Très curieuse de découvrir la suite j’aime toujours me retrouver dans des univers de Dieux de la mort + le thème de la mémoire est tout aussi intéressant !
Alors que je ne suis pas toujours le public des titres sélectionnés pour la collection manga de Rue de Sèvres, c’est totalement hypnotisée par la couverture de La chanson de Lala que j’ai craqué et qu’est-ce que j’ai eu raison !
Sous ses dehors de couverture toute en circonvolution, effet de style que j’affectionne Sui Kohno, jeune autrice que je découvre, débute chez nous et s’impose déjà comme une autrice poète très émouvante. D’ailleurs, si vous souhaitez admirer ses planches, une expo se tient dans la librairie le Renard doré jusqu’à la fin du mois. Pour ma part, je regrette de ne pas être à Paris tant elle m’a charmée.
Comment a-t-elle fait ? Avec une histoire somme toute assez classique à la base sur le thème de la mort avec des »anges » se chargeant pour une partie d’accompagner les gens de vie à trépas et pour une autre de mémoriser leur vie pour qu’on ne les oublie pas. Mais tout est dans la façon de mettre en scène cette idée et l’autrice, là, fait preuve d’émotion, de poésie et de mystère judicieusement distillé.
Cela commençait pourtant un peu maladroitement avec des personnages qui ne semblaient pas prendre pleinement conscience de la gravité de la mort de quelqu’un et semblait presque s’en réjouir, en faire une fête. Je me demandais un peu où j’étais tomber. Heureusement la gravité arrive ensuite dans des petites histoires où notre héroïne, Lala, va être en présence de plusieurs humains voyant leur flamme s’éteindre et qui va s’émouvoir de leur histoire et de leur mémoire qu’elle porte. Ouf, me voilà rassurée. S’ajoute en plus, une très jolie histoire avec l’une de ses amies, »ange de la mort’‘ comme elle, qui va vraiment vivre et accompagner les derniers jours d’une dame qui a autrefois perdu sa fille et qu’elle remplace dans son coeur. Émotion garantie. Ces petites histoires classiques ont ainsi su graduellement déplacer mon curseur émotion de plus en plus.
Mais ce n’est pas la seule chose que j’ai apprécié. J’ai vraiment pris plaisir à découvrir la mythologie imaginée par l’autrice, bien qu’encore à peine esquissée et remplie de quelques trous dans la raquette côté vraisemblance et crédibilité. On suit donc des »anges de la mort » répartis en deux clans : les Karm, qui tuent les gens et les Mnèmes qui retiennent leurs souvenirs. Au début, cela a l’air simple mais on devine des relations tendues entre les deux clans, les premiers dévalorisant les seconds, notamment l’aînée de ceux-ci, qui a une place à part grâce à la réputation de ses chants cristallins. A l’intérieur même des deux clans, tout le monde n’est pas d’accord. Les pouvoirs des Karm diffèrent et tous n’ont pas la même façon de faire passer les gens de vie à trépas. Notre rencontre avec Sarapis est ainsi très significative. Elle sort du lot par son humanité, là où les frère et soeur Tony et Mika semblent plus froids et détachés. Quant aux Mnèmes, ils sont très secrets et si Lala est très simple et enjouée, sa soeur est plus mystérieuse, à l’image de son coffre fort mental des souvenirs recueillis qui est très sombre et fait peur à sa jeune soeur. Tiens tiens… Sans oublier les réticences de certains Karms à son égard. Tiens tiens…
L’autrice est donc fort douée pour poser une atmosphère, que cela soit avec les mystères de ces clans. Et les dernières pages se posent là en la matière tant elles sont brutales et inattendues ! Mais également avec l’émotion distillée autour de la question de la mort et du souvenir de la vie du défunt. J’aime beaucoup sa poésie simple qui montre qu’une vie, même banale, vaut la peine d’être vécue, que chacun petit instant de la vie vaut la peine qu’on le retienne. C’est très beau et porté par ses traits sobres et lumineux, tout en rondeurs et courbes, rappelant les shojo du Lala dans lequel l’autrice ne publie pas pourtant puisque ce titre vient du PASH! (magazine inconnu au bataillon où on trouve par exemple L’Aigle écarlate et le yéti ou Magic Nail Art, tout deux édités chez Naban… sans commentaire…). J’aime beaucoup.
Emportée par une vague de douceur, l’émotion dans un premier temps m’a conquis dans cette fable fantastique sur la mort et ses souvenirs de la vie du défunt, avant que ce ne soit les mystères qui viennent consolider mon envie de poursuivre la série. J’aime quand le worldbuilding se fait discret derrière des histoires humaines avant de venir nous surprendre brutalement.
Avec La Chanson de Lala – Tome 1, Sui Kohno propose une œuvre singulière et profondément mélancolique, à la croisée du fantastique, du thriller et du récit initiatique. Dès les premières pages, le manga installe une atmosphère feutrée, presque suspendue, où la mort n’est ni brutale ni spectaculaire, mais intime, ritualisée, chargée de mémoire et d’émotion.
Le concept du Clan de la mémoire, chargé d’accompagner les âmes des défunts par le chant, est d’une grande richesse symbolique. Le chant devient ici un acte sacré, un passage entre les mondes, mais aussi un outil de contrôle, régi par des règles strictes que nul ne doit remettre en question. C’est précisément dans cette tension que s’inscrit Lala, héroïne curieuse et sensible, dont le regard neuf fissure peu à peu l’ordre établi. Face à sa sœur Aridela, figure déjà intégrée au système, Lala incarne le doute, la désobéissance et le désir de comprendre ce qui se cache derrière les traditions.
Narrativement, le manga avance avec retenue, préférant la suggestion à l’explication frontale. Les révélations autour du clan des Kalm et de la véritable nature de la mort s’insinuent progressivement, créant un suspense discret mais constant. Cette lente montée en tension renforce l’impact émotionnel et donne au récit une profondeur rare, où chaque souvenir collecté semble résonner avec les interrogations existentielles de l’héroïne.
Graphiquement, le trait de Sui Kohno accompagne parfaitement le propos : délicat, épuré, parfois presque fragile. Les visages expriment beaucoup avec peu, les silences pèsent autant que les dialogues, et les scènes rituelles dégagent une beauté sombre, presque hypnotique. Le travail sur la lumière et les regards accentue ce sentiment d’entre-deux, de frontière floue entre la vie et la mort.
La Chanson de Lala s’impose ainsi comme un premier tome remarquable, aussi introspectif que captivant. Un manga qui interroge notre rapport à la mémoire, à la perte et à l’humanité, tout en posant les bases d’un univers original et profondément émouvant. Une œuvre à part, qui séduira les lecteurs en quête de récits sensibles, mystérieux et chargés de sens.
La Chanson de Lala est une lecture douce et agréable. Le premier tome est très introductif : l’histoire se met en place sans encore dévoiler sa direction. Ce n’est pas très marquant pour l’instant, mais c’est mignon, sympa à lire, et l’ambiance donne envie de découvrir la suite
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