Entre le désir profond de se lier, de s’engager corps et âme, et le désir tout aussi profond de préserver sa liberté, d’échapper à tout lien, quel tohu-bohu ! Or, pour vivre ces exigences contradictoires et d’égale dignité sans être écartelé, il n’y a aucun secours à attendre ni de la philosophie, ni de la morale, ni d’aucun savoir constitué. Il est probable que les seuls modèles adaptés pour nous permettre d’avancer sont la haute voltige et l’art du funambule. Un mariage ne se contracte pas. Il se danse. À nos risques et périls.
150p. Lecture facile, poétique. Sur l’engagement, le mariage, la famille. Plutôt des réflexions personnelles de l’auteur. Très bien écrit, mais livre finit avec l’impression d’être passée à côté. Peut être à relire à différentes périodes de vie pour que les mots résonnent mieux.
"Le jardinier ne peut pas monter la garde contre les mulots, les chenilles, les taupes. Il ne peut pas guetter chaque puceron, chaque bactérie. Il ne peut pas arrêter le vent d'ouest ni dissuader la tempête de se déchaîner. Il ne peut pas interdire à la grêle de s'abattre. Il ne peut pas non plus contraindre la plante à pousser plus vite en lui tirant les feuilles - ni vouloir la garder petite. Il ne peut que "tenter de mettre toutes les chances du côté de la plante" et garder vivant avec elle un dialogue. Ainsi pour la relation qui nous unit. Je ne peux pas abolir ton destin, ni t'éviter épreuves et difficultés, ni enrayer tes échecs, ni provoquer ta réussite, ni entraver tes rencontres. Impossible de prendre les commandes de ta vie, de m'immiscer entre toi et ta peau, de glisser mon doigt entre ton écorce et ton aubier. Je ne peux que t'assurer ma loyauté - ne jamais laisser tarir le dialogue entre nous, le raviver de neuf chaque jour. Mieux encore : Je ne peux que respecter l'espace dont tu as besoin pour grandir. Te mettre à l'abri de ma trop grande sollicitude, de tout envahissement de ces rhizomes souterrains que sont les discrètes et indiscrètes manipulations de l'amour. "Veuillez, monsieur, ne pas nous imposer une forme de bonheur qui n'est pas la nôtre." Cette prière qu'adressait un pacha d'Algérie à quelque gouverneur des colonies à la fin du siècle passé résonne loin. Jamais, quoi que je fasse, je ne serai celui ou celle qui mâche ton pain, boit ton eau, jamais je ne respirerai pour toi. Jamais ta peau ne m'invitera à m'y glisser. Jamais je ne tisserai pour toi les fils de tes rêves ni de tes pensées. Et comme tu étais seul à ta naissance, tu seras seul devant ta mort et seul, mille fois, dans les nuits d'insomnie quand un chien aboie au loin ou quand une voix que tu es seul à entendre t'appelle.
Vouloir me perdre en toi, me jeter en toi, corps et biens, avec tous mes meubles et mes trésors. T'envahir. Te combler. Te faire gardien de mes propriétés ! Il n'est pire cruauté. Car tu as une vocation, unique, une œuvre à mener à bien. Toi-même. Et pour cela, il te faut tout l'espace qui est en toi.
Dire : "Aimer c'est délivrer l'autre de mes bonnes intentions - et de moi-même" paraîtra excessif. Pourtant c'est en me détachant de toi et en m'ancrant en moi que je commence véritablement d'aimer. Le cadeau que je peux te faire, c'est de retirer de toi toute la volonté de transformation que j'y ai mise - par zèle ou par ignorance -, la retirer de toi pour la remettre où elle a sa vraie place : en moi. Ainsi, nous protégerons l'un et l'autre le secret lent et silencieux de nos gestations." (p.88-90)
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Il y a du bon à tirer de ce récit, qui tangue entre l’essai et la fiction — un équilibre qui m’a parfois laissée perplexe: si je voulais de la fiction, j’irais lire de la fiction. Pourtant, certaines réflexions de Christiane Singer méritent véritablement qu’on s’y attarde.
Mes chapitres favoris sont « La prima materia », qui invite à aimer intentionnellement, à bannir une logique transactionnelle de nos relations et à garder le cœur sur la manche, comme on dit ; et « Fidélité(s) », le chapitre que j’ai le plus annoté et qui a suscité chez moi le plus de réflexions. Singer y explore l’équilibre dangereux entre l’amour et la captivité que l’on peut, parfois inconsciemment, imposer à l’être aimé; par la jalousie, la possessivité ou simplement par le désir de devenir l’unique source de son bonheur. Une idée revient alors avec une force particulière: « Pourtant, c’est en me détachant de toi et en m’ancrant en moi que je commence véritablement d’aimer. »
Singer utilise un langage à la fois architectural et organique pour parler de l’amour: on y construit des palais éphémères, on y délimite des frontières, on y préserve des espaces de croissance. Cette imagerie donne une matérialité étonnamment juste à ses célébrations de l’amour et de l’engagement. L’aspect religieux qu’elle incorpore à travers les pages m’importe peu, mais il n’a pas perturbé ma lecture.
Au fond, ce que je retiens surtout est cette conception paradoxale de l’amour: aimer l’autre sans chercher à le posséder, s’engager sans prétendre maîtriser l’avenir, et accepter que l’autre demeure toujours, en partie, hors de portée.
« [...] elle nous confronte au risque mortel qu’il y a à être vivant. »
Un bel hymne au couple, au mariage, à l'engagement, à la famille et à la transmission. Je ne partage pas tout les opinions de l'auteur mais ce livre est très bien écrit. Un language poétique pour parler de façon vrai de la réalité du mariage comme moyen de croissance sans en occulter les difficultés. Si l'on pense à un engagement de couple ce livre est une belle base de réflexion et de discussion.
Au-delà de la beauté de l’écriture, tantôt poétique, tantôt érudite, ce livre interroge bien plus que le mariage et l’engagement, ce livre parle de liberté, de rencontres, des liens au-delà des dogmes, de la morale, des conventions d’une époque. C’est une réflexion originale sur l’amour, sur le mouvement de la vie. Une parenthèse enchantée
Vraiment pas ce à quoi je m’attendais mais pas déplaisant pour autant. Des prises de conscience intéressantes au terme de récits qui m’ont fait grincher, quelques fois, des dents.