du cirque et les personnages, c’est le premier livre de Melissa qui ne me chamboule pas, les attentes étaient élevées et j’ai trouvé la relation entre le personnage et les fauves qu’elle prenait beaucoup de place et on était beaucoup dans la perspective de Tony, qui est un dur tourmenté mais malgré tout j’ai pas accroché.