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« T'es sérieuse ? »: Problèmes politiques de l'ironie

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L'ironie est louée de toutes parts. Elle peut faire rire et réfléchir tout à la fois. En jouant sur des effets de mention et d'écho, elle permet par exemple de reconsidérer de manière critique les discours dominants.
Mais jusqu'à quel point cette parole critique est-elle politique ? Permet-elle de souder une communauté politique ou plutôt d'entretenir certains préjugés dans le confort de l'entre-soi ? Est-elle un instrument d'émancipation susceptible de renverser les hiérarchies ou bien l'expression d'un privilège (genré, lettré, etc.) ?
Certes, l'ironie remet en cause notre tendance à adhérer sans réfléchir aux discours en vogue. Mais elle est aussi une parole d'esquive, qui rechigne à fixer un contenu, qui refuse de prendre parti, qui fait un pari risqué : répéter un discours-cible pour le ridiculiser, au risque cependant de le normaliser.
Loin des distinctions faciles entre la " bonne " et la " mauvaise " ironie (ce qui revient, en réalité, à distinguer l'ironie qui nous plait et celle qui ne nous plait pas), ce livre, en analysant de nombreux exemples polémiques, mène l'enquête sur les ambigüités politiques de l'ironie dans le monde contemporain.

268 pages, Kindle Edition

Published January 15, 2026

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Laélia Véron

11 books8 followers

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Displaying 1 - 4 of 4 reviews
Profile Image for Mai.
268 reviews105 followers
August 1, 2026
Un essai intéressant - mélangeant philosophie, sociologie, littérature et linguistique - qui contient des réflexions pertinentes sur le discours humoristique en politique mais qui peut décevoir certains qui croient y lire un livre sur l'ironie en tant que pratique langagière. À part des références aux travaux linguistiques (très franco-centrés et très datés...) dans l'intro ou le 1er chapitre (souvent en présentant simplement un concept de manière passager), il y a étonnamment peu de linguistique dans ce livre, ce qui est ironique, vu que Laélia Véron se présente comme linguiste (je crois qu'elle préfère parler de stylisticienne et non pas linguiste mais c'est comme ça qu'on la perçoit).

Sauf erreur de ma part, il y a une grande confusion conceptuelle au coeur de l'ouvrage entre ironie, sarcasme, humour (et peut-être d'autres choses). La définition générale de l'ironie, comme nous rappellent les auteurs, est "un discours implicite qui ne dit pas ce qu’il semble, à première vue, dire".

Mais les auteurs proposent ensuite une définition "énonciative" de l'ironie comme "le fait de prétendre reprendre à son compte un discours autre, tout en montrant qu’on ne croit pas (ou pas entièrement) à ce qu’on dit, voire qu’on critique ce qu’on dit". Ou bien :

"l’énoncé ironique est caractérisé par la reprise critique, qu’on appelle en linguistique la mention, d’un discours autre". [note perso: je pense que Laélia Véron n'a pas bien compris la notion de mention, qui ne veut pas dire "reprise (critique)"... Je me demande si elle n'a pas pu avoir de l'aide des linguistes spécialisés en ironie ou en pragmatique en général]. Ou encore :

"On reprend le discours de l’autre mais pas entièrement, pas complètement, avec distance. Le but de l’ironie est d’attirer l’attention sur ce discours autre (qu’il s’agisse de son contenu, de sa forme ou des deux), de pousser l’auditoire à ne pas le recevoir de manière passive, mais de savoir l’identifier, le critiquer, bref, de le mettre à l’épreuve. Il y a donc, dans l’ironie, de la mention (la reprise d’un discours autre), mais aussi souvent du métadiscours".

Les auteurs se servent alors des notions de "discours (de l') autre" et de "reprise critique". Cependant, un bon nombre d'exemples d'ironie verbale ne rentre pas dans cette définition (même si ce sont des discours implicites qui ne disent pas ce qu'ils semblent dire, selon la définition générale) :

1) Qu'est-ce qu'il fait beau (alors qu'il commence à pleuvoir)
2) Ah super, 50 copies à corriger ce weekend
3) Bon, ça a été fun (après une fête hyper boring...)

Dans 1-3, quel discours "reprend"-on ? Et de qui (puisqu'on "reprend le discours de l'autre mais pas entièrement, avec distance") ? De même avec les "ah, super" après avoir entendu qqc d'inquiétant ou désagréable que ce soit dans la vie quotidienne ou en politique. Peut-on donc parler de l'ironie comme "reprise critique" d'un "discours (de l') autre" ?

Une manière de conceptualiser l'ironie que je trouve un peu plus convaincante est celle de Dan Sperber et Deidre Wilson, dont Véron et Fondu citent un article très daté (1978) où Sperber et Wilson introduisent la notion de "mention échoïque" pour parler de l'ironie. Les auteurs ont développé ensuite une théorie (Relevance Theory) qui explique l'ironie en l'abordant comme "interprétation échoïque" d'un énoncé/pensée/norme. Déjà, dans les théories échoïques de l'ironie (souvent présentées en opposition aux approches classiques, gricéennes ou les approches post-gricéennes qui pensent l'ironie comme faux-semblant => toutes ces théories / travaux sont absents de la "revue de littérature" de l'ouvrage par ailleurs), c'est l'écho (la réaction/réponse à un son précédent) qui est le mot clé et non pas "mention" (Sperber et Wilson semblent abandonner le concept de mention, ils ne parlent plus de "mention échoïque" mais de "echoic use" à ma connaissance. Ceci est un changement notable pusique dans leurs premiers articles, ils distinguent mention et usage "use" et parlent de l'ironie comme mention échoïque, alors que maintenant ils parlent d'usage échoïque).

Pour Serber et Wilson, quand on fait un énoncé ironique, on montre sa réaction/attitude dissociative à l'écart perçu entre la réalité et la pensée/énoncé représenté dans l'énoncé. Par ex, dans l'exemple (1): on fait écho à l'attente générale qu'il fasse beau (notez qu'on évite le problème que posent les termes "reprise"/"discours (de l') autre") en montrant sa réaction dissociative née de l'écart entre cette attente et la réalité. Dans (2), on fait écho à une attente/norme socio-culturelle (le weekend c'est pour se reposer) et on montre en même temps notre réaction dissociative née de l'écart entre cette atttente/norme et la réalité. Idem, dans (3), on fait écho à une attente générale, on ne "reprend" aucune parole de personne. Cette conception vous évite le problème que pose le terme "reprise critique"/"discours (de l') autre".

Je trouve que les auteurs parlent d'un type d'ironie verbable particulier qu'on pourrait peut-être nommer l'ironie sarcastique (par rapport à l'ironie non-sarcastique) ou simplement le sarcasme en politique, ou quelque chose comme ça. Le terme "ironie" est lui-même utilisé pour désigner de nombreux phénomènes parfois seulement vaguement liés, ce qui explique pourquoi les auteurs parlent de l'ironie socratique qui n'est pas à proprement parler de l'ironie, mais désigne plutôt le fait de faire semblant (sens étymologique de "ironie") d'être ignorant sur un sujet, comme Socrates a fait dans ses dialogues. En France, il me semble que le terme a une signification très large. Véron parle d'ironie en donnant l'exemple de "Où trouvez-vous toute cette énergie ?" (ref Bardella), expliquant qu'en reprenant ces mots-là, elle les critique (entretien, librairie mollat sur youtube). Alors que pour moi, c'est pas du tout de l'ironie ? C'est juste une référence humoristique qui sert potentiellement à se moquer de Bardella. Peut-être, elle ne donne pas assez de contexte ? Mais mon intuition est que l'ironie est employée en France de manière assez large (dans le sens du verbe ironiser "tourner quelqu'un, quelque chose en dérision, les railler finement" - Dictionnaire Larousse) et donc c'est pas forcément la même chose qu'on étudie en pragmatique quand on parle d'ironie, Relevance/Echo Theory, Pretense Theory,... Je sais que le mot est utilisé pour désigner un tas de choses mais j'aurais bien aimé qu'on m'ait dit "Ah, je parle pas de l'ironie comme ça, je parle de l'ironie plutôt dans ce sens-là...".

Bref, tout cela me dit que Véron et Fondu n'ont pas fait leur revue de littérature sur l'ironie. Ils parlent soit d'un type d'ironie particulier, soit de qqc d'autre (humour/sarcasme/ironie sarcastique en politique). Une fois qu'on accepte ça et qu'on accepte aussi que ce n'est pas un livre de linguistique, qui ne parle pas vraiment de linguistique, de l'ironie comme pratique linguistique,... je pense que là on peut commencer à apprécier ce livre pour ce qu'il est : un recueil de réflexions (plutôt littéraires, philosophiques, socio-politiques) sur ce que les auteurs appellent "ironie" (mais on sait qu'ils se trompent un peu de concept).

Dans ce sens, je trouve que c'est un bon essai sur l'humour politique qui pose des questions intéressantes. Je suis d'accord avec la plupart des réflexions de Véron et Fondu. L'ironie n'est intrinsèquent ni de gauche ni de droite, ni bourgeoise ni populaire, ni émancipatrice ni dominatrice, ni rassembleur ni excluant. C'est toujours plus compliqué qu'on le croit. Mais je pense que l'approche de Véron et Fondu - qui déclarent clairement qu'ils ne proposent pas une étude empirique mais des réflexions critiques - peut laisser certains sur leur faim. Puisque à chaque question/débat ouvert, la conclusion peut être résumée en "C'est plus complexe que ce qu'on imagine, c'est compliqué".
Profile Image for Mai-Lan.
24 reviews
August 8, 2026
Se veut très exhaustif donc est rigoureux mais parfois se répète un peu. Il n’empêche que le propos est convaincant.
J’ai particulièrement aimé les sections sur la pratique de l’humoriste ainsi que la mise en lumière des valeurs que favorise le champ littéraire – l’autotélisme notamment, qui se manifeste en partie par cette attitude ironique (on pense aux auteurs « ludiques » des Éditions de Minuit).
Profile Image for Manu.
25 reviews1 follower
May 20, 2026
Très moyen genre déjà j'en ai rien à foutre de Socrate ou de l'ironie chez Houellebecq aussi j'ai trouvé qu'elle se mouille très peu genre le discours est très lissé j'ai pas appris grand chose c'était pas ouf (en v 2.5 étoiles mais vas-y je l'aime quand même Laélia Véron)
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