Queer. Le terme paraît condenser tout ce que le nouveau président américain aimerait effacer de son monde. Car la posture queer est faite d'opposition, de questionnement et de transgression des normes dominantes de genre. Une subversion qui fait peur. Partout dans le monde, elle fédère les extrêmes droites. Queer est le mot pour dire ce qui ne va pas et ouvrir des possibles. Queer. Le terme est aussi coloré qu'incompris, aussi percutant que flou. Il caractérise des artistes. Il qualifie des postures militantes. Il dénomme des minorités sexuelles et de genre. Il rassemble des travaux universitaires. Il désigne des événements. Il conceptualise des esthétiques. Il désigne des apparences non convenues. Il affirme des identités. Il formalise des combats. Pour le grand public, il questionne. Sa définition demeure un enjeu de luttes. Ses origines militantes et académiques ne sont jamais très loin. Et si 1990 peut se comprendre aussi bien comme l'année de la naissance académique de la théorie queer que comme celle de son affirmation militante, le terme était présent bien avant. Queer est un bel exemple de retournement du stigmate, tant il humiliait les personnes homosexuelles ou transgenres, qu'une société hétérosexiste tolérait tant que ces dernières restaient au placard. En revendiquant leur genre, leur orientation sexuelle ou leur sexualité, elles se sont approprié le terme – qui résiste à la traduction – pour se désigner et se rassembler malgré leurs différences. Queer est ainsi ce terme rassembleur qui désigne un projet plutôt qu'une identité : celui de devenir soi, en s'appuyant sur la force d'un collectif par lequel il est possible de résister aux normes écrasantes comme aux jugements dépréciateurs, et de s'affirmer, voire d'être fier et fière de ce que l'on fait, de ce que l'on est. Écrit à quatre mains et croisant les générations, ce livre inscrit également le mot dans son histoire transatlantique. Il en clarifie les usages et montre en quoi il est un terme de résistance à ce que Monique Wittig avait appelé la pensée straight.
Un véritable déplacement critique… Les Liotard montrent comment un mot peut devenir un opérateur théorique et politique. Queer est à la fois identité stratégique et outil de déconstruction des identités.
Queer excède la catégorie LGBT… Il désigne l’intangible, ce qui perturbe les normes de genre, mais aussi, plus largement, les rapports de pouvoir (sociaux, raciaux, économiques, validistes). Il fonctionne comme une méthode critique transversale.
Les barrières de l'identité se métamorphosent dans le déguisement du changé. Entre art et expérience de soi, on altère la normalité pour la bousculer sous un champ de possibilité infini de représentation. C'est sur le devant de la scène que les corps changent et font vivre leur voix profonde, au-delà du genre, le spectre de l'identité se confond.
Insister sur la situationnalité des savoirs et leur performativité conduit à contester les prétentions à l’universalité scientifique. Le mot queer devient alors un levier pour produire d’autres objets, d’autres méthodes et interprétations. On fait découvrir un monde au-delà des représentations institutionnelles en laissant s'exprimer le désir de la création. Queer est confusion des passions et trouble des genres, c'est l'expression d'un soi libre de s'exprimer, de se faire entendre et se faire comprendre.