Un jeune homme disparaît à la sortie d’un club. Il ne laisse derrière lui qu’une lettre et, dans sa chambre, des carnets, des poèmes, des flacons : autant d’indices sur sa disparition. À travers le témoignage de ses proches et ses écrits personnels, le roman esquisse le portrait d’un garçon blessé par un amour vénéneux et interroge l’image de soi qu’on fabrique quand tout vacille à l’intérieur. De Paris à Rome et à New York se déploie l’exploration sensuelle et sexuelle d’un être dispersé, déchiré entre un romantisme sombre et une tendre cruauté. Un premier roman virtuose sur un héros dont l’échappée devient mythologique.
Mille millilitres de Ganymède m’a physiquement percuté. Crises de tachycardie. Le cœur s’emballe. La poitrine trop étroite. Le texte t’impose son rythme. Le corps suit ou cède. Un roman sous tension qui t’écrase et te fout sous la faille.
Lire ce livre, c’est ultra bad tripper dans un hangar en pleine nuit. Néons trop blancs. Basses trop lourdes. Pas d’issue. Pas de pause. La musique cogne. Le texte cogne. Les mots dans la trachée qui coulent et grattent. Et c’est ça qui est grandiose : constater que la littérature génère des sensations aussi irritantes, aussi radicales.
Un texte sur l’auto-destruction et la fuite. Sur les néons qui brillent trop forts. Sur les stroboscopes qui avalent. Sur des nuits abondantes et informes et décharnées et sans lendemain.
L’histoire d’un amour immense, déçu, unilatéral. Un amour déglingué. Un amour qui détruit tout. Qui laisse le héros errer parmi ses propres ruines. Sans repères. Sans peau. Déchirant parce que rien n’est amorti : ni la dépendance, ni la perte, ni la violence épaisse ou l’omniprésence de l’absent.
La plume de Philippe Savet pulse, grince, transperce, plombe, assèche, grésille, cogne. Le texte est une basse hard techno. Martelée. Répétitive. Obsessionnelle. Une boucle mécanique qui revient, qui insiste, qui t’attrape le sternum. Ça tape. Ça use. Ça épuise. Jusqu’à la saturation.
Et quand tout devrait s’effondrer, quand le système touche à sa limite, la boucle se fissure. Le son se creuse. Le rythme chute. Et surgissent des passages d’une écriture lyrique, presque irréelle et poétique. Un court moment de suspension avant que tout reparte et déraille à nouveau.
Et puis c’est aussi un roman dans le roman. Un personnage fabriqué pour cacher le sordide et le moche. Un masque. Un exutoire. Un corps fictif pour purger la crasse. Et dans cette mise à nu, tous les manques sont exposés : amoureux, familiaux, amicaux, traités avec une rudesse sans filtre, sans consolation, dénudés puis défoncés avec une brutalité qui m’a transpercé.
Un premier roman déchaîné, ardent, abrasif, comme un (électro)choc qui terrasse.
j'ai trouvé vraiment pas mal réussie l'exécution de cet assemblage de cris, de quêtes, de fragments d'êtres en quête de leur disparu, beaucoup moins l'ensemble des passages en vers libre ou globalement le glosage érotico-destroy de Ganymède, dont il ne me reste à vrai dire pas grand-chose, et qui m'a souvent donné une grosse impression de posture, voire de vomi de mots, et ça me chagrine d'autant plus qu'on voit que l'auteur est capable d'une délicieuse distance, d'un recul, d'une ironie à plein d'autres endroits, mais que non, sur son avatar, il restera dans un preumdeug ma foi très vite lassant (envie insensible de dire : c'est bon on a compris) (également : le roman aurait été bien plus réussi SANS le roman de Ganymède inséré à la fin, si ce texte était resté nimbé d'un mystère qui, au fond, lui aurait permis d'être meilleur qu'il ne l'est haha)
j'ai beaucoup aimé les deux premières parties, je suis moins convaincue par la dernière, que j'ai trouvé un peu "facile", pas assez construite (trop de vers libres, ça m'a moins touché que les passages plus "écrits" et "travaillés). La toute toute fin m'a séduite et émue. C'est dans l'ensemble un très beau texte sur le désir homosexuel, la mort, la disparition et ce qu'elle fait à l'entourage, les drogues et leurs conséquences au sein de la communauté gay. Je ne regrette pas de l'avoir lue, même si la dernière partie était pour moi dispensable...
sais pas trop quoi en penser… pas pu m’empêcher de me dire « Anne Carson, sors de ces pages !! » quelques instants de grâce, une mise en page et un graphisme ++, une vraie souffrance, une langue qui creuse en soi et puis quelques platitudes qui brûlent les yeux comme « aucune activité physique ne te permettra jamais de conserver la ligne que la drogue traçait sur ton corps. Au moins dans ta trace de kétamine il n'y a pas de sucres lents » ……. …
m'infliger cette lourde peine d'être l'instrument contre ton mur
jupiter, je me suis senti si petit que je pouvais entrer dans n'importe quelle frustration et je suis entré dans un cœur qui ne voulait pas de moi et je me suis déshabillé et je me suis senti pris au piège de ma propre hospitalité
c’est plus une expérience qu’un récit : une traversée poétique et brute
on est jeté dans un flux, un tourbillon de sensations, d’odeurs, de visions, de fragments de mémoire et de chair
le texte agit comme une substance : ça monte, ça descend ça trouble, ça désoriente ça crée le manque, parfois jusqu’à l’ivresse
on peut se sentir perdu face à cette écriture conceptuelle et pourtant, la lecture m’a semblé étonnamment fluide comme si accepter de lâcher prise permettait d’entrer dans le mouvement du texte de se laisser porter par ses vagues successives
l’écriture devient alors un trip, une transe la poésie ne cherche pas la beauté lisse mais l’impact, la brûlure, la faille et ça appuie là où ça fait mal
le corps, le désir, la perte, l’addiction s’entrelacent dans un récit instable toujours au bord de la chute une poésie sous substance, à la fois violente et fragile, qui nous laisse un peu sonnés un peu vidés un peu plus vivants
et j’imagine que se faire briser le cœur par quelqu’un qui porte un prénom de planète n’est peut-être pas si rare que ça
L’amour chimique pour combler le vide laissé par un homme dont on s'est épris, pour tenter de le retrouver ailleurs et autrement. Certains passages et expressions décrivent très justement l'addiction et le manque (l'obsession des trous); d'autres, en revanche, m'ont semblé plus plats... J'ai adoré la mise en page originale en lien avec la polyphonie du texte. ❤️