Roman délicieux, fluide, qui a l'élégance de dissimuler sa profondeur sous la limpidité du style. Si la maison est un personnage à part entière, et peut-être le principal, Isis n'en est pas moins inoubliable. Et d'ailleurs, n'est-ce pas grâce à elle - et, certes, à sa fille Tilda - que la maison obtiendra, in fine, son autonomie ? Au moment de l'épilogue, on constate avec ravissement que, à l'instar du lecteur, qui a dû abandonner bientôt toute assurance du tour que prendrait le récit, de même Isis a renoncé à transmettre toute certitude à Tilda, pour lui léguer des "histoires (...) écrites pour elle dans son carnet effrité".
Comme il est émouvant de voir avec Isis un personnage qui, négligée toute une enfance durant, absente à sa scolarité, addicte, inculte au point de la candeur, n'en est pas pour autant réduite à être conne. Sa langue est la plus belle, tout à la fois la plus soutenue et la plus simple parmi les divers narrateurs, et sa résurrection compose le grand mouvement régénérateur du roman.