La France est en pleine ébullition. Aurait-elle basculé d’une démocratie solide, caractérisée par sa stabilité et la centralité du clivage gauche-droite, à une démocratie gazeuse, informe, instable et inflammable ? Ne risque-t-elle pas de voir l’État de droit lui-même s’évaporer ? Notre histoire depuis la Seconde Guerre mondiale montre que notre démocratie a plusieurs fois muté, passant d’un état à un autre, comme la matière passe du solide au liquide puis au gazeux. Elle semble aujourd’hui avoir atteint ce dernier stade, dont la multiplication des clivages, la montée des populismes et de la violence politique sont les marqueurs. Demain, ce pourrait bien être l’état plasma, celui de la foudre qui frapperait notre pays si un parti d’extrême droite venait à prendre le pouvoir. Gilles Finchelstein propose une analyse inédite et percutante, convaincu que rien n’est inéluctable, à condition d’engager de profondes réformes pour sauver notre modèle démocratique.
Pas fini, il manquait quelques pages mais je n'en pouvais plus. on a l'impression de lire un éditorialiste (déjà ça va pas) qui étire infiniment son idée (les états de la matière appliqués a la démocratie) et qui papote a la télévision.
Et il en est hyper fier. Il veut appliquer la martingale à la vie entière: la nourriture, l'ordre international, le démocratie, l'Angleterre, le conseil constitutionnel, le parti socialiste....tous a l'état gazeux (ou liquide). On a échappé à l'état gazeux ou pas de l'amour, de la condition des femmes, de la culture, du cinéma etc. Et l'état plasma nous guette. bref il s'écoute parler.
Avec en plus une petite musique nostalgique qui sent un peu mauvais (avant tout était solide sous de Gaulle et c'était mieux).
C'est sérieux, docte (plein de résultats de sondages), mais l'auteur aurait pu faire plus court et impactant pour faire passer ses idées (avec lesquelles je suis plutôt d'accord).
Thèse intéressante, même si la découverte au deux tiers du livre d'un ouvrage précédent écrit avec Matthieu Pigasse a suffi pour me faire redescendre de deux étages la considération pour son auteur, Gilles Finchelstein, que je prenais pour un sondeur et qui n'est "que" le secrétaire d'un think thank de gauche, la Fondation Jean Jaurès, c'est à dire une machine à produire du débat et des orientations de débat au service d'un camp politique.
Pour qui a un marteau, le monde entier ressemble à un clou. On pourrait appliquer la même formule à l'idée originale exposée par Gilles Flinkelstein : aussi séduisante que soit sa thèse des trois états de la matière à la politique, l'ouvrage s'échine à vouloir tout passer au crible de cette grille d'analyse.
Reprenons : la politique connaîtrait également trois états physiques : - le solide; - le liquide; - le gazeux.
Il attribue ainsi des vertus à l'état solide, ou du moins une certaine fixité, une certaine prévisibilité. Au fur et à mesure des dégradations de la matière, ou, disons-le autrement, d'agitation des particules, la matière revêt des propriétés d'agitation, d'imprévisibilité et, avec un fort potentiel explosif, dans le cas des gaz. Il mentionne, sans toutefois vraiment la maîtriser, l'état de plasma qu'il assimile à celui du foudroiement.
Ainsi, l'auteur, une fois exposée sa thèse principale, passe en revue les 70 dernières années de la Ve République et montre subrepticement et un peu caricaturalement. le glissement de l'état solide à l'état gazeux. Ce glissement est largement imputable à la fin de l'opposition mono bloc gauche-droite. La disparition de l'URSS, la victoire de l'économie de marché et le progrès technique ayant mis fin aux espérances de système alternatif.
L'état gazeux, ayant été atteint avec l'élection d'Emmanuel Macron au suffrage universel, personnage dont l'auteur souligne qu'il n'avait pas son soutien.
Cet état gazeux est aussi favorable au bloc du Rassemblement National, qu'il qualifie de solide dans un état gazeux. Pour continuer de qualifier le RN de parti d'extrême droite, il s'appuie, avec une certaine conviction, sur l'idée que le parti, malgré son caractère attrape-tout, confusant et réceptacle de toutes les frustrations, défendrait une idée fixe : la priorité nationale.
Il démontre ensuite que cette priorité nationale est un danger pour la démocratie française: 1) Danger dans la forme : pour l'imposer à l'issue du Présidentielle victorieuse, il aurait recours à un référendum sur les bases de l'article 11 de la Constitution (ayant pour effet une modification constitutionnelle), alors que les constitutionalistes soutiennent que c'est l'article 89 avec un texte identique voté par les deux assemblées qui porte modification de la constitution. 2) Danger sur le fond : Car il créerait des distinctions au sein de la population, insupportables selon l'auteur, qui différencierait les nationaux, les binationaux, les étrangers en situation régulière et les étrangers en situation irrégulière.
Au-delà des principes de l'État de droit, Gilles Finkielstein défend l'idée d'acquis démocratique (La démocratie augmentée) manifesté par la progression de l'État social et le traitement sur un pied d'égalité des droits économiques et sociaux entre ces différentes populations.
Gilles Finkelstein soutient également avec des éléments de preuves, que le RN rétablirait le droit du sang au détriment du droit du sol, un des autres fondements de notre république contemporaine.
Le dernier élément d'inquiétude, à ses yeux, serait aussi la modification du fonctionnement de l'espace public, en particulier celui de l'audiovisuel public, dont on voit, d'autant plus en ce moment, des menaces poindre à l'horizon, modifiant ou restreignant selon lui, des libertés d'expression fondamentales
Il rappelle à juste titre que l'un des acquis de la démocratie moderne est la séparation du gouvernement et de la société. Ce dernier étant un ensemble difficile à appréhender, nécessite toute une série de règles et de principes de préservation, que ce soit la démocratie sociale (les syndicats dont il y aurait beaucoup à redire) ou même de tolérer en son sein des groupes politiques qui nourrissent une critique en règle des actions du gouvernement, par exemple sur l'action climatique.
L'auteur finit par esquisser, au-delà des trois premiers mois ou du premier mandat d'un gouvernement mené par le Rassemblement National, les dérives potentielles qu'on serait susceptible d'attendre d'une telle modification de notre démocratie.
Et cela d'autant plus à un horizon européen de 2045, où les défis civilisationnels vont être majeurs : - le problème démographique - la stagnation économique - la crise climatique - la révolution numérique et, en particulier, celle menée avec l'intelligence artificielle (Il oublie au passage le défi majeur de la défense militaire de notre espace et du système de nos valeurs démocratiques : la confiance, le principe de représentation et le rôle de l'élection).
Il rajoute à la toute fin, des pistes de novation politique pour faire évoluer la démocratie en phase avec son temps : - référendum national annuel et obligatoire - L'adoption de la procédure de jugement majoritaire, qui permet de hiérarchiser ses préférences plutôt que de se résoudre à procéder encore et toujours par élimination - Instauration du vote obligatoire avec la reconnaissance du vote blanc - Rationalisation des scrutins pour les regrouper le même jour - Élargir les outils de consultation démocratique, que ce soit la concertation publique ou les conventions citoyennes.
À la fin, un ouvrage éclairant et documenté qui fait réfléchir sur le trouble de notre situation politique actuelle, même si l'on doit souligner un certain biais et une volonté un peu conservatrice de ne pas faire évoluer les choses au nom de grands principes qui sont aujourd'hui largement bafoués et qui ont montré de fait leurs inaptitudes.
C'est ce manque de lucidité sur la dégradation de notre système politique dont l'auteur blâme les effets sans jamais en chercher les causes qui crée ce léger malaise de déconnexion, comme s'il y avait des totems auxquels on ne pouvait pas toucher et qui pourraient, d'un certain point de vue, mieux répondre aujourd'hui à la crise que nous traversons (immigration, sécurité, gouvernance, politique industrielle, réforme des finances de notre budget et système social).