Keiji Nakazawa (中沢啓治; Nakazawa Keiji) was born in Hiroshima and was in the city when it was destroyed by an atomic bomb in 1945. All of his family members who had not evacuated died as a result of the explosion after they became trapped under the debris of their house, except for his mother, as well as an infant sister who died several weeks afterward. In 1961, Nakazawa moved to Tokyo to become a full-time cartoonist, and produced short pieces for manga anthologies such as Shōnen Gaho, Shōnen King, and Bokura. Following the death of his mother in 1966, Nakazawa returned to his memories of the destruction of Hiroshima and began to express them in his stories. Kuroi Ame ni Utarete (Struck by Black Rain), the first of a series of five books, was a fictional story of Hiroshima survivors involved in the postwar black market. Nakazawa chose to portray his own experience directly in the 1972 story Ore wa Mita, published in Monthly Shōnen Jump. The story was translated into English and published as a one-shot comic book by Educomics as I Saw It. Immediately after completing I Saw It, Nakazawa began his major work, Hadashi no Gen (Barefoot Gen).This series, which eventually filled ten volumes, was based on the same events as I Saw It but fictionalized, with the young Gen as a stand-in for the author. Barefoot Gen depicted the bombing and its aftermath in graphic detail, with Gen's experiences being even more harrowing than Nakazawa's own. It also turned a critical eye on the militarization of Japanese society during World War II and on the sometimes abusive dynamics of the traditional family. Barefoot Gen was adapted into two animated films and a live action TV drama. Nakazawa announced his retirement in September 2009, citing deteriorating diabetes and cataract conditions.He cancelled plans for a Barefoot Gen sequel. In September 2010, Nakazawa was diagnosed with lung cancer and in July 2011, metastasis from lung cancer was found. He died on December 19, 2012.
Déterminé, Keiji Nakazawa poursuit son combat de dénonciation de la face cachée de Hiroshima, celle des atrocités commises également par les Japonais et c’est tout aussi terrible.
Avec l’énergie du désespoir, nous continuons de suivre Gen avec sa rage de vivre qui se démène pour que sa mère et sa soeur survivent alors que tous les rejettent comme ils rejettent les irradiés, de peur qu’ils soient contagieux ou portent malheur, ce qui donne lieu à des scènes terribles. Les Japonais non touchés ont peur et se comportent de la pire des façons : sans la moindre compassion, ce que l’auteur va décrire par le menu. Il met ainsi en scène tout ce qu’entreprend le héros pour survivre et toutes les réponses négatives qu’il reçoit sans la moindre justification acceptable. Il lui faut vraiment du courage pour aller de l’avant quand même et ne pas baisser les bras. Il faut dire qu’il a une motivation : sa famille.
Nous sommes en cela dans du pur shonen. Nous avons un héros au grand coeur qui lutte malgré l’adversité, qui ne pense pas à lui en premier, mais qui aide les autres alors même qu’il en aurait lui-même besoin. Il est fort, tenace, ne lâche rien, ces qualités qu’on admirera plus tard dans les shonens nekketsu ou de sport, je pense notamment à Joe, dont Gen partage la nonchalance pour cacher ses plaies à vif. Il donne en tout cas envie de le suivre car sa débrouillardise et ses bons sentiments sont entraînants. On se plaît à le voir aider sa mère et sa soeur, chercher du travail pour gagner sa vie, lutter contre les préjugés, se faire de nouveaux amis et compagnons. Tout est plein de bons sentiments avec lui. Il parvient toujours à retourner les situations pour y trouver le meilleur, que ce soit lorsqu’il aide un irradié mourant ou lorsqu’il recueille un orphelin ressemblant trait pour trait à son frère défunt. Il est fort !
Mais si on est là, ne nous le cachons pas, c’est avant tout pour le portrait de ce Japon post-Hiroshima et l’auteur s’en donne à coeur joie. Nous ne sommes que peu de temps après et pourtant déjà on oublie la compassion pour ne penser qu’à soi. Les Japonais rejettent ceux qui sont différents, qui leur font peur, qui leur rappellent une période trouble. Leur rejet est massif et lourd. Ils vont loin dans le harcèlement des victimes et de leur entourage, voulant vraiment les effacer de la carte. C’est terrible à voir. Même au sein des familles, être irradié, c’est tabou. Il faut dire qu’on ne sait pas, on ne comprend pas encore ce qu’il s’est passé et on est encore sous l’endoctrinement de l’Empire, même après la fameuse allocution de reddition de l’Empereur à laquelle on assiste. C’est dur d’aller contre ce lavage de cerveau. Mais la compassion quand même avec toute leur philosophie et bondieuserie, ils devraient en faire preuve.
La lecture est donc aussi enthousiasmante, comme toujours avec le trublion qu’est Gen, que terrifiante, quand on voit ce dont es t capable la nature humaine. L’auteur ne nous épargne pas visuellement. Il nous emmène à la rencontre d’un irradié dont Gen va s’occuper, lambeaux de peau et vers compris. Beurk ! Mais c’est une superbe rencontre et un grand moment d’émotion avec ce peindre fauché en plein vol. Il y a aussi une séquence terrible avec les charniers, montrant ce que deviennent les corps des milliers de morts. On n’occulte rien ici mais ayez-vous à avoir le coeur bien accroché. Il le faut pour supporter toutes ces images et la puissance du rejet en face.
Histoire d’enfant qui fait tout pour survivre, Gen aux pieds nus offre vraiment un portrait sans concession de la nature humaine dans ce qu’elle a de pire quand elle a peur et ne comprend pas. Entre égoïsme, rejet, violence, Gen est notre porteur de lumière avec sa générosité, son énergie et son amitié. Il fait bon de suivre ses aventures pour continuer à avancer malgré tout, en dépit des violences dont il est le témoin. Quel sacré personnage !