« Quand Matías Ordoñez dénonça sa mère, elle fut pendue le lendemain sur la Plaza Vieja, et nul ne sut jamais si c'était par amour ou par vengeance qu'il l'avait condamnée. »
À San Jacinto del Río, un village oublié des cartes et des dieux, Sofia Ordoñez dirige La Rosa Perdida. Un bordel célèbre pour corps en quête de volupté, devenu refuge pour âmes errantes et haut lieu de passage des hommes, opposants comme sympathisants au régime sanguinaire d'Isidro Gálvez. Lorsqu'un matin Sofia est pendue sur la place publique, dénoncée par son propre fils Matías, le village entier frémit. Et sa mémoire, ses secrets et ses douleurs se déroulent pour tenter de comprendre. Dans ce premier roman, pétri de réalisme magique et d'une véritable virtuosité dramatique, Christopher Laquièze raconte les cicatrices d'un continent meurtri, la résistance muette et le courage de ceux qui, à bas bruit, œuvrent pour un autre monde.
La Rosa Perdida de Christopher Laquieze a été une hyper bonne surprise. C’est clairement une lecture qui me sort de ma zone de confort littéraire et pourtant, j’ai été happé. J’avais l’impression de lire un conte, quelque chose de presque hors du temps, tout en étant profondément ancré dans le réel. Je ne pensais pas être aussi impliqué émotionnellement. S’il ne devait rester qu’un seul mot pour définir ce livre, ce serait riche. Riche en culture, en références, en voyages, en vocabulaire, mais surtout riche en émotions. Chaque page déborde de matière, de sens, de profondeur. On sent un vrai travail sur la langue, sur l’ambiance, sur ce que le récit veut transmettre. Les personnages m’ont fait ressentir des choses très fortes : je les ai aimés, je les ai détestés, parfois les deux en même temps. Et c’est justement ça le point fort du roman. C’est un livre politique, engagé, qui ne cherche pas à être confortable, mais juste. Honnêtement, pour un premier roman, l’auteur n’a absolument rien à envier aux grands du genre.
Voilà un roman qui s’ouvre sur une citation de Garcia Marquez et une de Juan Rulfo, c’est dire si les références de l’auteur avaient de quoi m’enthousiasmer. Et quelle joie de trouver dès les premières pages le style baroque du boom latino-américain. Mais aussi au fil des pages, les thèmes de prédilection des auteurs de ce mouvement: le pouvoir (la dictature même), l’amour, le tout dans un climat tropical et mâtiné de réalisme magique. Il y avait vraiment de quoi faire un livre que j’adore, comme Miguel Bonnefoy, cité dans les remerciements de l’auteur. Mais je n’ai pas été conquis, malgré une très belle plume. Sans doute un manque de compréhension des agissements et motivations des personnages et des révélations finales qui ne m’ont pas convaincues. Reste que pour un premier roman c’est plutôt bien foutu et surtout bien écrit. A surveiller par la suite
2.5 Références à la littérature sud américaine, au réalisme magique.. je reste mitigée.. on y retrouve aussi l'atmosphère de certains romans typiques de Laurent Gaudé à l'instar de La Mort du roi Tsongor ou des Scorta... sans que ce soit aussi attachant ni aussi profond..
Le roman est loin d’être mauvais en soi mais je ne comprends pas la revendication de filiation avec le réalisme magique ; tous les aspects autour de ce contexte latino-américain me semblaient desservir le récit, et je n’y trouvais ni réalisme ni magie.. par contre, il y avait quand même des personnages marquants, une narration qui tient la route. Mais pas de réalisme magique. Il y avait de fortes inspirations (et je modère les termes, parce que parfois j’ai trouvé cela très peu subtil) de grands textes latino-américains, des clichés qui faisaient lever les yeux au ciel, qui rendent la lecture moins agréable et particulière qu’elle a le potentiel de l’être, et aussi des tournures de phrase qui abusaient parfois d’images peu naturelles, surtout au début du récit. Parce qu’à la fin, on s’en détache un peu et on apprécie davantage. Je veux pas le noter parce que ce serait trop biaisé et il faudrait plus de nuance dans la note, genre en moyenne 3 pour l’écriture, 4 pour les personnages, 2 pour l’univers, grossomodo 1 pour le début de la lecture et ça peut monter à 4 lors de certaines scènes.. Très inégal somme toute, mais ce que je veux montrer, c’est qu’il y avait malheureusement du mauvais mais aussi (!!!! et c’est important) du bon.
Un roman latino-américain… sauf que l’auteur vient du bassin d’Arcachon. Christopher Laquieze nous offre un roman désespérément réaliste magique, avec des vrais morceaux d’espagnol à l’intérieur ; mais comme pour les yaourts aux fruits, c’est finalement plus mou qu’autre chose. Tout dans ce livre manque cruellement d’originalité. Les personnages sont inconsistants, artificiellement gonflés au passé tragique, l’intrigue est brouillonne, et on ne sait pas si les lourdes réminiscences de García Márquez sont voulues ou non (une femme qui se balade avec les ossements de ses parents dans un sac ?). L’ensemble manque cruellement de profondeur, et surtout d’humour, même grinçant. Dans le futur, on dira que le style se cherchait.
3.5⭐️ Je l'ai découvert en audiobook lu par l'auteur qui s'inspire vraiment de la littérature latino-américaine. Un très bon livre avec une portée politique tout en metant en scène des personnages forts. La couverture est belle et a semble t-il sa propre histoire (que j'ai hâte de découvrir). Je le recommande vraiment.
Il existe des endroits qui ont absorbé tant de secrets que leurs murs chuchotent. Il existe des endroits que le pouvoir ne regarde pas, parce qu’ils sont jugés indignes d’attention. Ainsi va « La Rosa Perdida », une maison close au cœur de San Jacinto del Río, village oublié des cartes et des dieux, sous la dictature d’Isidro Gálvez. Cette bâtisse est le vrai personnage du roman et c’est par ce prisme, tel un être vivant, que j’aborderais ce roman.
On entre dans le récit comme on entrerait dans cette maison. Par une porte dérobée, sans être vu, afin d’observer ce qui se joue entre ces murs. La première phrase nous cueille en nous attendant de l’autre côté : « Quand Matías Ordoñez dénonça sa mère, elle fut pendue le lendemain sur la Plaza Vieja, et nul ne sut jamais si c’était par amour ou par vengeance qu’il l’avait condamnée. » Si l’on en connaît sa fin, « La Rosa Perdida » remonte vers ses origines, bien avant les murs, quand tout a commencé. Christopher Laquieze souffle progressivement sur la couche de poussière qui recouvre une vieille photographie des lieux et des hommes.
À San Jacinto del Río, les rues appartiennent à la dictature. Tout l’espace officiel est colonisé, quadrillé, et sous étroite surveillance du pouvoir en place. La peur s’est installée dans les gestes du quotidien. On apprend à ne pas poser de questions. Or, la dictature a ce défaut constitutif de ne pas surveiller véritablement ce qu’elle ne respecte pas. Et « La Rosa Perdida », cette maison des plaisirs de la chair où les pensées volent ailleurs, n’est pas un lieu « respectable » … Ainsi, elle peut s’offrir un don d’invisibilité. Sofia Ordoñez, la tenancière, a très vite compris que les confidences faites sur l’oreiller pouvaient devenir des armes.
« La Rosa Perdida » devient un véritable quartier général. Dans ses chambres, ses couloirs, ses recoins où la musique couvre les voix, la résistance s’organise. Les informations circulent, les plans se nouent, les alliances se forgent à mi-voix entre deux verres. Les hommes du régime qui franchissent le seuil pour y chercher du plaisir, mais y laissent, sans le savoir, bien autre chose, noms, dates, projets. Ils se croient en territoire conquis, mais en réalité, ils sont en territoire ennemi.
Ce lieu que la société officielle désigne comme indigne devient symbole de courage.
Sofia Ordoñez, sublime personnage de femme, a de bonnes raisons pour refuser de subir la violence de régime. Ni madone ni pécheresse, elle a retourné sa « marginalité » en levier. Elle tient la maison comme une forteresse, avec méthode et patience, et grâce à une connaissance intime de chaque faille dans l’armure de ceux qui se croient puissants. Elle sait ce que les hommes font quand ils se croient à l’abri des regards. Elle possède une conscience aiguë de ce qu’ils disent quand ils se croient entre eux. Et ce savoir, dans une dictature, vaut plus que n’importe quelle arme. En protégeant ce qui peut encore l’être, Sofia maintient ouverte la porte de l’humanité. « La Rosa Perdida » demeure un espace d’humanité dans un monde qui se déshumanise méthodiquement.
Les autres femmes de « La Rosa Perdida » sont le système nerveux de la résistance. Elles observent, encaissent, manœuvrent. Elles savent des choses que les hommes ignorent. Ce que le village refuse de voir, elles l’ont depuis longtemps enregistré. Et ce qu’elles ont enregistré, elles savent quand et comment l’utiliser. Et à qui le transmettre.
Cependant, le roman montre aussi le lourd prix à payer de la rébellion envers le régime en place. Tenir un tel lieu, dans un tel monde, exige des compromis que personne n’écrit dans les livres d’Histoire. Des pactes avec des hommes qu’on méprise. Des sacrifices consentis sans pouvoir les nommer. Le sens de la liberté dans « La Rosa Perdida » est âpre, constamment menacé. Et elle se paie au prix du sang.
Mais, tandis que San Jacinto del Río se défait lentement sans réelles possibilités de stopper ce délitement, « La Rosa Perdida » voit tout, fait la différence entre prudence et complicité. Et entre les deux, la question que la première phrase pose sans y répondre facilement : à quel moment, exactement, tout a-t-il basculé ? Qu’est-ce qui pousse un fils à livrer sa mère, pendant que d’autres, à quelques rues de là, risquent leur vie pour résister ?
La langue de Christopher Laquieze se déploie dans cette logique. Elle est foisonnante et incarnée, dense, charnelle, chargée d’odeurs et de textures. L’écriture traite les murs comme des peaux et les corps comme des architectures secrètes. Dans un monde où les corps ne sont que des objets de désir, de contrôle, de terreur, écrire les corps autrement, c’est refuser que la dictature gagne jusqu’à la matière du vivant. La langue utilisée participe à cet acte de rébellion : elle dit que le réel ne se laissera pas assécher.
Pour en faire la pleine expérience, je vous recommande la version audio lue par l’auteur. On y entend un homme habité par ce qu’il a écrit. Il y a dans son interprétation une connaissance intime qui ne s’imite pas, les sonorités hispaniques, le souffle placé exactement là où le sens l’exige. Les intermèdes musicaux participent à la mise en valeur de sa langue charnelle et à l’ambiance envoûtante.
On ressent physiquement ce texte, et cette nécessité d’écrire. La version audio donne une seconde peau à « La Rosa Perdida ».
Si, comme moi, vous tentez la manière immersive pour lire ce texte (audio et lecture en parallèle), vous en ressentirez tous les délices.
Que font les lieux aux gens ? Que font les gens aux lieux ? Comment Matías a-t-il été capable de trahir ? Comment Sofia a-t-elle pu tenir ? Dans un même village, sous une même peur, certains trouvent en eux la ressource de résister, pendant que d’autres choisissent de trahir ou de disparaître. « La Rosa Perdida » met en lumière ceux qui résistent, et qui, grâce à l’amour, trouvent la force de le faire. Un très beau premier roman.
Histoire sympathique à lire (pas sympathique à vivre !) où l'on remarque une envie de l'auteur de nous emmener en Amérique latine et de nous introduire à certains épisodes difficiles qui ont eu lieu dans plusieurs des pays de cette région du monde. On remarque aussi une forte inspiration des écrits de cette partie du monde, j'ai par exemple pensé à Juan Rulfo par exemple, ce qui contribue à créer ce que j'appelle une ambiance brumeuse (dans un endroit où il fait ironiquement hyper chaud) où l'on ne sait pas trop sur quoi on va tomber. Je ne peux pas dire que j'ai adoré car j'ai toujours eu du mal avec les écrits d'auteurs d'Amérique du Sud. Et ça y ressemble beaucoup ici, et c'est le but. Il y a aussi eu un effort d'écriture notable de la part de l'auteur : c'était bien, mais peut-être manquait-il quelque chose de plus pour véritablement me toucher en plein cœur.
J’attendais beaucoup de cette lecture et j’avais forcément peur d’être déçue. Du réalisme magique dans un village d’Amérique du Sud ? Tout ce que j’aime. L’auteur, Christopher Laquieze, dont je suis les recommandations avec attention sur les réseaux sociaux et avec qui je partage un amour pour l’Amérique latine et la littérature, ça devrait le faire. Je n’ai absolument pas été déçue. J’ai adoré ce village, ces personnages, ce conte magique. L’écriture est sublime et l’histoire magnifique. Je l’offrirai, le conseillerai et le relirai.
4 ⭐️ La rosa perdida est une lecture immersive qui mélange mystère, émotion et aventure. L’histoire avance bien et réussit à maintenir l’intérêt du début à la fin, avec une atmosphère intrigante et des personnages attachants. Certains passages auraient pu être un peu plus développés, mais l’ensemble reste captivant et agréable à lire. Une belle découverte.
J’ai eu un petit coup de mou durant le 2e tiers du livre, en partie parce que les personnages sont bien décrits mais un peu trop superficiellement pour que je réussisse à m’y attache pleinement.
Malgré cela, la beauté de l’écriture et de l’histoire m’a littéralement donné des frissons. Le réalisme magique, porté par une plume chantante et poétique, fonctionne à merveille 👌
Ici, l’espoir ne meurt pas : il se fane, telle une fleur dont personne n’ose arracher les pétales. L’odeur du sang se mêle à la poussière et recouvre le village d’un silence épais. On baisse les yeux, on traverse la place sans ralentir, comme si la terre n’était pas rouge d’hier. Pourtant, au centre, un feu brûle encore. Il réchauffe les mains, éclaire les visages, mais consume ceux qui s’en approchent trop. C’est là que tout bascule, là que les fidélités se nouent et se dénouent. La corde, pendue dans le silence de la plaza, oscille sous le souffle du vent, sous les regards immobiles. Pas un cri. Pas une protestation. Seulement cette violence, consubstantielle à l’humanité, qui s’inscrit dans les corps et dans la mémoire. Et malgré tout, on s’attache à Sofia et Mathias, comme on s’attache à une braise qui pourrait encore, peut-être, survivre à la nuit.
La Rosa Perdida, Ce n’est pas seulement la peinture d’un village écrasé par une violence consubstantielle à l’humanité, mais le schéma d’une vision plus vaste de l’homme lui-même. Chez Laquieze, la violence ne naît pas de la dictature : elle est déjà inscrite dans les gestes et les silences. L’espoir, dès lors, ne disparaît pas ; il se transforme en un désenchantement lucide, miroir de notre angoisse existentielle.
Pourtant, quelque chose persiste, une flamme que l’on tient dans le creux de la main, fragile et parfois brute. Et même une fois vengé, pensant la lumière éteinte, une voix revient la nuit, insistant dans l’ombre, rappelant aux hommes ce qu’ils ont fait et ce qu’ils auraient pu être.
Un premier roman époustouflant dans lequel les images nous tiennent en haleine jusqu'à la dernière page.
Un joli coup au cœur que cette lecture hors du temps. On y suit ici tout le cheminement qui a mené un fils a dénoncé sa mère et par la même à la condamner à mort. Toute la première moitié du roman, je me suis retrouvée bercée par cet univers teinté de réalisme magique, superbement servi par la plume emplie de poésie de l’auteur. Cette magie via Celesta qui lit dans les coutures, Chichirron, l’homme-poisson, des spectres, ce jardin et un fleuve, témoins silencieux etc… nous permet de respirer dans ce monde où l’on étouffe. San Jacento, c’est un miroir de l’enfer des dictatures, de celles qui ne cessent de balafrer le continent sud-américain avec toute l’horreur qu’on lui connait. C’est aussi et surtout un miroir sur l’humain, le pire comme le meilleur. Entre courage et petites lâchetés, instinct de survie et résistance. Délations et fatalismes. Amour et haine. J’ai adoré certains perso’, détesté d’autres, mais j’ai surtout marché sur le fil pour la plupart d’entre eux. Parce qu’on peut comprendre certaines décisions sans les approuver, leur en vouloir et d’une certaine manière leur pardonner. Tous ces personnages sont profondément humains. C’est pour moi, la grande richesse de ce roman au style assez particulier ( je lis peu d’auteurs sud-américains, je vais devoir corriger ça) Un style qui m’a embarqué et beaucoup plus. Merci pour le très beau (et dur) voyage avec cette fin que j’ai adoré.
Ce qui fait la force de ce premier roman constitue aussi ses points faibles.
L'écriture est très travaillée, très poétique. On devine tout le soin qui a été apporté au style. C'est joli et fluide à la fois. Néanmoins, je crois que c'est justement ce qui m'a empêchée de ressentir quelque chose de fort pour ces personnages et cette histoire tragique. Tout y était peut-être trop travaillé. L'histoire appelait, selon moi, à quelque chose de moins lisse.
De la même façon, j'ai adoré le contexte et on ressent tout de suite l'influence latino-américaine. La Rosa Perdida a quelque chose qui rappelle forcément les histoires de Gabriel García Márquez et les autres auteurs latinos qui manient le réalisme magique avec brio. La comparaison a quelque chose de flatteur, bien sûr, mais elle joue aussi contre le travail effectué ici. Le roman semble s'inscrire dans la lignée de ce qui a déjà été fait, au lieu de proposer quelque chose qui serait nouveau et propre à l'auteur.
En tout cas, les pages défilent toutes seules, on ne s'ennuie pas, et je suis très curieuse de voir ce que Christopher Laquieze proposera avec son prochain roman. C'était une chouette découverte.
Aujourd'hui c'est la saint Valentin mais j'ai choisi de parler de la rosa perdida
Le résumé du livre : un homme dénonce sa mère qui tient un bordel. La réalité est beaucoup plus complexe mais surtout je ne m'attendais pas à trouver toutes les formes d'amour dans ce roman. Malgré l'horreur que vivent les personnages, j'ai été touchée en plein coeur par beaucoup d'histoires, par leur vies, par le personnage de la mère.
Et quelle écriture. Difficile d'y voir un premier roman tant le style m'a conquis. Au début ça m'a un peu déboussolée mais au bout de quelques pages j'ai totalement plongé dans ce village, dans ces routines.
Je ne vous parle pas de ce livre comme un roman d'amour ou une romance. Mais pour moi c'est un roman qui traite de l'importance de l'amour dans nos vies mais aussi de la haine qui se propage. Et le pire : du silence et de ce qui se cache dedans.
Un coup de coeur. Je répondrais présente pour tous les livres suivants de l'auteur.
Ce soir-là, Sofia prit une décision qui ne relevait ni de la raison ni de la logique. Là, sous la lueur jaune d’une ampoule nue qui pendait au bout d’un fil, elle commanda des camions de roses. Des milliers de fleurs, rouges comme des cœurs ouverts qu’elle voulait jeter dans l’océan. Faire de cette mer un océan de souvenirs où les fleurs de cempasúchil flotteraient pour accueillir son bien-aimé dans le ventre de l’univers. Mais les jours passèrent et les camions n’arrivaient pas. Alors elle cultiva elle-même ses roses dans le jardin à la fin de l’été, creusant la terre de ses mains nues. Chaque soir, elle les arrosait, observant les tiges fragiles se dresser dans la lumière mourante du crépuscule. Portée par une énergie qu’elle ne s’était pas crue capable de retrouver, Sofia ouvrit les portes de sa demeure et, dans un élan défiant les cieux, dans un coin oublié du monde, elle donna au chaos un nom parfumé de promesses, la Rosa Perdida.
Un récit poétique, inspiré de Garcia Marquez que j’ai pris plaisir à découvrir. Une inspiration mais en aucun cas un mauvais recopiage. Le talent est là, les phrases emportent, bercent comme une houle.
J’ai trouvé le roman, en prenant en compte l’histoire de l’auteur, encore plus inspirant. Si ce dernier tombe sur ce message : merci de démontrer que la littérature se fait aussi par ceux du « peuple », ceux dont les parents ne sont pas nantis ou bien nés, et que la littérature a appelé puis consolé comme une mère.
J’ai sans doute moins su m’identifier aux personnages, ce qui justifie sans doute les étoiles perdues, mais ce n’est qu’une appréciation subjective et nullement ne doit entacher le texte.
Un texte magnifique servi par une plume sublime, poétique, flamboyante… j'ai pour ma part adoré ce livre. Une parfaite introduction au réalisme magique pour les lecteurs qui ignorent tout de ce genre littéraire. Christopher Laquieze signe là son premier roman et c'est fort, puissant, riche...un premier roman qui cache des idées sous-jacentes pour d'autres histoires à l'image de ce tango "El Silencio de Marta''...Ce roman cinématographique augure d'une carrière de haut vol.. Merci pour ce voyage dans cette amérique du sud empreinte de magie, de mystère...on en sort émerveillés et on en redemande !!!!
J’ai tout d’abord été déstabilisée par la quasi absence de dialogue. Le texte est très bien écrit, avec des passages tres poétiques. En refermant le livre j’ai été prise d’une sorte de nostalgie. Ce livre c’est un peut comme un conte familial qu’on narre oralement de génération en génération. Le lieux est inventé, l’époque est inconnue, l’âge des personnages n’est pas dit car trop de génération ont porté le récit. J’ai trouvé ce parti pris charmant. Et finalement ça n’a pas d’importance car la narration vient nous servir cette histoire en laissant une sorte de morale poétique. La fin nous laisse nostalgique d’une histoire qui ressemble à une transmission.
Si j'ai aimé l'ambiance qui fait vivre la révolte face à l'oppression d'une dictature sud-américaine, j'ai eu parfois du mal à raccrocher tous les wagons et à comprendre les liens d'un chapitre à l'autre.
L'écriture est très sensible et poétique, traversée par l'espagnol et beaucoup de métaphores. L'eau du fleuve se mêle à la poussière de la place du village. Parfois un petit côté fantastique qui m'a rappelé la saga Blackwater.
Mais certains personnages arrivent un peu comme un cheveu sur la soupe, il m'a manqué du lien et des explications plus poussées de leurs actions pour comprendre vraiment ce tableau virevoltant autour du bordel de la Rosa Perdida.
J’ai adoré ma lecture ! Avec ses métaphores et sa poésie, la plume nous plonge dans un univers aussi beau et rêveur que sinistre et atroce. J’ai beaucoup aimé cette ambivalence entre l’effroyable et la douceur Le roman tient vraiment en haleine, il y a tellement d’éléments qui se mélangent et qui gravitent qu’on a envie de continuer pour voir jusqu’où ça nous mène
Je reste quand même un peu dans le flou quant à la fin, ça s’est terminé de façon tellement abrupte que je ne suis pas sûre d’avoir tout saisi (ça mériterait une relecture)
Mais en tout cas je recommande vraiment ce roman !
Un très joli premier roman à l'écriture très délicate, qui nous emmène dans des contrées méconnues d'Amérique latine. Je rejoins certains avis à savoir que l'histoire et les personnages auraient probablement pu gagner en profondeur et je sais que pour ma part, avoir une partie du dénouement au début du récit (et sur la 4e de couverture) m'a empêché de m'attacher à certains protagonistes.
Texte un peu lourd au début, avec des phrases qu’il faut relire deux fois tant elles sont complexes. Puis le texte devient plus fluide, et on oublie l’écriture pour enfin se concentrer sur l’histoire qui est passionnante. Pour moi une culture, une période historique, des faits totalement inconnus, donc une belle découverte. On est pris dans le roman et on veut en savoir plus. Doux amer. Beau premier roman
C’était bien! L’ambiance est intéressante. De la vengeance, des villageois opprimés, une dictature. Une mère et son fils. Une jolie plume. Bref, de bons ingrédients pour un bon roman à mon goût. Mais le réalisme magique m’a ennuyée. Ce n’est pas ma tasse de thé.
En Amérique latine, dans le village de San Jacinto del Río, n’apparaissant sur aucune carte, les habitants vivent sous l’emprise de la dictature. Parmi ses habitants, Sofia Ordoñez, sera dénoncée par son fils, et pendue sur la place publique, sous l’effroi de l’ensemble du village. Car cette femme, dirigeait une institution « La rosa perdida », un bordel devenu le refuge de nombreux passants, mais surtout des opposants.
L’histoire d’une sombre destinée et du courage de tout un village pour tenter de changer leur condition.
L’écriture et le style de l’auteur sublime cette histoire tragique empreinte de réalisme magique, propre aux romans de littérature sud-américaine.
Premier roman d’un chroniqueur littéraire Tiktok et c’est honnêtement pas mal du tout. Christophe Laquieze est un spécialiste en littérature latino américaine et on retrouve le fameux et si sublime réalisme magique propre à cette littérature dans cette histoire à la fois tragique et empreinte d’espoir qui se déroule forcement dans une Amérique latine gangrenée par la violence. On s’attache aux personnages, le style est travaillé et assez poétique, il y a une veritable intrigue mais … pour avoir un vrai très beau roman il manque une certaine profondeur littéraire… comme manquerait sur une toile quelques couches de peinture. Peut être ce roman demandait-t-il quelques mois de plus de travail ? Ou en vieillissant en tant que lectrice j’attends trop de la littérature…. À offrir aux personnes qui veulent s’initier au réalisme magique latino américain mais sont timides face aux classiques du genre. Ici l’écriture est contemporaine, facile à lire. Réjouissante. « Elle qui ne disait jamais rien, qui restait aimable avec ces hommes qui l'aimaient tant, non pour son intelli-gence, mais pour ses courbes dansantes sous une robe en soie transparente, elle qui se levait le matin sans jamais renvoyer de mauvaise humeur, dans ses draps à l'odeur de poule égorgée dans lesquels elle s'endormait chaque soir en sachant que personne ne viendrait les laver pour elle, elle qui se frottait les mains au savon pour s'enlever la honte d'être devenue une femme que les hommes tuaient du regard, ne désirant que son corps, son pauvre corps qui vieillirait et laisserait les hommes indifférents, bon Dieu qu'elle les détestait et continuerait à les trahir jusqu'à ce que cette race de porcs disparaisse à jamais. »
Pour un premier roman, Christopher Laquieze s'est plutôt bien débrouillé ! Tout d'abord, j'ai adoré la plume. Christopher Laquieze a la faculté de jouer avec les mots de façon poétique et on se sent tout de suite transporté en Amérique Latine à cette époque. Ce qui m'a moins plu c'était le côté réalisme magique que j'ai trouvé superflu : il existe mais on n'a pas tellement de détails ni de contexte. J'ai parfois été perdue également avec le nombre de personnages au début ainsi que leurs noms : parfois, un même personnage pouvait être identifié avec des noms différents et cela m'a déroutée dans ma lecture. J'ai fini par reprendre le fil et bien comprendre qui était qui et ma lecture est devenue plus facile. Et j'ai adoré la citation sélectionnée à la fin du roman, tellement importante en ce moment !
J'ai tout de même bien aimé ce roman, j'ai hâte de voir ce que Christopher Laquieze nous proposera par la suite.