Au sommet de sa gloire, Truman Capote entreprend un roman proustien sur la haute société new-yorkaise. Le scandale qui suit la publication des premiers extraits de "Prières exaucées" conduit au bannissement de son auteur par ses amies fortunées et par le milieu qui l'adulait jusque-là. La publication s'interrompt. Où sont les chapitres manquants de "Prières exaucées" ? Capote les a-t-il détruits ? Mis en lieu sûr ? Ont-ils même été écrits ? C'est l'une des grandes énigmes littéraires.
Le narrateur de "L'Ami secret", Bill Gardner, rocker has been, découvre des pistes dans l'héritage d'un ami de Capote qui pourraient conduire au manuscrit complet. L'histoire de Capote et de "Prières exaucées" soulève en lui des échos personnels. Il se lance à la recherche du texte. Mais il n'est pas le seul à vouloir ce manuscrit. "L'Ami secret" entraîne le lecteur d'un immeuble du West Village à un appartement luxueux de l'Upper East Side à New York, d'une côte à l'autre des Etats-Unis, à Cuba et au-delà, dans une passionnante chasse au trésor littéraire qui va conduire le narrateur à affronter ses propres fêlures.
Je viens de terminer L’ami secret de Frédéric Doré, et remercie tout d'abord NetGalley France et les éditions Buchet-Chastel de m’avoir offert le privilège de cette lecture en avant-première.
C’est un véritable coup de cœur. J’aime profondément ce que j’ai lu de Truman Capote, certes peu de titres, mais des œuvres marquantes (De sang-froid, La traversée de l’été), et j'ai hâte de commencer bientôt Petit déjeuner chez Tiffany. Pourtant, en dehors de quelques images de sa vie mondaine et de bribes biographiques, je connaissais finalement assez mal l’homme derrière l’écrivain, et presque rien du scandale littéraire et social qui a marqué la fin de sa vie.
C’est précisément cette zone d’ombre que Frédéric Doré choisit d’explorer, en faisant du manuscrit perdu de Prières exaucées le moteur d’un roman qui tient à la fois de l’enquête littéraire, du récit de voyage et de la méditation sur la transmission. À travers son narrateur, lancé sur les traces de ce texte fantôme, l’auteur interroge ce que l’on hérite des écrivains que l’on aime : leurs œuvres bien sûr, mais aussi leurs silences, leurs échecs, leurs fractures.
L’écriture est belle, fluide, sans affèterie, portée par une grande justesse de ton. Rien de démonstratif ici : Frédéric Doré laisse respirer son texte, fait confiance à son lecteur, et c’est précisément ce qui rend le roman si prenant. Le personnage principal, imparfait, curieux, parfois un peu perdu, se révèle profondément attachant, et son cheminement intime fait écho à celui du lecteur.
L’ami secret est aussi un très beau voyage, géographique autant qu’intérieur, et surtout une lettre d’amour à la littérature : à ce qu’elle transmet, à ce qu’elle cache, à ce qu’elle laisse derrière elle longtemps après la disparition de ceux qui l’ont écrite. Un roman délicat et captivant, qui donne envie de (re)lire Capote, mais surtout de réfléchir à la façon dont les livres nous accompagnent et nous façonnent