À l'époque du " Porno Chic ", cinéma, mode et médias s'encanaillaient avec l'imaginaire du X. Vingt-cinq ans plus tard, à l'aune de #MeToo, Ovidie relit et interroge ce moment charnière, fait d'exhibition et de stigmatisation, pour analyser la violence du " slut shaming " : ce marquage au fer rouge de femmes exposées à la sexualisation, et prises entre consécration et opprobre.
Ovidie tu es très lucide… jsp quoi ajouter c’est terrible mais elle a une analyse très pertinente du milieu pornographique et des enjeux du féminisme pro sexe
Un livre important parce qu'il traite d'un enjeu majeur (la liberté des femmes à disposer de leur corps) par le prisme du traitement des actrices ayant travaillé dans le X, et qu'il dresse de manière synthétique l'évolution fulgurante de la perception de l'industrie du porno entre la fin des années 90 et le mouvement MeToo, entre révolution numérique, réaction morale et nouveaux enjeux sociaux. Mais ce qui fait la force du livre (expérience personnelle d'Ovidie, tour d'horizon complet dans le temps comme dans les milieux évoqués) est aussi sa faiblesse : on a par moments l'impression d'une suite d'anecdotes certes tragiques mais déconnectées les unes des autres et surtout plus symboliques que nécesssairement toutes représentatives, tant il est dur de mettre sur le même plan Nelly Arcan ou Loana du Loft. Mais Ovidie parvient habilement à retomber sur ses pieds et les derniers chapitres, ouverts aux questionnements sur l'avenir du féminisme à l'ère du porno sauvage sur le net, sont parmi les plus intéressants, même si ces sujets si vastes méritent sans doute approfondissement.
Une lecture très intéressante qui revient sur une période relativement courte, de la fin des années 1990 au début des années 2000, mais qui a laissé des séquelles profondes chez de nombreuses femmes. Cette ère du « porno chic », largement appropriée par les dirigeants et les hommes influents des industries de la mode, de l'art ou encore du cinéma, a contribué à l’objectification du corps féminin, en particulier celui des travailleuses du sexe. Celles-ci ont été utilisées, humiliées, sans qu’aucune véritable perspective d’avenir ne leur soit offerte.
Les conséquences de cette période sont nombreuses et destructrices, et continuent de marquer ces femmes aujourd’hui : même lorsqu’elles ont quitté ce milieu, elles y restent constamment associées. Par ailleurs, cette époque a conduit à de nombreuses violences sexuelles, souvent restées impunies (cf Epstein).
Dans la dernière partie, l’autrice évoque le mouvement féministe pro-sexe, dont elle prend aujourd’hui ses distances. Elle critique notamment une libéralisation de la sexualité sans limites, qui, selon elle, peut conduire à tolérer des dérives graves. Elle pointe aussi le manque de remise en question vis-à-vis des plateformes de streaming, qu’elle considère comme un problème majeur depuis les années 2000, notamment en raison de la perte de contrôle des femmes sur leur image et, par extension, sur leur corps.
Cependant, ce mouvement a également permis des avancées importantes : il a contribué à l’intégration des questions de genre, à la lutte contre la transphobie, ainsi qu’à l’usage progressif de pronoms neutres. Il a aussi participé à la dénonciation du slut-shaming, en revendiquant une forme de réappropriation de la sexualité face aux discriminations.
Aujourd’hui, les mentalités évoluent : l’accent est davantage mis sur la responsabilité des cinéastes, des directeurs artistiques et des acteurs de la mode, notamment en ce qui concerne le respect et le bien-être des jeunes femmes (cf la figure de médiateur pour les scènes sexuelles).
Alors oui mais il faut avoir pas mal de réf que je n’avais pas forcément. Le propos est bon mais peut être un peu léger (?) je sais pas je l’ai lu très vite il était intéressant mais je ne suis pas sur qu’il me marque plus que ça Ceci dit le propos sur l’idée pro sexe et ce que cela a pu impliquer dans les luttes féministes était très pertinent Je crois que j’avais plus d’attentes pour ce livre
Comme le titre indique, Ovidie nous livre un essai sur le slutshaming et elle sait de quoi elle parle puisqu'en tant qu'ancienne actrice du X, elle a été (reste toujours) victime. La putain reste la putain et en paie les frais de cette stigmatisation toute sa vie. C'est la seule catégorie qui emprisonne à ce point les femmes. Elle revient sur les années 1900 où l'esthétique porno chic a fait son apparition dans le cinéma grand public, dans la littérature, le milieu de la mode et plus tard dans la téléréalité. C'est aussi au début des années 2000 que le féminisme pro-sexe fait son apparition en France et plusieurs féministes s'en proclament avec la promesse que le sexe peut être un vecteur d'émancipation. Justement, Ovidie était l'une des figures du féminisme pro-sexe en France et à la fin du livre elle s'en détache en disant que en voulant créer l'émancipation, elles sont créé une nouvelle forme d'aliénation. 8 ans après metoo, Ovidie nous donne une lecture critique de ce mouvement mais souligne quand même qu'il nous laisse en héritage la lutte contre le slut-shaming.
De ce que j’ai compris (français n’est pas totallement mon atout) je pense que c’était “insightful”, mais peut être je n’ai pas le just âge et sexe pour le juger. Je veux relire quand je suis plus vieux.
Passionnant comme toujours. Ovidie revient sur la période où le féminisme sexe positif croise la tendance du porno chic (grosso modo le début des années 2000) et s’interroge sur ce qu’il en était vraiment. Je suis une millenial donc c’est une période qui m’est plus que familière. Sa conclusion est la réflexion que j’avais à l’époque. Difficile d’être sex positive quand on est dans un milieu profondément misogyne. Ceux qui souhaitaient le plus punir les femmes étaient aussi sans doute ceux qui consommaient le plus de porno. J’apprécie aussi le fait qu’elle réalise que comme pour ceux qui prônaient la liberté à tout prix dans les années 70, cela revient parfois à soutenir des choses carrément moches. Ce qui était un appel à la libération pouvait aussi devenir une injonction. On gagne tous à apporter un peu de nuance à nos réflexions, on peut par exemple être critique de l’industrie de la pornographie actuelle, sans pour autant cracher sur les femmes qui y participent (je le fais depuis plus de 20 ans et ça demande assez peu d’efforts). Comme l’autrice j’ai noté un certain retour de bâton ces dernières années, il est aujourd’hui si chic d’être conservateur, encore une fois on devrait aspirer à un entre deux. Bref une excellente lecture