Bilingual review!
M. Baril Guérard semble avoir un don pour mettre sur papier des personnages absolument insupportables, mais impossible à ignorer. « Sports et Divertissements » est le second roman de lui que je lis, et dans les deux cas, une fois le livre ouvert, c’est difficile de le fermer, même pour quelques minutes, car on se fait aspirer par la narration, et ensuite, c’est vraiment l’accident de la route dont on ne peut détourner les yeux. Ouf.
Ce livre capture le monologue interne d’une comédienne de vingt-deux ans dont la vie quotidienne est une suite effrénée de partys, de temps passé avec des gens insipides, de travail auquel elle ne croit pas vraiment - le tout ponctué par la consommation d’une quantité assommante de drogues et d’alcool, et de sexe avec des partenaires qu’elle méprise, généralement. Bref, c’est ce que Bret Easton Ellis cherchait à décrire dans ses romans comme « Less Than Zero » : le vide de la vie des gens beaux, jeunes, riches et célèbres qu’une grande partie de la population envie et à laquelle certains aspirent désespérément. Comme dans « Royal », la narratrice n’a pas de nom, et bien qu’elle juge et déteste à peu près tous les gens qu’elle connait, il n’y a personne qu’elle déteste aussi férocement que sa propre personne. Elle n’a juste pas assez d’introspection pour s’en rendre compte. Elle s’entoure de gens qui sont comme elle : privilégiés au dernier degré, ingrats et insignifiants. C’est parfois pénible de lire à quel point de tels personnages peuvent être misérables, pour qui on ne s’imagine pas facilement ressentir beaucoup de sympathie. C’est vraiment là le don de Baril Guérard, qui offre à son lectorat des personnages plus répugnants les uns que les autres, et pour qui ont fini par avoir de la peine.
Tout comme dans « Royal » également, l’écriture est crue et occasionnellement vulgaire, honnête au point d’être malaisante, mais malheureusement tout à fait plausible comme « stream of consciousness » non filtré d’une personne qui jette un regard de dédain sur tout, que ce soit le corps des autres, leur travail, la nourriture qu’elle mange, alouette. J’ai entendu dire que le livre est basé sur de véritables célébrités (dites locales, car Montréal est à la fois une grande ville et un tout petit village), mais je ne m’y connais pas assez bien pour les reconnaître. C’est terriblement cynique, une éviscération sans merci des personnages, mais aussi de la culture qui les a façonnés et qui continue d’entretenir le vide existentiel qui les rends si malheureux. Vers le milieu du livre, la narratrice reçoit une nouvelle qui la propulse dans des réflexions auxquelles elle n’est pas habituée. J’aimerai dire qu’une certaine prise de conscience en découle, mais hélas…
Les livres de Baril Guérard ne sont pas, à date (j’en ai un autre qui m’attend gentiment dans ma bibliothèque), ce que j’appellerai des plaisirs à lire, mais cette écriture viscérale qui flirt de près avec le trash, est excellente et fascinante – et oui, j’en redemande ! Il a un don pour mettre les côtés très sombres de la bête humaine sous un microscope et forcer le lecteur non seulement à y porter attention, mais à y penser de façon critique, car l’inconfort ressentit pendant cette lecture est voulu.
Un très bon livre qui dégoûte et qui dérange. Impressionnant.
Mr. Baril Guérard seems to have a gift when it comes to creating unbearable characters that are impossible to ignore. « Sports and Pastimes » is the second novel of his that I have read, and in both cases, once the book is open, it’s difficult to put away, even for a few minutes, as you get almost immediately sucked in by the narration, and then it’s the proverbial car wreck you can’t look away from. Whew.
This book is the inner monologue of a twenty-two-year-old actress whose daily life is a merry-go-round of parties, time spent with insipid people, work that she doesn’t really believe in – all punctuated by the consumption of a stuning quantity of drugs and alcohol, and sex with people she usually despises. Basically, this is what Bret Easton Ellis was trying to describe with novels like “Less Than Zero”: the empty lives of the beautiful, young, rich and famous that some many people envy to which many desperately aspire. Just like in “Royal”, the narrator has no name, and while she judges and hates almost everyone she knows, there is no one she loathes more ferociously than herself. She just doesn’t have enough self-awareness to figure it out. She surrounds herself with people who are just like her: extremely privileged, ungrateful, and insignificant. It can be rough to read about such miserable characters, for whom you’d think you’d struggle to feel any sympathy for, but that’s Baril Guérard’s superpower, to give his readers characters, each more repugnant than the next, and then make you feel bad for them.
Just like in « Royal », the writing is raw and occasionally vulgar, honest to the point of discomfort, but unfortunately very believable as the unfiltered stream of consciousness of a person who has contempt for everything, whether it be other people’s bodies, their work, the food she eats, etc. I heard that the characters are based on real celebrities (so-called local ones, as Montreal is both a big city and a tiny village), but I don’t know enough about our stars to recognize them. It’s still terribly cynical, a merciless evisceration not only of the characters but also of the culture that created them and continues to feed the existential emptiness that makes them so unhappy. Around the middle of the book, the narrator receives shocking news which pushes her towards some unusual thinking. I would love to say this leads to a new awareness, but alas…
Baril Guérard’s books are not, so far (I have another one patiently waiting on my bookshelf), what I would call a pleasure to read, but this visceral kind of writing, which often flirts closely with trash, is both excellent and fascinating – and yes, I want more! He has a knack for taking the darkest sides of the human animal and put it under a microscope to force his readers not only to pay attention, but to think about it critically, as they squirm with the discomfort he deliberately throws at them.
A very good, disgusting, and unsettling book. Very impressive stuff.