Souvent minimisé, assimilé à du "touche-pipi ", l'inceste commis par des enfants est un sujet tabou et pourtant massif. Depuis quatre ans, la journaliste Sarah Boucault, elle-même concernée, oeuvre pour sortir ces violences systémiques de l'ombre. Dans l'optique de comprendre et de se réparer, elle est allée à la rencontre de ces frères et de ces cousins qui ont agressé sexuellement ou violé un autre enfant de leur famille. Sarah Boucault entremêle leurs vécus avec sa propre histoire familiale et les observations des rares professionnelles qui les prennent en charge. Une enquête journalistique inédite et salutaire.
Je vais pas donner de notation, le sujet est déjà suffisamment tabou et on manque de recherche, je ne peux que saluer la démarche de l'autrice et l'importance d'avoir publié un tel livre.
Il n'empêche que j'en ressors très mitigée et dubitative, mais j'ai l'impression que c'est le constat qui est fait dans la conclusion finalement : c'est un premier coup de pieds dans la fourmilière mais il reste encore tellement d'aspects du sujet à aborder et à décortiquer.
Il y a eu des parties intéressantes, des réflexions pertinentes, et j'apprécie le fait que même si on se concentre ici sur les personnes autrices, on ne cherche ni à excuser ni à minimiser et le vécu des victimes n'est pas remis en question. Mais le tout au global a un aspect un peu brouillon. On veut une enquête mais l'autrice y amène beaucoup de son propre vécu, ce qui, pour moi, biaise beaucoup le livre ; mais à côté ce n'est pas non plus un témoignage. Les récits ne font qu'office d'introduction au sujet j'ai l'impression.
Les sources citées ne sont pas très fiables ni toujours faciles à retrouver et c'est dommage, certaines parfois se contredisent et amènent à quelques confusions. Difficile de vraiment s'y retrouver dans tout ça.
Mais bon, sujet important, un peu trop niche peut-être encore pour être entendu, écrire à la fois sur les enfants mineurs auteurs de violences sexuelles ET d'inceste était peut-être un peu ambitieux !
(aussi je pense qu'on peut arrêter de généraliser au masculin à tout bout de champs, reconnaître que des filles/femmes peuvent être autrices ne va pas à l'encontre de la cause féministe, bons dieux)
La première fois que j'ai rencontré une personne qui avait incesté alors qu'elle était adolescente, j'ai cru que j'étais face à une anomalie de ma carrière de psy. Une femme dans la vingtaine, victime et agresseurse à la fois, bouffée de honte et de culpabilité qui me confait pour la première fois de sa vie, quelque chose d'impossible à dire. Spoiler alterte : ce ne fut pas une anomalie.
En 2023 la Ciivise (comission indépendante sur l'inceste et les violences faites aux enfants) recueille 30 000 témoignages d'inceste commis par des enfants sur d'autres. 30 000 qui ont osé parler Je vous laisse imaginer combien de ne font pas. En France, 10% de la population aurait subit un inceste. Vous prenez une classe de trente gamins, statistiquement il y en 3 qui sont victimes. Je vous laisse visualiser.
Ce livre est une enquête journalistique qui part à la rencontre de professionnel•les mais surtout de celleux qu'on ose rarement écouter : les auteurices. Sans jamais déresponsabiliser, l'autrice explore à quel point l'inceste est structurel et (mettez un million de guillemets) "culturel". À la fois terriblement rependu et si tabou qu'il est rarement dit, pensé et réfléchi, même chez les professionnels médico-socio-judiciaires. Ce livre soulève autant de questions qu'il apporte de réponses.
Après avoir envisagé de n'utiliser Goodreads que pour la lecture de fiction, j'abandonne totalement et j'y poste ce à quoi je pense au moment où j'y pense... Je recommande vivement la lecture de cette enquête de Sarah Boucault, d'une grande finesse, sur un enjeu méconnu (ou plutôt dont on détourne particulièrement les yeux) Tout l'ouvrage nous montre à quel point les agressions d'enfants sur leurs frères et sœurs ou leurs cousin-es sont l'expression de dysfonctionnements familiaux, parfois depuis des générations, et que si cela ne les dédouane pas de leur responsabilité, les éventuelles sanctions et réparations à envisager ne peuvent l'être qu'à la condition d'une action systémique profonde.
On ne cessera jamais de dire que les violences sont structurelles, systémiques, et qu'elles engendrent de la violence. C'est un cercle sans fin. Et même si bien sûr il y a une responsabilité individuelle derrière chaque acte de violence, il y a aussi une responsabilité collective qu'il faut impérativement prendre en compte si on souhaite avancer.
Merci pour cet essai, qui m'a appris énormément de choses.