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Les courants d'arrachement: Premier roman

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352 pages, Paperback

Published January 7, 2026

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Displaying 1 - 4 of 4 reviews
Profile Image for Aude Bouquine Lagandre.
744 reviews237 followers
February 18, 2026
Je n’avais aucune raison particulière d’ouvrir « Les courants d’arrachement » ce soir-là, si ce n’est l’instinct. Vous connaissez maintenant ma théorie des livres qui vous choisissent. La 4e de couverture m’avait semblé familière, une femme, un rocher, la mer, un amour perdu. J’ai pensé : je connais cette chanson. Je ne savais rien du tout.

Parce que le roman d’Élise Lépine ne fait pas ce qu’il annonce. Il ne raconte pas une femme au bord du gouffre : il vous y met. Reine, cette femme allongée sur son rocher à attendre que la mer monte, vous a déjà emmenée avec elle sans vous demander votre avis.

Au départ, tout semble simple. Une femme, Reine, s’allonge sur un rocher au large d’une plage de Casablanca, en ce matin de 1955. Sa fille Rose dort sur le sable. La mer est basse. Le lecteur s’imprègne de cette scène d’ouverture contemplative, un moment suspendu avant que le roman ne démarre vraiment. Erreur.

Car, dès ces premières lignes, on entre dans la zone dangereuse. Celle où l’eau paraît calme, mais cache des courants profonds. Reine attend que la marée monte pour ne plus pouvoir revenir. Elle vient d’apprendre que Jean, l’homme qu’elle aime depuis des années, est mort. Elle s’allonge alors sur ce rocher qu’ils appelaient le leur, et elle attend que l’eau devienne trop haute, trop forte. Et qu’elle l’emporte.

Et nous, lecteur, on se retrouve coincés là-haut avec elle, si près des courants d’arrachement. On croit d’abord qu’on va assister à un drame extérieur, qu’on va observer une femme au bord du gouffre.

Mais non.

Élise Lépine nous met dans le courant. Et c’est un peu comme si l’on commençait à dériver avec Reine. Ses souvenirs deviennent les nôtres. On sent monter cette chose qui ressemble à de l’eau, mais qui est en fait du temps. Ce temps qui se referme, qui comprime et qui submerge.

Parce que c’est exactement ce qui arrive quand on est pris dans « Les courants d’arrachement ». On se débat, on veut nager vers le rivage. Et plus on lutte, plus on s’épuise. Puis, on coule. Sur son rocher, Reine vit exactement cela. Mais elle le vit de l’intérieur. Plus elle essaie de rester dans le présent, de se concentrer sur le soleil qui chauffe, sur sa fille Rose qui dort sur la plage, plus les souvenirs affluent.

Et le roman reproduit cette mécanique. On avance chronologiquement page après page, heure après heure de cette matinée sur la plage. Mais à chaque instant, le passé surgit et nous arrache au présent.

Un flash : l’enfance en Normandie, la maison ouvrière trop petite, les frères et sœurs trop nombreux. Une vague : la mort de la mère, brûlée vive, l’odeur de la chair. Un remous : l’adoption par les Rouge, cette famille juive qui l’a aimée avant d’être emportée. Un nouveau reflux : le Maroc, la tante cruelle, le mariage forcé, Jean qui apparaît comme une lumière aveuglante.

Chaque souvenir tire Reine un peu plus loin du rivage et chaque réminiscence l’éloigne un peu plus de la possibilité de revenir. Ces allers-retours temporels provoquent une vraie sensation de noyade. Est-on en 1955 ou en 1942 ? Sur le rocher ou dans la maison de l’oncle ? Dans « Les courants d’arrachement », la panique vient de la perte de repères. On ne sait plus où est le bord du rocher, où est la profondeur. Élise Lépine joue exactement sur cette désorientation. Elle nous fait perdre nos appuis. Elle nous fait douter. Face à tant de douleur accumulée, cette panique du lecteur est parfaitement calculée.

Pourtant, on ne se noie pas complètement. L’écrivaine connaît les techniques de survie et les glisse dans son récit comme autant de bouées.

Dans un courant d’arrachement, il ne faut jamais nager vers le rivage. Il faut nager parallèlement à la côte, se laisser porter latéralement jusqu’à sortir du courant. Reine, sur son rocher, fait exactement cela avec ses souvenirs. Elle ne lutte pas pour les repousser. Elle les laisse venir, les traverse, les observe sans chercher à les contrôler. Et c’est ce mouvement-là qui la sauve.

« Les courants d’arrachement » nous laisse dériver dans l’intériorité de Reine, et, pour cela, il faut accepter ses contradictions. Cette femme aime sa fille et pourtant la néglige, elle aspire à la liberté et pourtant reste prisonnière, de son mariage et de sa vie.

Une autre technique de survie consiste à trouver des points d’appui. À mon sens, dans le roman, ce sont les figures féminines qui tiennent ce rôle. Zélie, la petite sœur perdue, reste une présence douce dans la mémoire. Madame Rouge incarne la tendresse possible, l’amour qui existe même au milieu du chaos. Et n’oublions pas Latifa qui soutient Reine dans ses moments d’effondrement. Ces femmes sont comme des affleurements rocheux dans la tempête.

Enfin, la dernière compétence pour survivre, c’est accepter qu’on ne revienne jamais exactement au même endroit. À la sortie d’un courant d’arrachement, on n’atterrit pas sur la même portion de plage. On s’est déplacé. On a changé. Le rivage lui-même a bougé. À la fin du roman, Reine n’est plus à la même place intérieure, elle s’est décalée.

Si « Les courants d’arrachement » fonctionne aussi bien sur le lecteur, c’est parce qu’Élise Lépine ne joue pas seulement sur l’idée des courants d’arrachement. Elle en fait une expérience littéraire concrète. La langue elle-même devient parfois houleuse. Alors, les phrases s’allongent comme des vagues qui prennent de l’ampleur, se brisent brusquement ou reviennent en échos. La syntaxe parfois s’emballe, s’essouffle et cherche de l’air. Le vocabulaire choisi est sensoriel, du grain de la pierre sous la peau, à la brûlure du soleil ou à la morsure du sel.

Et puis il y a ces personnages secondaires, tous marqués par leurs propres courants. Gustave pris dans un courant de désir et de honte, François incapable de nager à contre-courant, Estelle devenue un courant toxique qui détruit tout ce qu’elle touche. Chacun dérive et chacun cherche, d’une certaine manière, son rivage.

Soyons honnêtes. « Les courants d’arrachement » est une lecture moralement éprouvante. On y plonge et on y coule. Il faut accepter cette immersion totale, sans respiration facile. Mais si vous aimez les romans qui creusent jusqu’à l’os, si vous appréciez les femmes complexes, imparfaites, et parfois même détestables, alors lisez ce livre.

Ce récit ne suit pas uniquement l’histoire de Reine. Il nous fait éprouver dans notre chair ce que signifie être pris, emporté, tiraillé entre ce qu’on était et ce qu’on pourrait devenir. Il met en lumière la tentation inhérente de l’être humain à se laisser couler ou, au contraire la nécessité de continuer à nager. La mémoire nous tire parfois vers le fond, mais l’avenir reste toujours à inventer.

Cette expérience, cette sensation d’avoir été lavé à grande eau dans la grande lessiveuse des émotions fait de ce texte un grand premier roman. « Les courants d’arrachement » vous emmène au large et vous laisse retrouver seul le chemin du retour… Mais vous savez nager, non ?
Profile Image for lou.
101 reviews
March 1, 2026
Très fort, ça semble banal mais vrmt très fort
Profile Image for Fanny Vals.
53 reviews
February 17, 2026
J’ai été sensible à la construction des Courants d’arrachement, à la manière dont Élise Lépine tisse son récit par fragments, avec une tension sourde qui accompagne le lecteur jusqu’au bout. Mais, à mesure que l’histoire avançait, le regard porté sur les hommes m’a laissée plus perplexe qu’émue. Trop souvent réduits à des figures de prédation ou de désir incontrôlé, ils finissent par dessiner une vision du rapport au sexe que je trouve excessivement binaire : des femmes ouvertes, presque offertes, face à des hommes agressifs et dominateurs. Là où j’attendais de la nuance et de la complexité, le roman choisit une ligne plus tranchée, parfois caricaturale. Une lecture stimulante par sa forme, donc, mais dont la vision des relations humaines m’a progressivement tenue à distance.
Profile Image for Clémence.
200 reviews41 followers
January 12, 2026
3.5 ☆
Un roman prenant, sombre, mais avec quelques touches de lumière. C'est très psychologique, les personnages ne sont pas très attachants... Mais on tourne les pages en attendant désespérément de voir revenir l'espoir. La fin est salvatrice, et heureusement !
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