Sublime bouquin !! La grande méthode de Yousfi pour faire le deuil de son papa et de toutes les questions existentielles qu'il a générées c'est d'écrire un livre-prière sous forme de fragments à la Fatima Daas Les fragments se répondent entre eux et la narration passe aussi bien d'une discussion whatsapp basique sur une manif jusqu'à des récits mystiques divins ; à chaque fois elle parvient à toucher aux vécus des immigrations musulmanes Le 1er chapitre sur le choix des prénoms est dingue; et il y a encore plein d'autres passages fous dans son rapport à la langue notamment (pp. 67-73 WOW)
Là où j'ai décroché, et surtout à la fin; Yousfi finit par faire du Bouteldja (évidemment) et j'ai l'impression que la seule sortie de secours qu'elle offre à ces victimes de l'exil c'est via l'Islam ; quid de ceux qui ont un rapport plus qu'ambigue à la religion? pas sûr que l'islam politique au 21ème siècle soit la solution à nos maux bref jsp j'ai senti une posture moralisatrice à la fin et au final ce livre résume un peu mon rapport amour&haine avec Houria et sa clique
Je suis toujours autant fascinée par l'écriture de Louisa, par la manière dont elle réussit à traduire l'insaisissable et les paradoxes de nos existences. J'ai rarement lu des mots si honnêtes sur nos singularités, sur le deuil et le vertige qu’il crée en nous en tant qu’enfants d’immigré.es. Il y a une grande lumière qui émane de ce livre, et je ne peux pas m'empêcher de me sentir désolée pour toutes les personnes qui n'arriveront pas à en saisir la beauté et la puissance, notamment par crainte du spirituel. J'espère tout de même que cette source d'espoir pourra en guider certain.es, on en a bien besoin de nos jours!
« La mémoire n'est pas un monument. C'est un éclat, une poignée de main, une phrase dite à mi-voix un soir d'été. Et surtout – c'est ce qui ne se dit pas. Ce que ton père a tu, ce qu'il a contourné, ce qu'il a porté sans te le remettre. Voila ce qui te revient. Voilà ce que tu dois honorer. »
Plus d'une semaine après avoir lu La grande méthode de Louisa Yousfi, je ne sais toujours pas trouver les mots justes pour dire à quel point j'ai aimé. J'appréhendais beaucoup ce livre qui apparaissait assez mystique, tant dans son fond que dans sa forme, et j'avais peur de m'y perdre alors que j'avais tant aimé Rester barbare à l'époque. J'ai vite été rassuré car La grande méthode reste accessible et, surtout, passionnant. On y suit un véritablement cheminement autour du deuil du père et du retour au pays pour l'enterrement. Il y a une réelle créativité narrative car chaque chapitre change de style, on a une boucle Whatsapp, un dialogue spirituel, le discours d'une agente de la préfecture ou celui d'un steward en plein vol, etc. Le tout est d'une beauté tellement forte que je me suis carrément dit que c'était sans doute ce qui se faisait de meilleur en littérature en ce moment. J'ai été moins réceptif sur les dernières pages mais la plupart du bouquin est brillant et certains passages vraiment magnifiques.
Plus d'une semaine après l'avoir lu, je ne sais toujours pas trouver les mots justes pour dire à quel point j'ai aimé, mais j'ai déjà envie de m'y replonger.
« Si vous ressentez un quelconque malaise, laissez-nous vous rappeler que cet avion est conçu pour voler au-dessus de toutes sortes de pesanteurs notamment celles liées à la réalité politique et géopolitique des territoires concernés. »