Dans cette éblouissante chronique de septembre 1935, le « monde » de Michel Tremblay vit des heures émouvantes, encore et encore et encore. Heures glorieuses et tragiques avec Ti-Lou et Édouard en duchesse, un duo coloré dont les échanges pétillants cachent des douleurs indissolubles, même sous le parfum du gardénia. Heures crépusculaires et sombres avec Victoire et Télesphore au fond de la ruelle des Fortifications, entre Josaphat et Laura Cadieux, sa fille infortunée qui veut à tout prix retrouver sa mère, Imelda Beausoleil. Cette chronique de résiliences, si elle ouvre les tiroirs des vies difficiles et désenchantées du monde ordinaire, fait voir aussi des existences qui s’accommodent du bonheur qui passe, toujours trop vite et presque trop tard : Tititte et le docteur Woolf au restaurant du neuvième étage d’Eaton ; Théo au cinéma avec la belle Fleurette ; Maria l’impétueuse en voyage à Québec avec Fulgence. Ah ! Maria… se laisser aimer pourrait-il devenir une façon de survivre à son incurable mal de vivre ? Ah ! Ti-Lou… que faire de ses cinquante paires de souliers kitsch, maintenant qu’elle n’a plus qu’une jambe ? Oh ! Édouard… réussira-t-il ou ratera-t-il son entrée au Paradise, déguisé en femme pour la première fois et aspergé de gardénia ? Ah ! Teena… pourra-t-elle supporter son fils Ernest qui débarque chez elle sans prévenir ? Comment survivre ? se demandent tous ces personnages, aux prises avec les situations inextricables des âges de la vie, le cycle des illusions perdues et des rêves oubliés. Victoire, dans un aveu terrible, résume ainsi son exaspération et sa désespérance : « Chus tannée ! M’entends-tu ? Chus tannée ! J’en ai assez ! De toute ! Pas juste de toé ! De moé, aussi ! Du maudit appartement ! De la maudite job de concierge ! T’es juste un paresseux, Télesphore ! T’es pas un poète, t’es pas un rêveur, t’es un sans-cœur ! »
Né en 1942, Michel Tremblay grandit dans un appartement de Montréal où s'entassent plusieurs familles. Ses origines modestes marqueront d'ailleurs ses œuvres, souvent campées au cœur de la classe ouvrière, où misères sociale et morale se côtoient. En 1964, il participe au Concours des jeunes auteurs de Radio-Canada, avec une pièce de théâtre intitulée Le train, et remporte le premier prix. C'est à peine un an plus tard qu'il écrit l'une de ses œuvres majeures, Les belles-sœurs, dont le succès perdure. La pièce est jouée pour la première fois en 1968 au Théâtre du Rideau Vert.
Michel Tremblay est l'auteur d'un nombre considérable de pièces de théâtre, de romans, et d'adaptations d'œuvres d'auteurs et de dramaturges étrangers. On lui doit aussi quelques comédies musicales, des scénarios de films et un opéra. Ses univers sont peuplés de femmes, tantôt caractérielles et imparfaites, tantôt fragiles et attachantes, qu'il peint avec réalisme et humour. Vivant les difficultés du quotidien, ses personnages au dialecte coloré ont d'ailleurs contribué à introduire dans la dramaturgie et la littérature d'alors un niveau de langue boudé des artistes : le joual.
En 2006, il remporte le Grand Prix Metropolis bleu pour l'ensemble de son œuvre.
En 2017, le Prix Gilles-Corbeil lui est décerné pour l'ensemble de son oeuvre.
J'ai sincèrement adoré cette comédie. J'ai ris au éclats à plusieurs reprises. C'est une pièce très drôle basée sur les malentendus entre personnages. À découvrir pour quelques minutes de pur plaisir.
Mon premier livre de Michel Tremblay. J'étais surprise du peu d'action qui s'y déroule; on a plutôt accès aux pensées et émotions de différents personnages ordinairement ordinaire dont le destin se croise pafois. J'ai débuté la lecture il y a presqu'un an et je l'ai mis de côté, pour le reprendre et le terminer cette semaine. Cette fois, je l'ai approché avec une curiosité sur la culture d'une époque réimaginée par l'auteur, au lieu d'une envie d'être accrochée par l'histoire. C'est soit cette stratégie, soit le roman qui s'accélère, mais j'ai trouvé la lecture du dernier tier plus motivante que le début. Je vais lire au moins un autre livre de Michel Tremblay pour avoir un meilleur apperçu de l'œuvre.
Tremblay écrit toujours le même livre mais on aime ça pareil. (Quoique ça fucke vraiment mon plan de tout lire dans l'ordre, qu'il soit toujours en train de sortir des nouveaux livres qui arrivent en plein milieu de l'histoire.)
J’ai eu plus de mal à lire ce 8e volume de la Diaspora des Desrosiers. Pourtant Tremblay est fidèle à lui-même. C’est sans doute la dépression pandémique qui s’accommode mal des récits de survivance.