L'ouvrage est exactement ce qu'il promet d'être : un espace de réflexion, accessible. Les notions abordées me semblent plus que pertinentes, il est nécessaire de les penser.
Les pensées décoloniales, queer et intersectionnelles essaient avant tout de sauver des voix. Il y a les concepts universitaires, il y a surtout des corps, des exils, des humiliations, des mémoires que l’histoire dominante a laissé délibérément hors champ. On comprend assez bien comment un récit national tronqué permet de mener des politiques publiques inégalitaires et absurdes…
Jean Genet me touche justement pour ça. Il joue avec les marges. Tord les règles. Rappelle les droits. Ses voleurs, ses amants, ses exclus sont des porteurs de pouvoir banalement chevaleresque. Toujours profondément humains. Il écrit « Je suis un homme que rien ne distingue ». Une solitude commune ?
Pour citer une autre autrice que j’aime… avec Rachilde aussi, le trouble du genre garde une nature littéraire et nouvelle, de clairvoyance. En lisant Monsieur Vénus notamment, les identités se mélangent. Rien n’y semble clair ; tout devient pourtant limpide et cohérent. Il y a quelque chose de beau dans la lutte et la subversion, c’est le commun.
Comment reconnaître les fractures du monde sans perdre l’idée d’une humanité commune ? Comprendre le racisme institutionnel. L’horreur de l’impérialisme. Comment défendre les singularités et les minorités ? Plusieurs voix pour plusieurs visions… mais des valeurs universelles et humanistes, vers une lutte décolonisante, d’union et de vérité. Un travail complexe, complet et brillant.