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Sortir de la maison hantée - Comment l'hystérie continue d'enfermer les femmes
L'hystérie n'est-elle qu'une fiction du passé ? On l'associe généralement à un diagnostic obsolète, né de l'esprit d'hommes de la fin du XIXe siècle et resté figé dans les mémoires par les photographies de femmes en train de faire l'arc de cercle, pieds et mains au sol, les yeux révulsés. Supprimée des classifications psychiatriques, l'hystérie est supposée avoir aussi disparu du vocabulaire juridique. Le terme peut même nous faire sourire tant son caractère misogyne relève aujourd'hui de l'évidence.
Et pourtant, l'hystérie continue de nous hanter. Elle est toujours présente dans les cabinets des médecins, les couloirs des hôpitaux psychiatriques, au sein des cours de justice, des commissariats de police, dans nos familles et nos imaginaires. Si ce signifiant flottant se terre parfois sous d'autres noms, il s'agit toujours de faire des femmes des folles pour cacher les violences dont elles sont réellement victimes.
Car l'hystérie ne tombe pas du ciel : pour qu'il y ait " hystérisation ", il faut d'abord des " hystériseurs ".
À partir de rencontres avec des femmes psychiatrisées, d'affaires contemporaines, d'entretiens avec des historien. nes, des avocat. es, des médecins, d'archives d'hôpitaux, de témoignages laissés par des autrices internées, Pauline Chanu exhume la voix des femmes enfouies sous les diagnostics et nous invite à laisser parler les fantômes. Celles-ci nous montrent la porte de sortie de la maison hantée.
Et pourtant, l'hystérie continue de nous hanter. Elle est toujours présente dans les cabinets des médecins, les couloirs des hôpitaux psychiatriques, au sein des cours de justice, des commissariats de police, dans nos familles et nos imaginaires. Si ce signifiant flottant se terre parfois sous d'autres noms, il s'agit toujours de faire des femmes des folles pour cacher les violences dont elles sont réellement victimes.
Car l'hystérie ne tombe pas du ciel : pour qu'il y ait " hystérisation ", il faut d'abord des " hystériseurs ".
À partir de rencontres avec des femmes psychiatrisées, d'affaires contemporaines, d'entretiens avec des historien. nes, des avocat. es, des médecins, d'archives d'hôpitaux, de témoignages laissés par des autrices internées, Pauline Chanu exhume la voix des femmes enfouies sous les diagnostics et nous invite à laisser parler les fantômes. Celles-ci nous montrent la porte de sortie de la maison hantée.
372 pages, Paperback
Published October 16, 2025
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Community Reviews
Displaying 1 - 1 of 1 review
July 9, 2026
Le premier livre de Pauline Chanu est une réussite totale. Il prend la forme d’une longue histoire des femmes et de la psychiatrie en s’intéressant, en profondeur et en détail, à la pseudo maladie qu’est l’hystérie.
L’hystérie n’a en réalité aucune définition claire, elle n’en a jamais eu. pourtant, elle a justifié l’enfermement et la psychiatrisation de nombreuses femmes. Si elle n’est plus reconnue comme une maladie dans le DSM, elle est encore utilisée par certains psychiatres et psychanalystes.
Chanu raconte alors en détail les expériences du docteur Charcot à la Salpêtrière : des spectacles de femmes épileptiques à qui on enfonce des aiguilles pour prouver leur absence de douleur, des touchers vaginaux forcés pendant leurs crises… Dans ces hôpitaux, les patientes sont internées de force (souvent par un violeur de leur entourage). Elle parle également des expériences médicales et des mutilations commises : hystérectomie, lobotomie, excision…
L’autrice montre alors comment l’hystérie est en réalité une arme de délégitimation qui permet de réduire à néant le discours des victimes lorsqu’elles cherchent à dénoncer leurs agressions et/ou à priver les femmes de leur liberté lorsqu’elles n’entrent pas dans leur « rôle de femme ». Pour être perçue comme hystérique une femme n’a pas besoin d’être internée : être énervée, ne pas parler calmement, s’agiter.. suffit pour être discréditée. Un biais d’autant plus problématique lorsque les sujets (injustices, agressions sexuelles, viols, inceste..) sont émotionnellement chargés et révoltent les interlocutrices.
On peut aussi y voir une critique du système psychiatrique. On retrouve ici beaucoup d’arguments anti-psychiatriques classiques (même si l’autrice ne se revendique pas de ce courant) : l’incompétence des psychiatres, les biais sexistes, la surdiagnostication du trouble borderline chez les femmes (biais sexiste), une fois entré dans le système psychiatrique on dénie au patient toute agentivite (s’il se révolte c’est « parce qu’il est fou » pas parce qu’il est maltraité - cf Foucault), la pratique des tables de contentions (qui font des morts) et des électrochocs (pratiqués depuis un siècle leurs effets ne sont toujours pas prouvés…leurs effets secondaires, eux, sont bien réels !).
Ce qui est vraiment pertinent c’est la diversité des sources : sociologie, philosophie, littérature, articles, témoignages, cinéma, archives radiophoniques… La bibliographie est immense, Pauline tu t vrmnt pas moquée de nous !! Elle analyse beaucoup de cas historiques : de Mary Wollstonecraft a Britney..
Sortir de la maison hantée propose des allers retours entre les femmes de la Salpêtrière, et des témoignages récents : les années passent, la psychiatrisation reste…
Le but de l’autrice n’est pas de nier l’existence de troubles mentaux ou de folie, simplement de comprendre que si « l’hystérie » est une illusion, elle a (encore) des effets sociaux et politiques concrets puisque ce récit conditionne la manière dont nous recevons les témoignages et entendons les victimes : « Comme si avant la folie d’une femme il n’y avait pas la violence d’un père, d’un mari ou d’un médecin. ».
L’autrice conclut alors : « Faire une généalogie de l’hystérie est un long travail de desensevelissement. Je n’ai pas encore toutes les réponses, mais je sais déjà que je n’accepterai plus celles-ci « Parce qu’elle était hystérique », « Parce qu’elle était folle. ». Et je poserai plutôt une question : qui a intérêt à raconter cette version de l’histoire ? »
L’hystérie n’a en réalité aucune définition claire, elle n’en a jamais eu. pourtant, elle a justifié l’enfermement et la psychiatrisation de nombreuses femmes. Si elle n’est plus reconnue comme une maladie dans le DSM, elle est encore utilisée par certains psychiatres et psychanalystes.
Chanu raconte alors en détail les expériences du docteur Charcot à la Salpêtrière : des spectacles de femmes épileptiques à qui on enfonce des aiguilles pour prouver leur absence de douleur, des touchers vaginaux forcés pendant leurs crises… Dans ces hôpitaux, les patientes sont internées de force (souvent par un violeur de leur entourage). Elle parle également des expériences médicales et des mutilations commises : hystérectomie, lobotomie, excision…
L’autrice montre alors comment l’hystérie est en réalité une arme de délégitimation qui permet de réduire à néant le discours des victimes lorsqu’elles cherchent à dénoncer leurs agressions et/ou à priver les femmes de leur liberté lorsqu’elles n’entrent pas dans leur « rôle de femme ». Pour être perçue comme hystérique une femme n’a pas besoin d’être internée : être énervée, ne pas parler calmement, s’agiter.. suffit pour être discréditée. Un biais d’autant plus problématique lorsque les sujets (injustices, agressions sexuelles, viols, inceste..) sont émotionnellement chargés et révoltent les interlocutrices.
On peut aussi y voir une critique du système psychiatrique. On retrouve ici beaucoup d’arguments anti-psychiatriques classiques (même si l’autrice ne se revendique pas de ce courant) : l’incompétence des psychiatres, les biais sexistes, la surdiagnostication du trouble borderline chez les femmes (biais sexiste), une fois entré dans le système psychiatrique on dénie au patient toute agentivite (s’il se révolte c’est « parce qu’il est fou » pas parce qu’il est maltraité - cf Foucault), la pratique des tables de contentions (qui font des morts) et des électrochocs (pratiqués depuis un siècle leurs effets ne sont toujours pas prouvés…leurs effets secondaires, eux, sont bien réels !).
Ce qui est vraiment pertinent c’est la diversité des sources : sociologie, philosophie, littérature, articles, témoignages, cinéma, archives radiophoniques… La bibliographie est immense, Pauline tu t vrmnt pas moquée de nous !! Elle analyse beaucoup de cas historiques : de Mary Wollstonecraft a Britney..
Sortir de la maison hantée propose des allers retours entre les femmes de la Salpêtrière, et des témoignages récents : les années passent, la psychiatrisation reste…
Le but de l’autrice n’est pas de nier l’existence de troubles mentaux ou de folie, simplement de comprendre que si « l’hystérie » est une illusion, elle a (encore) des effets sociaux et politiques concrets puisque ce récit conditionne la manière dont nous recevons les témoignages et entendons les victimes : « Comme si avant la folie d’une femme il n’y avait pas la violence d’un père, d’un mari ou d’un médecin. ».
L’autrice conclut alors : « Faire une généalogie de l’hystérie est un long travail de desensevelissement. Je n’ai pas encore toutes les réponses, mais je sais déjà que je n’accepterai plus celles-ci « Parce qu’elle était hystérique », « Parce qu’elle était folle. ». Et je poserai plutôt une question : qui a intérêt à raconter cette version de l’histoire ? »
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