Bon j'ai vraiment essayé de lire ce livre de bonne foi et il aurait eu une étoile de plus si l'autrice ne s'était pas avérée être odieuse envers moi et n'avait pas décidé d'insulter mon intelligence, ma maturité et ma sensibilité seulement parce que je n'ai pas aimé son livre... coucou Solène toi qui adore lire les avis négatifs, j'espère que tu vas bien aimer cette chronique et en faire un autre big caca nerveux en story publique comme l'autrice super mature que tu es<3
Première chose: le roman que j'ai lu n'est pas le roman qui est mis en avant sur les réseaux sociaux... du moins pas la première moitié, ce qui me semble quand même très bizarre. Que ce soit au niveau de l'intrigue ou des messages véhiculés... aucun n'était au rendez-vous.
Les thèmes me semblaient très intéressants et prometteurs dans la mesure où réfléchir à l'expression de genre est un pan important du lesbianisme mais... tout était avancé de façon très bizarre et maladroite. J'avais une drôle de sensation pendant toute ma lecture.
Je me suis sentie très mal pour cette bande d'adolescentes (trois lesbiennes, une hétéro) qui se plient, se soumettent et se conforment aux standards et normes de beauté genrées sous le regard masculin. (Vraiment, pour un livre lesbien, je suis étonnée que le regard des hommes soit si omniprésent.) Être fem n'est pas un problème, mais ce qui l'est, c'est de présenter cette expression de genre comme une "normalité". La seule lesbienne masc du groupe vit très mal sa masculinité (elle se fait harceler, et a une très basse estime de soi qui la fait se sentir laide face à ses amies féminines, voire même totalement déconnectée de leur réalité).
Donc quand tu es masc, tu es forcément malheureuse. Ou sinon, c'est que tu es déprimée, que tu te négliges, mais "ah ça va alors on peut arranger les choses, elle n'a pas de problème à fuir la féminité, ça va aller mieux". Car, oui, Amélia, ne va pas bien mentalement et ""se néglige"" (j'ai trouvé ça tellement hors sol de dire ça à propos de son personnage, simplement parce qu'elle met des jeans t-shirts, ne se maquille pas, et passe juste un coup de brosse dans ses cheveux), et si à la fin de la première moitié du livre elle prend conscience qu'elle ne veut pas se plier aux normes de beauté genrées (du style, mettre du maquillage)(il y a une réelle obsession avec le maquillage comme l'un des seuls marqueurs de féminité dans ce bouquin), ce que j'ai accueilli avec joie, on se rend compte dix pages plus tard que... maintenant qu'elle va mieux, elle a décidé d'être fem. Parce que la féminité est signe d'épanouissement, et pas la masculinité. La beauté est réservée à la féminité, s'en éloigner c'est ne pas être belle (selon un bon male gaze que les adolescentes appliquent à la perfection).
En fait, la seule façon qui pourrait rendre ce livre intéressant serait de considérer le groupe d'amies d'Amélia comme une allégorie du patriarcat et des normes de genre qui pousserait Amélia dans ses retranchements. Mais je doute de l'intelligence de l'autrice sur ce point, car un gros problème de ce roman, c'est que ses personnages reviennent sur leurs réflexions et changent d'avis à tous les chapitres. Tantôt le problème sont les "diktat de la société", tantôt non, ce sont plutôt ces pauvres adolescentes qui y conforment, le problème. J'étais très mal à l'aise face à ces thèmes de rivalité et jalousie féminine maladroitement abordés, avec Hortense qui dit ne plus aimer Jeanne à cause de son corps parfait, ou Amélia qui s'énerve à plusieurs reprises contre ses amies (et non la société) parce qu'elles veulent avoir un "summer body" – les adolescentes sont remises en cause, elles sont ridiculisées, et j'ai trouvé cette manière de faire très dangereuse, d'autant plus que le roman se destine à un public de jeunes adultes. Je veux dire, Hortense développe très visiblement des TCA et au lieu de s'en inquiéter, ses amies ignorent ou minimisent le problème, voire même la trouve absolument ridicule (je n'invente rien, c'est écrit). Elles n'ont aucune empathie. On a vu mieux pour la solidarité féminine et la sororité. (Merci pour les TW d'ailleurs, toujours sympa d'être confrontée à des réflexions sur les TCA sans aucune prévention)(c'est du sarcasme il y avait pas de TW).
Je suis désolée (non) mais je me vois très mal conseiller ce livre à des adolescentes. Des débuts de réflexion sont là, mais jamais rien n'est remis en question. Est-ce que je veux leur faire passer le message que "le physique compte énormément", qu'il faut se plier au regard masculin et changer pour lui (cf le perso d'Hortense), qu'on ne peut pas être heureuse en étant masc ? Aucun message de soutien entre les persos qui m'ont fait très mal au cœur, c'est à peine si on comprend que le problème est le patriarcat et le male gaze et non pas ces pauvres adolescentes qui sont en fait très peu déconstruites. Aucun des partis pris dangereux des persos n'est remis en question (ou trèèèès maladroitement) ce qui est mon plus gros problème.
Un passage que j'ai quand même trouvé lunaire, c'est les amies d'Amélia qui lui offrent une panoplie de maquillage alors qu'elle n'en a jamais exprimé l'envie; on force une hyperfeminité sur un personnage qui a ensuite ressenti un profond mal-être à cause de ça. Je ne comprends pas l'obsession avec le maquillage (et avant que l'autrice vienne encore dire "j'écris du fem4fem forcément que je parle de maquillage", oui, OK, sure, mais pourquoi devient-il le seul marqueur de féminité, accompagné des robes? C'est hyper réducteur en fait).
Outre ces énormes problèmes (que j'invente apparemment par mon manque de sensibilité (alors que je n'ai fait qu'avoir mal au cœur pour les persos et les ados qui pourraient lire ce livre) et de maturité (heureusement que j'en ai de la maturité et de l'expérience dans les espaces lesbiens, ou cette lecture aurait pu me détruire mentalement)), les "antagonistes" (à savoir tous les persos hommes) sont très clichés dans leur manière d'agir ce qui en devient assez peu réaliste – tous les lycéens sont immatures et remettent en question le lesbianisme des PP, les grands frères qui insultent les sœurs de pute... bon. Je trouve justement, puisque l'autrice n'a que ce mot à la bouche, qu'il y a un cruel manque de maturité dans son livre.
Autre problème: j'ai trouvé le perso d'Hortense assez "white washed" – quitte à parler des standards de beauté, pourquoi ne pas parler de l'intersectionnalité entre racisme et misogynie (misogynoir) ?
En fait, je pense que l'autrice s'est inventé une panique morale à elle toute seule, sûrement pour panser ses propres insécurités et démons, ce qui a donné son livre qui aurait très bien pu être écrit par un mec réac que je n'en aurais vu que du feu. (Non parce que dire que les lesbiennes fem n'ont plus le droit de l'être et sont celles qui ont la vie la plus dure alors que ça fait des années que je ne vois plus de lesb masc/butch dans la fiction YA...bon)
Sinon, des fautes d'orthographe et de conjugaison à tort et à travers, ce que j'aurais laissé passer habituellement, mais l'autrice semble tellement penser que son livre est le futur prix Goncourt et summum de l'intelligence que je dois bien le mentionner :))
Bref, à fuir, livre que je ne recommande surtout pas pour les adolescentes en quête de libération des normes du genre et de l'hétéronormativité. Je recommande pour les fans des années 50 et de sa vision très réductrice de la féminité par contre.
Bisous Solène j'espère que t'as kiffé lire ! Je te conseille la lecture de Judith Butler et "Rivalité, nom féminin" pour apaiser ton âme ;)