Très beau texte prenant place dans la Venise du 19ème, on y découvre notamment le sigisbéisme, plus communément appelé "trouple" de nos jours. Le sigisbée permettait à une femme d'avoir deux hommes dans sa vie, de façon harmonieuse et sans complexes. C'était admis dans la Venise de l'époque, puis aboli par Napoléon. Ce roman retrace l'histoire d'une mère qui a perdu de vue sa fille il y a des décennies, on y suit l'échange qu'elle a avec cette dernière. C'est beau, tendre, et doux... et quelle belle écriture !
Voici un roman par lettres qui m’a emmené dans la Venise d’avant la chute de la République voulue par Napoléon.
Caterina Contarini Querini écrit à sa fille Giulia qui se trouve en France et dont elle n’a pas eu de nouvelles depuis plus de 25 ans.
Elle écrit également à Henri Beyle, son grand ami, qui a retrouvé sa fille pour elle.
J’ai aimé découvrir le rôle du Sigisbée dans la noblesse italienne : une femme se mariait selon la volonté de son père, et sa mère lui trouvait un Sigisbée, un homme qui l’accompagnera et lui tiendra compagnie depuis son lever à son coucher pour ne pas qu’elle s’ennuie.
Caterina est mariée à Giovanni Querini, fils d’une famille ayant son nom inscrit au Livre d’Or de la République. Mais Giovanni n’arrive pas à affronter son père et se replie sur le jeu, perdant des sommes folles.
Elle aura 4 enfants : Andréa sur qui repose la lignée mais qui préfère boire ; Marco qui mourra très jeune ; Alvise qui viendra en aide à sa mère ; et Giulia qui a deux pères (Giovanni et le Sigisbée).
Car Giovanni et François de la Motte (le Sigisbée) se sont connus très jeunes en France, étaient des amis et le sont restés.
J’ai aimé que le flou règne autour de la paternité de Giulia. Ce n’est pas la question qui occupe la mère et la fille, et le mystère restera entier.
Ce qui occupe Caterina, c’est de savoir si sa fille a de l’affection pour elle. On découvrira à la fin du roman comment est décédé Marco et pourquoi François s’est enfui avec Giulia.
J’ai aimé découvrir la Venise des années 1830 : le carnaval qui a perdu de sa superbe, de même que La Festa della Sensa (Venise se marie avec la mer).
J’ai souri lorsque Caterina écrit qu’elle a aimé participer à un concours de pâtisserie et créer quelque chose de ses mains (même si ses lasagnes sucrées sont immangeables).
Plus qu’un roman sur l’intérêt pour une femme d’un Sigisbée, un roman sur le difficile travail de mère.
L’image que je retiendrai :
Celle de la bibliothèque Querini Stampalia dans laquelle l’auteure a fait ses recherches et qui laisse voir la magnificence d’un palazzo vénitien.
Mon intérêt pour les romans épistolaires remonte à bien des années, marqué comme beaucoup par les évidentes Liaisons Dangereuses. En sachant qu'aucun roman n'arriverait à la hauteur des lettres de la Marquise, celles de Caterina ont néanmoins été un plaisir à parcourir.
Mes lacunes concernant la vie personnelle de Stendhal n'ont été qu'un plus au final, cette ombre que j'ai fini par reconnaître au fil des mots de son amie et dont j'ai pu découvrir l'histoire avec Giulia. En réalité, plongée ainsi dans la belle et festive Venise, avant sa chute, c'est l'histoire de Caterina et de ses amours et déchirements que j'ai trouvé, Henri Beyle alors un simple personnage caché derrière le trio amoureux tragique et la relation délicate d'une mère et d'une fille séparées.
En conclusion, un plaisir à lire, à la fois par la justesse du récit, la facilité à créer en moi une nostalgie pour une Venise que je n'ai jamais vu et la plume pleine d'amour, de regrets et de souvenirs du personnage principal - de l'autrice !