C’est facile de partir en expédition avec un aventurier de la trempe de Samuel Lalande-Markon, qui troque la condescendance de certains adeptes de la dichotomie vraie vie ailleurs/vie superficielle ici pour une véritable approche dialectique du paradoxe qui l’habite: ne vivre que pour vivre l’extrême, pour ensuite le fantasmer à rebours par l’entremise de l’écriture. À mon sens, il y a au moins trois niveaux d’expression à cultiver dans tout bon récit de voyage: la description des paysages, la réflexion sur les raisons qui ont mené ici, et la beauté de l’écriture qui permet au tout d’être plus que la somme de ses parties. Dans MARCHE AU PAYS RÉEL, Lalande-Markon arrive à faire fusionner plus que merveilleusement toutes ces couches de sens.
(Je mentionne au passage l'art de la citation tel que pratiqué ici par Lalande-Markon, engageant et inclusif, qui occasionne un aller-retour constant entre le temps de l'aventure et le temps de l'écriture: le marcheur, dans la contemplation et l'essoufflement, pense à quelque chose, il s'en fait part à lui-même; l'écrivain prend ensuite le relai, vérifie ses sources, et nous en fait part, afin qu'on soit tous réunis, ensemble, dans le livre et sur la banquise.)