C'est le premier manga de cette artiste, ce qui explique certains points à travailler, mais cela ne gâche pas le plaisir de cette lecture. Elle montre dans cette série son talent de dessinatrice, mais aussi un propos profond sur des situations dont on parle peu en mangas. En fait, on en parle peu dans la société en général!
Je le sais car je travaille présentement sur une recherche où on étudie les mesures de conciliation famille-travail-études dans les universités. Certaines institutions ont des politiques pour aider les étudiantes et étudiants, mais on vise presque uniquement les parents aux études, oubliant les proches-aidants. Or c'est une situation qui partage à peu près les mêmes défis que les parents. Et la proportion d'étudiants qui sont aussi proches-aidants augmente, une tendance qui continuera dans nos sociétés vieillissantes.
La mangaka Chizu Haruka met de l'avant une héroïne, Muku, qui est une jeune aidante de 21 ans, et qui ignore qu'elle en est une (cela arrive souvent). Elle étouffe, elle n'en peut plus. La façon dont le dessin met de l'avant le souffle qui manque, la noyade qui menace, le désespoir tout près malgré les efforts et l'amour pour sa famille, est tout à fait touchante. Par les flash-backs où on la voit avec son ami d'enfance, on montre aussi la différence avec la petite fille souriante et déterminée qu'elle était. Mais Muku n'a pas une famille qui comprend l'état fragile dans lequel tout cela l'a menée.
C'est la rencontre avec cet ami perdu dix ans auparavant qui déclenchera toute une série d'événements où celui-ci lui viendra en aide, lui disant frontalement ce dont elle se doute bien. Cela lui donnera la force d'agir, même si cela n'est pas sans conséquence sur ce qu'elle ressentira par la suite. Comme quoi: se sortir d'une situation ne permet pas de tout régler, ce qui est tout à fait juste! La mangaka a consulté une association des jeunes aidants, elle remercie en finale du tome 1, et ça paraît dans la justesse des émotions transmises.
J'ai lu les deux premiers tomes (je suivais déjà la série en anglais): dès le tome 2, on entrera dans d'autres enjeux (qui s'intensifieront dans le tome 3), on mettra aussi davantage la romance de l'avant. Pour une série qui ne dure que quatre tomes, c'est très rapide, et ce rythme un peu trop accéléré se sent dès le tome 1: on aurait pu se pencher davantage sur l'évolution des relations.
L'amitié, puis la romance, va également un peu rapidement, surtout du côté de Yuto. On apprend un aspect important de Yuto dans le tome 2, une chose qu'on a déjà vu ailleurs... Mais je suis comme Muku qui défend les livres de son auteur préféré parce que "certaines personnes n'arrivent à supporter la réalité que si elles peuvent parfois plonger dans un monde de fantaisie!" Cette série au si beau titre est un bon mélange entre des situations difficiles et un espoir peut-être un peu utopique, mais qui fait du bien à lire.
Point final que je dois absolument souligner: les dessins sont fabuleux! Les sourires des enfants, les cernes sous les yeux, les inquiétudes, les larmes: on transmet merveilleusement bien les émotions des différents personnages. J'espère que cette mangaka fera d'autres mangas avec des thèmes aussi originaux!
Delcourt avec leur collection Moonlight a fait le choix, souvent, de titres avec de touchants sujets sociétaux, celui-ci n’y coupe pas.
Avec sa couverture toute douce, je pensais juste tomber sur une romance lambda entre deux amis d’enfance se retrouvant 10 ans plus tard, une fois adulte, le tout sous un ciel neigeux, rendant l’atmosphère douce et apaisante. Mais Haruka Chizu, que je découvre ici avec cette série courte en 4 tomes qui est sa toute première, en a décidé tout autrement.
Par-delà les neiges éternelles est plutôt l’histoire touchante d’une jeune adulte qui a tout sacrifié au fil des années pour sa famille qui a enchaîné les galères : décès de son père, problèmes d’argent, grand-père invalide dont il faut s’occuper... Devenue une esclave pour sa famille, pardon une aidante, elle s’est enfermée dans cette bulle d’aide malaisante et la lecture est sa seule respiration, son seul réconfort. C’est en recroisant des amis d’enfance qu’elle se rend compte, avec leur aide, du malaise.
Le sujet est de première importante. On ne dira jamais combien c’est dur d’être un aidant et un soutien familial, encore plus à un âge aussi tendre. L’autrice a raison d’en parler aussi crûment et les pages où elle met en scène le malaise, la souffrance, puis la colère de Muku, sont particulièrement puissantes. Cependant, elle a aussi ce travers d’en faire trop. Elle caricature, à mon sens, la famille de Muku dans ses dialogues tellement détestables et inhumains. Elle fait pleuvoir sur une elle une pluie de malheurs. Elle utilise toutes une cascade de coïncidences bien trop grosses. Bref, ce n’est pas très fin... Et cela a eu tendance à me faire sortir de l’histoire et à ne m’attacher que partiellement à l’héroïne et pas du tout aux autres.
J’ai donc aimé tout le volet social et critique (aidant, recherche d’emploi pour les jeunes non qualifiés), je suis beaucoup plu réservée sur la mise en scène et l’écriture en elle-même. Tout est survolé, trop rapide. Il y a un côté tire-larme que je trouve des plus maladroits. Je pensais qu’elle m’intéresserait mais à ce stade, il faut dire qu’on n’est pas très loin dans l’histoire, la romance potentielle me laisse de marbre. Je trouve tout trop ‘’facile’’, notamment les souvenirs enjolivés de leur enfance idyllique à la montagne avec leur petit groupe de famille / amis. Ce petit côté ‘’la petite maison dans la prairie’’ version neige ne fonctionne pas avec moi ^^!
Alors que retenir ? Définitivement la mise en lumière de la fonction d’aidant familial, qui est quelque chose très complexe, de très personnel aussi et qu’il ne faut pas caricaturer. Oui, dans certaines situations comme ici, c’est dénonçable. Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain et jeter ainsi l’approbre sur chaque famille. J’espère donc plus de nuances dans les prochains tomes et peut-être autre chose aussi, car en dehors des aspirations à plus de liberté et une indépendance financière et sociale de l’héroïne, c’est un peu vide... A voir.
Je suis très contente d’avoir donné sa chance à ce manga qui aborde un thème très difficile. Je trouve qu’il est très bien écrit avec beaucoup de sensibilité. Un tout petit peu plus de nuance pour traiter la grand-mère serait bienvenue, cela dit.
Il a attiré mon attention dans un rayon de la librairie et je ne regrette pas d’avoir suivi mon intuition pour ce manga ! Je vais courir pour aller acheter le tome 2 😩