Mille millilitres de Ganymède m’a physiquement percuté.
Crises de tachycardie.
Le cœur s’emballe.
La poitrine trop étroite.
Le texte t’impose son rythme. Le corps suit ou cède.
Un roman sous tension qui t’écrase et te fout sous la faille.
Lire ce livre, c’est ultra bad tripper dans un hangar en pleine nuit.
Néons trop blancs. Basses trop lourdes.
Pas d’issue. Pas de pause.
La musique cogne. Le texte cogne.
Les mots dans la trachée qui coulent et grattent.
Et c’est ça qui est grandiose : constater que la littérature génère des sensations aussi irritantes, aussi radicales.
Un texte sur l’auto-destruction et la fuite.
Sur les néons qui brillent trop forts.
Sur les stroboscopes qui avalent.
Sur des nuits abondantes et informes et décharnées et sans lendemain.
L’histoire d’un amour immense, déçu, unilatéral.
Un amour déglingué.
Un amour qui détruit tout.
Qui laisse le héros errer parmi ses propres ruines.
Sans repères. Sans peau.
Déchirant parce que rien n’est amorti : ni la dépendance, ni la perte, ni la violence épaisse ou l’omniprésence de l’absent.
La plume de Philippe Savet pulse, grince, transperce, plombe, assèche, grésille, cogne.
Le texte est une basse hard techno.
Martelée. Répétitive. Obsessionnelle.
Une boucle mécanique qui revient, qui insiste, qui t’attrape le sternum.
Ça tape. Ça use. Ça épuise.
Jusqu’à la saturation.
Et quand tout devrait s’effondrer,
quand le système touche à sa limite,
la boucle se fissure.
Le son se creuse.
Le rythme chute.
Et surgissent des passages d’une écriture lyrique, presque irréelle et poétique.
Un court moment de suspension
avant que tout reparte et déraille à nouveau.
Et puis c’est aussi un roman dans le roman.
Un personnage fabriqué pour cacher le sordide et le moche.
Un masque. Un exutoire.
Un corps fictif pour purger la crasse.
Et dans cette mise à nu, tous les manques sont exposés : amoureux, familiaux, amicaux, traités avec une rudesse sans filtre, sans consolation, dénudés puis défoncés avec une brutalité qui m’a transpercé.
Un premier roman déchaîné, ardent, abrasif,
comme un (électro)choc
qui terrasse.