Cécile Coulon nous entraîne une nouvelle fois dans un village qui semble coupé du monde, un lieu où les destins se façonnent dans le silence, les superstitions et les ombres. Au cœur de cet espace clos grandit un enfant que la maladie a marqué d’une manière irréversible. Caché, préservé, isolé, il apprend à vivre loin des regards, dans une quasi nuit permanente qui devient pour lui un refuge plutôt qu’une prison.
L’enfant, devenu garçon, se déploie dans les bois comme dans un territoire intime : un espace où il retrouve souffle et puissance et où il devient presque autre chose que lui-même. L'obscurité, les animaux et les arbres l’adoptent et le façonnent et cette fusion avec le vivant est racontée avec une précision qui fait vibrer chaque page.
Sa rencontre avec une jeune fille, elle aussi porteuse d'un fardeau qui l'emprisonne, fait basculer le récit vers quelque chose d’à la fois tendre, inquiétant et inévitable. Deux êtres qui se reconnaissent dans leur différence, deux âmes cabossées qui cherchent une échappée hors du destin que le village leur assigne. Né alors un lien traversé d'un désir contenu, d'une joie de reconnaître ses peurs en l'autre et d'une ivresse bouleversante d'être enfin compris et vu.
J’ai trouvé le roman vraiment très bon et envoûtant. À mesure que j’avançais, j’avais l’impression d’entendre les feuilles bouger, de sentir la terre humide, d’être moi-même enveloppé par cette forêt où la nuit n’effraie pas mais protège. L’écriture de l'autrice est d’une densité étonnante et charmante à lire : terreuse, organique, presque minérale parfois, avec des pointes acérées et un souffle végétal qui semble provenir directement du sol pour nous être envoyé au visage à travers les pages du roman. Elle compose un récit où la vie et la mort ne s’opposent plus, où le monstrueux et le merveilleux se confondent dans une même pulsation, où la nature cache autant qu'elle révèle.
"Le visage de la nuit" est un roman qui hypnotise autant qu’il renverse, un texte où les passions et les rages grondent sous la peau des personnages et dans les racines des arbres. Délicieusement sombre et élégamment écrit : foncez !