Née dans une famille bourgeoise, Florence n’a jamais connu le froid ni la faim. Enfant, l’argent lui paraissait une idée lointaine, presque exotique : elle se passionnait pour Rémi sans famille, Oliver Twist ou Princesse Sarah, et méprisait Picsou, ce « gros plein de fric » ridicule. Mais à 18 ans, tout bascule : livrée à elle-même, elle découvre la réalité de la débrouille, d’abord étudiante cigale, puis mère célibataire et autrice précaire de bande dessinée. Années de privations, de trésors d’inventivité, de survie avec deux enfants… Elle en tire aujourd’hui un témoignage à la fois âpre et drôle, sur l’argent, la dignité et le déclassement.
Ayant été également jeune et fauchée, je suis dans l’incapacité totale de comprendre comment on peut être dans l’attente permanente d’une aide extérieure…
Élevée dans le confort, sans jamais manquer de rien, Florence se retrouve à 17 ans brutalement privée d’argent de poche, puis de toute ressource. Elle a un enfant, puis un deuxième, et partage sa vie avec un compagnon sans travail – et manifestement sans réelle envie d’en trouver. Très vite, elle se confronte à la faim, au froid, et à la lutte quotidienne pour survivre, ne devant son salut qu’à ses dessins. À cette précarité s’ajoute une colère immense envers des parents qui semblent totalement indifférents à ce qu’elle traverse. Florence raconte la désillusion d’une adolescente face aux réalités sociales et à des parents démissionnaires. Elle met des mots sur la honte, l’humiliation et la culpabilité de ces années-là. C’est un récit bouleversant et sombre – et ses parents, visiblement, n’en sortent pas indemnes.
Avec ses petits personnages faussement naïfs, Florence continue de nous raconter sa vie. Jeune et fauchée, c’est le départ de la maison, les premiers boulots et les premiers amours, l’alcool, les fêtes et les drogues et puis : le couple, les enfants, la séparation et surtout, comme un fil rouge : le manque d’argent !
La palette de couleurs et les aquarelles sont au top, les métaphores visuelles créatives et inspirées et, plus que tout, l’histoire est d’une cruelle et bouleversante sincérité.
Certes, papa et maman (coupables idéaux) prennent cher ! Une mère dépressive, un père absent, un complexe de classe, une bigoterie envahissante et une avarice révoltante semblent n’avoir pas préparé au mieux Florence à affronter son futur.
Par contre, quel terreau fertile pour raconter sa vie !
Pas mal ce jeune et fauchée. Parfois un peu larmoyant, parfois un peu répétitif, mais se lit d'une traite et avec plaisir. Après les double albums Pucelle et Jumelle, Florence Dupré La Tour complète son œuvre autobiographique et on mesure encore une fois les ravages occasionnés par la famille dysfonctionnelle de l'autrice.