Juillet 1982. Les attentats à répétition opérés par Carlos et les services syriens sur le sol français poussent François Mitterrand à s'entourer d'une cellule anti-terroriste composée des plus fins limiers du GIGN, de la PJ et des RG. L'inspectrice Jacquie Lienard va profiter de cette opportunité pour grimper dans la hiérarchie auprès de l'Élysée et s'assurer une place de choix au sein de la lutte contre les groupuscules pro-palestiniens, Action directe et le FLNC. Tout comme Marco Paolini depuis la DST et Robert Vauthier depuis la DGSE, elle traque une ancienne moudjahida du FLN qui répond au nom de Khadidja Ben Bouazza et qui n'est autre que la supérieure directe de l'ex-policier Jean-Louis Gourvennec, devenu convoyeur d'explosifs pour l'extrême gauche révolutionnaire. Au gré des scandales qui secouent la Mitterrandie, des crises successives au sein de Beauvau et de la montée fulgurante de l'extrême droite, tous se dirigent vers un seul point de mire qui leur permettra enfin de découvrir la vérité sur Geronimo et Khadidja Ben Bouazza : Beyrouth. Ce chemin de croix sera aussi celui de la perte de leurs dernières illusions. Le troisième tome d'une saga historique entre satire politique, roman noir et tragédie mondaine, dont les personnages secondaires ont pour nom François Mitterrand, Christian Prouteau, Paul Barril, Charles Pasqua, Gaston Defferre, Jean-Marie Le Pen, Alain Orsoni, Carlos et Jacques Vergès.
Dernier volet de la trilogie Sombre France de l’auteur consacrée aux années 1978 à 1984.
La fin du second opus ne m’avait pas plu : trop de bagarre et de tu-tu-pan-pan. Heureusement, il n’en est rien dans ce tome-ci.
Jacquie a échoué à trouver qui était derrière le groupuscule Honneur de la police. Elle est engagée dans la cellule anti-terroriste voulue par le Président Mitterand et son franc-parler lui vaut d’être appréciée par le chef de l’état.
J’ai découvert la guerre entre police et gendarmerie qui avait lieue ces années-là, ainsi que l’explication de la bavure des Irlandais de Vincennes.
J’ai aimé que le Pinutu (alias Gourv) devienne une sorte de légende : il se cache quelque part dans le maquis corse, mais jamais personne ne l’a vu.
L’enquête sur Khadidja Ben Bouassa révèle que c’est elle qui a assassiné Paulette Dalmasso et sa famille. Mais quelques pages plus loin, on apprend que non, c’est plus compliqué que cela.
On apprendra que l’attentat de la rue des Rosiers a été commis par Abou Nidal.
Bien sûr, il y a des chansons françaises de l’époque qui passent à la radio, les émissions de télé et les séries américaines, les slogans de publicité qui restent dans la tête (le couscous Garbit m’a fait sourire).
Il y a Vauthier qui ne comprend rien à son époque : les DJ remplacent les disquaires dans sa boîte et font du scratching.
Il y a Johnny qui se fait plumer par les deux bandes rivales de la nuit et de la drogue à Paris.
Il y a la guerre au Liban qui se finance grâce à l’argent de la drogue : le pays du cèdre était en train de devenir un des points névralgiques du trafic mondial d’opiacés (p.394).
Il y a le SIDA qui fait son apparition en France et Vauthier qui ne comprend pas pourquoi son ami l’acteur Stanislas Desjardins n’arrive pas à soigner son mauvais rhume.
Il y a les écoutes illégales de l’Elysée, et notamment celle ubuesque de l’écrivain Jean-Edern Hallier et de tout ses amis et relations, lui qui avait aidé Mitterand à accéder au pouvoir.
J’ai découvert l’existence du réseau stay-behind, un programme de la CIA développé partout en Europe de l’Ouest au moment de la Guerre Froide afin de résister à une invasion russe. Ce réseau comprenait des personnes ayant lutées contre les communistes sous les ordres de Vichy, sauvant des collabos pour les placer à des postes-clés de l’Interieur (p.980)
Mais Jacquie découvre aussi que le monde n’est pas blanc ou noir avec les méchants d’un côté et le bons de l’autre (la révélation finale sur sa famille est à ce propos saisissante).
Un roman qui met en scène des personnages seuls : Vauthier qui a perdu Fanfan ; Jacquie qui ne peut plus compter sur son parrain ; Gourv qui doit se débrouiller sans Kadidja ni Carlos.
Au final, une lecture qui m’a permis d’en apprendre plus sur L’affaire des Irlandais de Vincennes et de découvrir le réseau stay-behind.
Quelques citations :
– Les pays colonisés ont repris leur liberté, vous êtes ua courant ?
– Quelle liberté ? Partout ce sont les Blancs qui dirigent les entreprises, conseillent les dictateurs et récupèrent l’or, le pétrole et l’uranium. (p.430)
A l’époque, ce vieux couillon de Mitterand était ministre de la Justice et ordonnait des dizaines d’exécutions à la guillotine, mais ça ne suffisait pas. Les fells continuaient à faire sauter des bombes dans tout Alger. (p.735)
L’image que je retiendrai :
Celle du président Mitterand qui ne dit jamais oui ou non lors d’une prise de décision, laissant ses subordonnés décider eux-mêmes.
14 juillet est probablement le plus abouti de sa série. En tous les cas c’est mon préféré.
Ce qui m’a semblé particulièrement réussi dans ce roman, c’est qu’il ne se contente pas d’utiliser l’Histoire comme décor. Les événements réels (les réseaux politiques, les services secrets, le terrorisme international, les liens avec le Liban, les figures comme Jacques Vergès) font véritablement avancer l’intrigue. On a souvent l’impression de lire un récit qui aurait pu se dérouler ainsi, même si les personnages principaux sont fictifs. J’ai parfois interrogé ChatGPT pour m’expliquer des faits.
Fin de la trilogie des années Mitterrand. Comment parler d’un livre de plus de 800 pages absolument génial. Juste quelques mots-clés : le PR, François de Grossouvre, le SAC, Honneur de la Police, Jean-Marie Le Pen, Vichy et la collaboration. Et j’en passe. À lire absolument, après les deux tomes précédents évidemment. Cet auteur est immense. Le James Ellroy français !
Merci Benji de m'avoir fait passer l'été dans la France des années 70/80, merci de m'avoir fait découvrir "Stay Behind" et tout ce qui a pu en découler et merci d'avoir écrit cette exceptionnelle trilogie, ça va être compliqué de lire quelque chose qui ne traite pas de Gourv, Lienard ou Paolini.
3e et dernier volume de cette grande fresque sur la France des années 1970 à 1985, au cœur de l’appareil policier. Près de 2000 pages qui tournent parfois en rond, pour une conclusion inattendue. Le tableau de l’extrême droite et de l’extrême gauche, de la Françafrique, des attentats et des événements, déjà, au Moyen-Orient et des réseaux est passionnante. Un très bon polar.
Après un début TRÉS prometteur, j'ai fini par me lasser malgré tout l'intérêt porté à l'ensemble. J'ai lu ce livre avec Wikipedia ouvert en permanence.....