c'est l'histoire la plus étrange qu'il m'ait été donné de lire. Extrêmement onirique on ne comprend pas tout ce qui se passe dans ce livre mais j'ai été happée et je l'ai dévoré. Ce n'est pas une lecture très accessible je pense et elle aborde des thèmes très durs parfois mais une chose est sûr elle ne laisse pas de marbre.
Au début de ma lecture, je m’attendais à une lecture douce et poétique. Une parenthèse hivernale mais tendre. Et pourtant. Ce roman est tout sauf doux.
À Saint-Hilaire, autour de l’ancienne gare et de ses trains vers le Loin-Hivernal, l’étrangeté s’installe lentement. Ceux qui prennent ce train reviennent décolorés, suspendus entre deux âges, comme si le temps les avait mâchés puis recrachés. Blanche Véral, elle, ne part pas. Du moins, pas physiquement. Chaque nuit, elle devient Harmonia, chanteuse libre, admirée, lumineuse. Là-bas, dans cet ailleurs glacé, elle existe pleinement. Elle rayonne. Elle vit. Et ici ? Elle s’efface. La dualité entre ces deux mondes est magistrale. Le pays du rêve est plus beau, plus vibrant, plus intense que notre réalité. Mais il est aussi plus dangereux. Car on ne peut rejoindre son idéal qu’en dormant. Et que se passe-t-il lorsque l’on préfère le sommeil à l’éveil ? Cette question traverse tout le roman et m’a profondément marquée. Elle renvoie à quelque chose d’universel : qui n’a jamais trouvé le monde des rêves plus supportable que le nôtre ?
Sous son apparente délicatesse, le roman aborde des thèmes extrêmement forts comme le suicide ou les problématiques liées à la grossesse… Et je dois l’avouer : cela a clairement joué avec mes TW. Certaines scènes m’ont serré la gorge. D’autres m’ont mise mal à l’aise par leur justesse. Ce n’est pas un livre qui prend par la main. Il regarde l’Hiver droit dans les yeux. L’Hiver, justement, n’est pas un simple décor. Il observe. Il réclame. Il ne laisse pas repartir ceux qui s’y sentent enfin vivants. Et c’est terriblement puissant.
Malgré la dureté des thèmes, la plume de est magnifique. Les images sont glacées mais vibrantes. On ressent chaque fissure de Blanche, chaque éclat d’Harmonia. Et même si cette lecture a été difficile pour moi, j’ai terminé le livre. Parce que quelque chose m’y retenait. Parce que la beauté du texte compensait la violence du fond. Parce que la réflexion qu’il propose dépasse l’inconfort
Sur le papier, tout était fait pour moi : une plume poétique, des images glacées mais vibrantes, cette belle idée d'un rêve où l'on existe enfin pendant que le réel nous efface. Et pourtant, je referme le roman avec le sentiment d'être resté dehors.
Il y a deux sortes de difficulté quand on lit - Celle qui récompense : le texte exige un effort, mais finit par vous ouvrir un sens que vous n'auriez pas atteint seul. Et ce n'est pas ce roman.
- Puis celle qui vous laisse sur le seuil : les images restent belles et fortes, mais décoratives, et l'effort n'est jamais payé en retour.
Ici, l'opacité ne tient pas sa promesse : on accumule de jolies métaphores sans jamais saisir ce qu'elles veulent raconter car le fil narratif est noyé dans la symbolique.
On dit qu'un roman qui « ne prend personne par la main », est une qualité, mais la clarté n'est pas l'inverse de la profondeur. Emmener un lecteur loin tout en lui tenant la main est bien plus difficile que de le laisser perdu, selon moi.
Le plus frustrant, c'est que j'étais exactement le lecteur qu'il fallait pour ce livre. Que même moi je décroche en dit long. Un vrai talent d'écriture, un univers qui avait tout pour me happer... mais au bout du compte, j'ai l'impression d'avoir passé mon temps à déchiffrer un mystère gardé fermé à double tour.