Laura Hand, Daniel Knowe et Mo Gorch ont disparu pendant des mois. Ils étaient morts et quelqu’un – ou quelque chose – les a ramenés à la vie.
Bowie est revenu avec eux : pas le chanteur, mais une entité énigmatique qui a adopté son nom de famille et une vague ressemblance.
Laura, Daniel et Mo n’ont aucune idée des épreuves qui les attendent. Mais leur ancien professeur de musique peut les aider à faire face au conflit magique très ancien dans lequel ils sont désormais impliqués...
Kelly Link is an American author best known for her short stories, which span a wide variety of genres - most notably magic realism, fantasy and horror. She is a graduate of Columbia University.
Her stories have been collected in four books - Stranger Things Happen, Magic for Beginners, Pretty Monsters, and most recently, Get in Trouble. She has won several awards for her short stories, including the World Fantasy Award in 1999 for "The Specialist's Hat", and the Nebula Award both in 2001 and 2005 for "Louise's Ghost" and "Magic for Beginners".
Link also works as an editor, and is the founder of independant publishing company, Small Beer Press, along with her husband, Gavin Grant.
Il serait complètement débile de lire ce livre comme un livre de fantasy ou fantastique classique, et d'en avoir des attentes similaires. Dès les premiers chapitres, on comprend que ce n'est pas l'intention de l'autrice.
Avec The Book of Love, Kelly Link écrit un roman ou les héros sont imparfaits, prennent des décisions maladroites en bons ados qu'ils sont. Elle propose un univers magique et des événements qui sont prétextes pour parler du deuil, du traumatisme, de la mort. Et c'est en cela que j'ai adoré ce texte. L'univers fantastique est suffisamment original et construit pour nous intéresser et être compréhensible mais aussi pour apporter une ambiance et une couleur au texte qui le rend plutôt unique et disparate dans le paysage littéraire.
L'action passe souvent au second plan pour laisser la place au développement des personnages dans des scènes du quotidien. Et ses scènes sont souvent les plus belles et les plus touchantes, que ce soit dans l'amitié, l'amour, le sexe, la musique.
C'est rempli de métaphores mais qui ne sont pas du tout hermétiques, on les comprend facilement ou bien l'autrice nous emmène jusqu'à leur explication. La plume reste assez orale pour être fluide et coller au parler de lycéens mais n'est pas dénuée de poésie quand il le faut.
Néanmoins, j'ai trouvé le rythme un peu bancal avec un premier tiers assez fastidieux. L'installation est très longue, sans être dénuée d'intérêt. J'avais toujours envie d'y retourner mais je voulais que ça avance un peu plus vite. Les intrigues sont assez faciles à deviner, je pense qu'à 40% du livre j'avais déjà compris une majorité de résolutions.
Avec The Book of Love, Kelly Link confirme sa place singulière dans le paysage contemporain de la fantasy américaine. Récompensé par le Los Angeles Times Book Prize et finaliste du prix Nebula, le roman dépasse largement les codes du fantastique adolescent auxquels son point de départ pourrait le rattacher. Car derrière son intrigue surnaturelle, l’autrice propose surtout une réflexion intime sur la perte, l’amour et la reconstruction.
Tout commence à Lovesend, petite ville fictive du Massachusetts où trois adolescents — Laura Hand, Daniel Knowe et Mo Gorch — reviennent mystérieusement à la vie après avoir été déclarés morts. Leur résurrection n’a rien d’un miracle religieux ni d’un phénomène scientifique explicable : elle relève d’un système magique ancien, opaque, presque bureaucratique dans ses règles. À leurs côtés apparaît Bowie, une entité énigmatique empruntant son nom et une silhouette au célèbre chanteur, figure liminale oscillant entre mentor, messager et possible manipulateur.
Mais Kelly Link déjoue rapidement les attentes narratives. Là où un récit fantastique classique aurait privilégié l’action ou le mystère, The Book of Love s’intéresse avant tout aux conséquences émotionnelles du retour à la vie. Que signifie continuer d’exister après avoir disparu ? Comment retrouver sa place parmi les vivants lorsque le monde, lui, a poursuivi sa route ?
Le roman explore ainsi une zone rarement abordée dans la fantasy contemporaine : celle de l’après-traumatisme. Les personnages ne sont pas des élus héroïques, mais des adolescents fragiles confrontés à l’inconfort d’une seconde chance. La magie devient alors une métaphore du passage à l’âge adulte, faite d’épreuves invisibles, de règles incomprises et de choix irréversibles.
L’une des grandes forces du livre réside dans l’écriture de Kelly Link. Son style, volontairement flottant, mêle banalité quotidienne et étrangeté diffuse, créant une atmosphère où le fantastique surgit sans jamais rompre totalement avec le réel. Cette approche rappelle davantage Shirley Jackson ou Neil Gaiman que la fantasy spectaculaire contemporaine. L’autrice privilégie les silences, les tensions émotionnelles et les relations humaines plutôt que les effets grandioses.
Le personnage de Bowie cristallise d’ailleurs cette ambiguïté permanente. Ni totalement guide ni véritable antagoniste, il incarne une forme d’autorité mystérieuse, presque mythologique, rappelant que la magie dans cet univers n’est ni morale ni bienveillante : elle exige un prix.
Au cœur du récit, l’amour — sous toutes ses formes — devient le véritable moteur narratif. Amour romantique, amitié, attachement familial, mais aussi amour imparfait, maladroit, parfois destructeur. Kelly Link interroge ce qui pousse les individus à rester, à lutter, à choisir la vie malgré la douleur.
En cela, The Book of Love s’impose moins comme un roman fantastique que comme une méditation contemporaine sur le deuil et la survivance. La question centrale n’est jamais « pourquoi sont-ils revenus ? », mais « que faire du temps qui nous est rendu ? ».
Dense, parfois déroutant, volontairement anti-spectaculaire, le roman demande au lecteur d’accepter l’incertitude. Mais c’est précisément dans cette zone trouble que Kelly Link trouve sa puissance : celle d’un fantastique profondément humain, où la magie sert avant tout à éclairer nos vulnérabilités.
Un livre mélancolique et ambitieux, qui confirme que la fantasy peut encore être un territoire littéraire d’exploration émotionnelle et philosophique.