De la cuisine il a fait un art, de son nom, une légende, et de sa vie, un roman. Gautier Battistella nous plonge dans la fascinante histoire de Paul Bocuse, figure emblématique de la gastronomie française du xxe siècle. De ses racines familiales sur les rives de la Saône aux trois étoiles Michelin tant convoitées (il les conservera 53 ans, de 1965 à sa mort en 2018), ce roman biographique retrace le parcours d’un génie de la cuisine – et des affaires. Le livre s’ouvre sur les années de formation de « Paulo » dans le village de Collonges-au-Mont-d'Or, où la nature et les traditions d’une dynastie d’aubergistes ont façonné ses premiers souvenirs. S’ensuit son apprentissage dans les cuisines de la grande Eugénie Brazier puis du célèbre Fernand Point, dont la philosophie et la rigueur vont laisser sur lui une empreinte indélébile. Après la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle le soldat Bocuse est grièvement blessé, l’esprit frondeur du jeune chef accompagne le réveil de la société française. De la Libération à la naissance du Concorde, c’est tout un siècle qui défile sous ses yeux et les nôtres. Création de ses plats signatures, amitiés indéfectibles avec Michel Guérard et les frères Troisgros, rivalités avec Gault et Millau, aventures féminines, rencontres avec Romain Gary ou encore Charles de Gaulle, ces décennies vont forger le mythe Bocuse. Paul comprend très tôt les ficelles de la communication et du capitalisme : il ne lui reste plus qu’à partir à la conquête du monde… Avec humour, tendresse et un sens aigu du détail, Bocuse révèle la complexité d’un homme traditionnel et révolutionnaire, bon vivant et perfectionniste, délicat et ogre à la fois. On y découvre les coulisses de la « Nouvelle Cuisine », l’invention du chef médiatique, les aventures de Paul Bocuse en Amérique et au Japon, ainsi que ses doutes et la difficile question de son héritage. L’histoire d’un chef légendaire qui a transformé un métier en art national.
Bocuse a toujours été pour moi un nom mythique: synonyme d’art culinaire à la française et de luxe, et depuis mon passage estudiantin à Lyon, icône. Mais, question de génération sans doute, je n’avais pas conscience de son importance dans la starification des chefs, de son rôle mondialement reconnu, ni de l’odieux bonhomme qu’il dut être pour sa famille (en ne se limitant pas à la famille officielle). Gautier Battistella écrit formidablement ce qu’a été Bocuse, humainement, professionnellement, orgueuilleusement: le capo de tutti capi qui gérait ses femmes comme ses établissements avec passion et jalousie, qui se servit des guides autant qu’il les dénigra, un rock star qui met ses groupies dans son lit, un passionné de la bonne façon de faire mais sans recherche de l’originalité à tout prix, un chef de file ravi de faire monter ses potes et ses poulains tant qu’ils gardent leur place (derrière lui). J’ai régulièrement pensé à Scorcese (jusque dans la décrépitude de la fin), mais aussi au Parrain de Coppola (le chapitre du mariage de sa fille). Tour à tour j’ai été fasciné, j’ai été agacé, je l’ai admiré, je l’ai détesté, j’ai ri, j’ai été touché. Bref, mission accomplie par l’auteur (une fois passées les 30 premières pages longuettes) qui fait danser les mots de la chair et de la cuisine, du business et de l’amour, de l’orgueil et de l’amitié.
On connait tous le cuisinier de légende, cette cuisine classique et patrimoniale, l’homme aux trois étoiles. En revanche, on connait moins la personne, son parcours, ses failles, ses excès.
On sent que Gautier Battistella, a aimé comprendre, chercher, apprivoiser, enquêter sur Monsieur Paul. Ceux qui l’ont connu, côtoyé, sa famille, ses amis, ses ennemis, ses concurrents.
C’est un personnage, au final, assez complexe qu’il nous dépeint, sans concession. Il n’en fait pas de lui, un chic type, mais quelqu’un d’obsédé par la réussite, le pouvoir, le clinquant. Un cuisinier qui n’inventait pas vraiment, mais un roi du marketing.
A travers son parcours, c’est aussi l’histoire de la France, de la guerre, en passant par les années VGE ou Mitterrand, les grandes rencontres comme Gary, et puis tous les grands qui font de la cuisine française un rayonnement international.
On dit que derrière chaque grand homme, se cache une femme, elles étaient trois principales dans son cas. On ne peut pas dire que son attitude envers elle, est été celle d’un parfait gentleman…
Est-ce que l’on doit connaitre tout de l’arrière-cuisine, pour apprécier un plat…à vous de vous faire votre idée. En tous les cas, Bocuse était un homme hors du commun.
J’ai eu l’honneur de rencontrer Maître Paul quand je suis allé avec mon jeune fils à son restaurant vers 2012. Malgré son âge il inspirait ce respect et cette grandiosite dont nous parle Battistela dans son livre. Impeccablement écrit il nous raconte toute sa vie, celle de ses parents et des autres Chefs autour de lui. Même si peut être on l’a accusé de la commercialisation de son nom, Bocuse a fait de la cuisine française un temple et a fait le maximum pour assurer cette image pour la France. Une biographie délicieuse d’un vrai empereur de la cuisine française.