Dans une société ultra-répressive et menacée par la surpopulation, la mort est devenue un problème d'État. L'âge de la mort (dévitalisation) comme les rapports sexuels sont imposés par décret. Dans ce monde où la méchanceté est érigée en qualité première (car il faut savoir tuer), le seul objectif d'Albin, anti-héros tout aussi sombre que le narrateur de Viande, n'est pas de survivre mais de grimper dans l'échelle sociale, d'acquérir le pouvoir absolu pour laisser libre cours à son sadisme. Pris dans les rouages des décrets officiels, d'une loi toujours changeante, il n'en sera finalement que le jouet misérable, tandis que la révolution, censée rétablir un monde plus humain, ne fera que déplacer l'exercice de la violence.
Publié en 1981 dans le même volume que Viande, et tout aussi glaçant, Albin explore une autre figure de la cruauté normalisée : celle du pervers mégalomane prêt à tout pour conquérir le pouvoir, même si cela implique d’avancer sur des montagnes de cadavres.
Déconcertant. Un roman court, mais captivant du fait de sa pertinence et sa dystopie choquante et intense. Rien n’est laissé au hasard dans l’œuvre de Martin Harnicek, et il dissèque le protagoniste de manière qu’on perçoit toutes les pièces du puzzle assemblées pour qu’un être humain soit au service d’un régime répressif et totalitaire, qui au fond, ce dernier n’en prend jamais compte. Martin Harnicek révèle son expertise à nous révéler la banalité de l’effondrement des systèmes démocratiques et met en place une synergie de violence, de disparité sociale et de domination envers l’autre. Le processus de dévitalisation est alors consternant, mais s’inscrit dans une rhétorique d’abandon de toute morale et de jugement. Une dystopie punitive, habile, incisive qui confirme le grand talent de Harnicek à nous transmettre une histoire alarmante dans une écriture épurée et sans retenue.
Dystopie aussi familière que profondément malsaine, Albin entraîne le lecteur dans la trajectoire fulgurante d’un protagoniste foncièrement antipathique, happé par les rouages d’un régime totalitaire glaçant.
Un roman qui serre la gorge et résonne avec une acuité troublante à l’heure où notre époque semble vaciller.
PS : je découvre les éditions Monts Métallifères et la collection Pb82 avec ce texte et j’en suis tellement heureux ! Toutes leurs publications m’interpellent énormément, quel plaisir de découvrir cette nouvelle extension très prometteuse du paysage littéraire !
Sur le papier, c'est "sympa", mais dans la pratique je n'ai pas été éblouie comme d'autres par ce récit dystopique sur une tyrannie qui a été inspirée à l'auteur par son pays sous dictature. Il nous plonge dans une société où les règles sont anti-humaines et très dures, où les psychopathes sont érigés et les personnes sensibles mis à bas... Et dans une famille aux parents sensibles et humains naît un petit garçon qui se révèle très vite être le psychopathe parfait pour ce régime. Il monte très vite les échelons par la suite et deviendra un politique influent qui resserre encore plus les vis. Puis vient la fin qui nous montre une faille dans sa psychopathie...? Je ne sais pas trop quoi penser de ce petit bout d'histoire dans les égoûts. L'avant est très compréhensible et montre l'hypocrisie des tyrans qui ne veulent pas leurs mesures les plus dures leur être appliquées. Mais cette partie-là, je ne sais pas trop quoi en penser. Puis la toute fin fait sens et je n'imaginais pas autre chose. Bref, un récit oubliable pour ma part même si je salue le courage de l'auteur qui a écrit ça à l'époque alors même qu'il s'était exilé en-dehors de son pays.