Héritier d'une culture millénaire, à l'histoire stable malgré les invasions et le jeu colonial dont il a été l'objet, l'Iran, théocratie islamique après 2000 ans de monarchie des Shahs, occupe une position géostratégique privilégiée au Moyen-Orient. Aujourd'hui mosaïque ethnique, peuplé de chiites dans un monde musulman majoritairement sunnite, ce pays riche en pétrole dépend économiquement de la demande internationale. Pointé du doigt par les États-Unis qui le rangent dans l'" Axe du mal " à cause de la question du nucléaire, l'Iran est aussi un territoire à la population jeune, de plus en plus éduquée et aux aspirations croissantes, que devra entendre le nouveau président Rouhani élu en 2013. Ce dernier hérite d'une situation économique en net déclin et de dossiers complexes comme la crise du nucléaire et la question syrienne.
Firouzeh Nahavandi, née le 3 octobre 1955 à Paris, est une sociologue belge d'origine iranienne.
Après avoir effectué des études secondaires au lycée français de Téhéran, elle obtient une licence et un doctorat en sciences sociales à l'Université libre de Bruxelles. Sa carrière a été essentiellement académique.
Elle est actuellement professeur à l'Université libre de Bruxelles et directrice du CECID, Centre d'Etudes de la Coopération Internationale et du Développement. Elle a été professeur associé à l'Université Senghor d'Alexandrie, et à l'Université Mandé Bukari, Mali. Elle enseigne également à l'Université d'Agriculture de Hanoï. Elle est membre de l'Académie Royale des Sciences d'Outre-Mer de Belgique.
Elle a d'abord étudié les questions liées aux révolutions et en particulier les sources de la révolution iranienne de 1979, avant de se spécialiser dans l'étude des pays en voie de développement et particulièrement des pays musulmans. Aujourd'hui, elle se focalise de plus en plus sur les questions de genre dans les pays musulmans et les questions liées aux inégalités dans le développement
Ce livre est une présentation de l'Iran actuel écrit par une sociologue belge d'origine iranienne.
Le premier chapitre brosse clairement et synthétiquement l'histoire du pays depuis ses origines jusqu'à nos jours, en mettant l'accent sur les personnalités et faits de civilisation importants, puis présente la géographie du pays, tout en évoquant les défis environnementaux que représentent la pollution de l'eau et de l'air.
Le second chapitre est dédié à la société: la transition démographique a été spectaculaire, non pas du fait d'une politique de contrôle des naissance, mais par le libre usage des contraceptifs paradoxalement accordé par le régime islamique. La population est jeune et relativement éduquée par rapport aux autres pays de la région. Le chiisme est religion d'état, mais on trouve des chrétiens (majoritairement orthodoxes), des juifs, des bahaïs et des sunnites. J'ai été surpris que les mazdéens ne soient pas mentionnés. L'Iran est aussi une mosaïque ethnique et linguistique: si les aspirations séparatistes ne sont pas très poussées, les revendications ethno-nationalistes se multiplient au point de pénétrer les débats présidentiels. Un des paradoxes de l'Iran et une vaste diaspora et une forte immigration des pays voisins, principalement l'Afghanistan et l'Irak. Il y aurait une préoccupante et couteuse fuite des cerveaux (150000 diplômés par ans selon le FMI) dont bénéficient principalement les États-Unis et le Canada: les raisons de ces départs sont d'abord un service civil long demandé en compensation de la gratuité des études, ensuite le chômage (75000 diplômés sur 270000 trouvent un emploi chaque année selon les statistiques officielles) et enfin la pesanteur de l'application des codes religieux.
Le troisième chapitre est dédié à la politique et au pouvoir: les principes et mécanismes de la théocratie constitutionnelle sont exposés. Il y a des organes religieux qui contrôlent des organes civils. Si les partis politiques traditionnels sont interdits, il existe néanmoins des factions qui défendent, toujours en restant dans le cadre de la religion dominante, des interprétations et des objectifs différents, entre des conservateurs attachés au statut-quo, à des pragmatiques visant un développement à la chinoise, favorisant l'économie tout en restant autoritaire, et enfin une vaste coalition de réformateurs qui, tout en prônant une plus grande tolérance, n'en restent pas moins parfaitement loyaux au régime. En terme de politique étrangère, la révolution islamique a tentée de s'exporter, ce qui a créé pas mal de tensions avec les voisins. Plus récemment, lors du printemps arabe, le régime a d'abord tenté de récupérer le mouvement, en y voyant des émules de sa propre révolution, mais la situation en Syrie a changé la donne, et le régime condamne depuis les protestations populaires en prétendant qu'elles sont fomentés par les États-Unis et Israël. Sur la question des droits de l'homme, une répression sans état d'âme est à l’œuvre: peines de mort sur des mineurs, exécutions publiques, flagellation, restriction sur la liberté d'information et d'expression, prisonniers politiques, harcèlement des familles, droits individuels bafoués, femmes considérées comme citoyens de seconde zone. Les femmes sont actives pour conquérir des droits, et ce pas uniquement dans un cadre laïque: le féminisme islamique s'appuie sur l'étude des textes sacrés pour modifier les rapports homme-femme au sein de la religion musulmane.
Le quatrième chapitre traite d'économie et de développement. L'Iran, avec les deuxièmes réserves pétrolières mondiales, est une économie rentière, mais elle ne se développe pas principalement du fait des sanctions internationales. Les revenus sont principalement consacrés à la redistribution, à des politiques sociales, à l'alphabétisation, et ce avec des retombées positives visibles. Malgré cela, 20% de la population vit sous le seuil de pauvreté. L'auteur critique l’inefficacité du secteur public et l'opacité de la redistribution. L'agriculture est diversifiée et emploie 16,8% de la population active. La mer Caspienne contient 90% de la réserve mondiale de caviar. Les industries les plus importantes sont la pétrolière et la textile. L'artisanat du tapis persan contribue aux revenus des familles rurales. Les services représentent la moitié de l'activité. Le tourisme pourrait représenter une activité importante, mais elle est grevée par le code vestimentaire imposé aux touristes. La défense et la question du nucléaire sont évoqués.
Le cinquième chapitre traite de l'éducation et de la culture. C'est celui qui m'a le plus intéressé. L'accès à l'enseignement supérieur est conditionné par la réussite à un concours national difficile: sur 1,5 millions qui le tentent, seuls 11% sont admis. Ces dernières années, on constate d'une part la féminisation de l'enseignement, d'autre part la réduction de l'écart du taux de scolarisation entre ville et campagne. La musique et la danse ont une histoire millénaire: si elles ont été mal vues, voir interdites, elles se perpétuent dans le cadre privé. La culture est source de fierté, en particulier la littérature classique à laquelle beaucoup sont familiarisés. Parmi eux Roudaki (858-954), premier utilisateur de l'alphabet persan, Razi(865-925), savant pluridisciplinaire, Ferdowsi(940-1020), père du Shah-Nâme, le livre des roi, des poètes comme Khayyâm(1048-1131), Rumi(1207-1273), Saadi Chirazi(1184-1291) et Hafez Chirazi(1315-1390). A partir du XIXe siècle, le débat sur la modernité anime les écrits iraniens: Sadek Hedayat(1903-1951) est connu pour sa Chouette Aveugle. Ali-Ashraf Darvishian (1941-) aborde les questions sociales et culturelles. Mahmoud Dowaltabadi(1940-) travaille sur le monde rural. Les femmes ne sont pas en reste, avec Parvine Etesami(1907-1941), Forogh Farokhzad, Simine Daneshvar, ou Simine Behbahani. Le cinéma iranien rencontre un grand succès et ses productions remportent des prix internationaux prestigieux. En l'absence d'une presse libre, le cinéma finit par devenir le vecteur de la critique sociale en Iran. Paradoxalement, l'Etat soutient la distribution et envoie à l'étranger des films interdits en Iran. En 1997, Abbas Kiarostami reçoit la palme d'or à Cannes pour Le goût de la cerise, en 2011 c'est Mohammad Rasoulof pour Bé omid-é didar (Au revoir), et Asghar Farhadi recoit Ours d'Or, César et Oscar pour Une Séparation. Les réalisatrices se distinguent également avec par exemple, en 1984, Rakhshan Bani-Etemad et son Le voile bleue , Samira Makhmalbaf pour La pomme qu'elle réalise à 18 ans, et Le tableau noir. L'éducation physique et le sport ne sont pas négligés: si le football est très apprécié, le pays se distingue par l'haltérophilie et la lutte. On trouve des sports traditionnels comme le varzesh-é pahlavani (sport des héros), ou le zourkhâneh (maison de force): c'est un mélange de références à l'antiquité et au chiisme. Il y a un mélange de fêtes traditionnelles ancestrales et de fêtes musulmanes. Parmi elles, le Nowrouz, fête du nouvel an: on met des habits neuf, se réunit en famille pour manger, et saute par-dessus le feu à la fin. En contraste aux fêtes préislamiques qui célèbrent toutes la joie et le bonheur de vivre, le chiisme iranien est caractérisé par les commémorations de la douleur. Parmi ces dernières, celles de l'Imam Ali et de l'Imam Hussein. Enfin, l'auteur évoque les subtilités du tâârof, sorte de code de politesse qui régit toutes les interactions.
Le livre aborde beaucoup de sujets. Bien sûr, il ne peut que les évoquer rapidement, et il faut souvent prendre les affirmations de l'auteur telles quelles sans beaucoup d'illustrations et de développements, mais pour moi qui n'y connaît rien, ça reste une bonne introduction. On trouve quelques cartes, des encarts explicatifs, beaucoup de références dont la qualité me semblait un peu inégale, et des tableaux de chiffres donnant des données diverses. Ce livre m'a donné envie de lire les classiques iraniens et ne plus simplement m'intéresser à l'histoire et aux récits des voyageurs.