Comme l'auteur nous y invite, j'ai cherché en ligne des images de Gjógv. Sur le site "Comptoir des voyages", on apprend qu'au nord de l'île d'Eysturoy, ce village pittoresque doit son nom - Gjógv, qui signifie ravin - à une gorge maritime de 200 m de long utilisée pendant des siècles comme port naturel. C'est dans cette splendide nature sauvage des îles Féroé, exposée aux vents de la mer de Norvège, qu'Aurélien Gautherie campe l'action de son premier roman.
À la naissance de leur fille Anna, Olga et Jonas s'aperçoivent rapidement qu'elle est différente, ne réagit pas comme elle le devrait aux stimuli. C'est un bébé souffreteux, qui ne vivra pas longtemps, on le devine à travers les voix qui se succèdent dans ce roman polyphonique : celles d'Olga, de Jonas, d'Anna, de l'Etranger, des seuils de la maison, du village de Gjógv, et même du bonnet. Oui le délicat bonnet tricoté par Elin, la soeur de Jonas, pour protéger Anna du vent cinglant qui souffle sur Gjógv, est aussi un personnage, un peu comme les pierres dans le roman S'Adapter de Clara Dupont-Monod. L'écriture subtile et poétique de l'auteur m'a d'ailleurs rappelé celle de la journaliste et romancière triplement primée en 2021.
La périphrase du titre cache un drame familial que l'on découvre peu à peu, à travers une plume délicate qui dévoile l'histoire d'un couple au début du XXème siècle, confronté à une maladie que le silence empoisonne. Le personnage de Jonas m'a touché, enfermé dans sa colère et sa souffrance d'époux et de père confronté à un double deuil. J'ai aimé aussi les poèmes sur les vents qui viennent souffler entre les chapitres, montrant la force des éléments face à la fragilité des hommes.
C'est un très beau roman, très bien écrit. Je remercie Babelio de m'avoir proposé cette masse critique en avant-première et les éditions Noir sur Blanc / Notabilia qui m'ont permis de découvrir Aurélien Gautherie, un auteur à suivre !
💖 Ouah ouah ouah, je ne sais que dire. C'était beau, c'était différent, c'était sauvage et venteux. C'était super. Un roman très court, mais qui sait exactement comment nous happer dès les premières lignes. C'était si intense cet amour paternel démesuré, sa haine profondes et son impuissance. C'était super intéressant d'avoir divers personnages qui se succèdent pour raconter une petite partie de cette histoire, hyper varié et parfois étonnant.