" Ce texte part d'une photographie que personne ne verra jamais. Une image immontrable, prise après l'accouchement de Jacob, mon fils, né sans vie après une IMG (Interruption médicale de grossesse) à sept mois de grossesse. Pendant deux heures, avec ma femme, nous avons tenu ce bébé mort dans nos bras, et nous avons voulu garder une trace, une preuve qu'il avait existé. Il existe cette photo où nous apparaissons tous les trois. Mais que faire d'une photo qu'on ne peut ni partager, ni exposer, ni même toujours regarder ? Ce texte est à la fois une tentative d'exploration intime et un manifeste. Il interroge la mémoire, le deuil et l'invisibilité de ces enfants dont on ne parle pas. Il traverse le chemin jusqu'à l'IMG, l'accouchement d'un enfant qu'on ne connaîtra jamais vivant, et l'existence paradoxale de cette image qui contient tout et qui, pourtant, reste hors du monde. Un texte poétique et fragmenté, qui oscille entre l'intime et le collectif, en donnant aussi une voix à tous ces enfants invisibles et aux parents qui n'ont pas de place pour leur deuil. Parce que personne ne parle de ces bébés morts, parce que ces naissances sans vie sont souvent effacées des récits familiaux, parce que l'IMG est encore trop souvent un tabou. Ce texte est un geste de mémoire, mais aussi une manière de questionner ce que signifie montrer et exister. "
Pauline Delabroy-Allard (born 1988) is a French writer. Her first novel, All About Sarah, was published in 2018, and received numerous awards and critical acclaim.
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Pauline Delabroy-Allard est la fille de l'universitaire vernien et écrivain Jean Delabroy. Après avoir fait des études de lettres classiques, elle devient libraire, ouvreuse dans un cinéma puis, à 23 ans, professeure documentaliste dans un lycée.
En 2018, son premier roman publié, aux Éditions de Minuit, Ça raconte Sarah, obtient une reconnaissance critique importante, et le prix des libraires de Nancy / Le Point et le Prix Envoyé par la poste, et est sélectionné dans la deuxième sélection du Goncourt ainsi que pour le prix Goncourt des lycéens6. Elle est lauréate du prix Liste Goncourt : le choix polonais décerné à Cracovie par un jury d'étudiants polonais en langue et littérature française puis du prix Liste Goncourt : le choix de la Roumanie. Le 20 novembre, elle remporte le Prix du Style, puis le 11 décembre reçoit le prix du roman des étudiants France Culture-Télérama. En mars 2019, l'écrivaine reçoit également pour ce roman le prix Liste Goncourt/Le choix de la Suisse.
Elle publie en avril 2021 un recueil de poésies intitulé « Maison tanière » aux éditions Iconoclastes, dans la collection L'Iconopop.
Comme pour le Grain de Beauté, il fait partie de ces romans dont il est difficile de dire "j'ai aimé" ou "je n'ai pas aimé" tant le sujet relève de l'intime et du sensible. Dans cette collection qui commande des textes aux auteurices, Pauline Delabroy-Allard nous fait le récit de la perte son enfant décédé à la naissance suite à une Interruption Médicale de Grossesse. De façon chronologique, quasi mécanique, tout nous est conté du début à l'après.
Evidemment avec un sujet lourd, la lecture ne se fait pas sans heurt, sans émotion. Pour autant l'autrice arrive à se détacher de cette chape de plomb, à faire des pas de côté pour nous plonger dans sa plume, ses réflexions sur le tabou de la mort, l'immontrable, les photos que l'on fait et que l'on ne peut montrer, sur ce moments passés avec l'être perdu. C'était très beau.
Comment parler de ces bébés partis trop tôt ? Pauline ( je dis Pauline comme j’évoquerais une amie, tant je lis sa petite vie avec émotion) relève le défi de mettre des mots sur l’innommable, l’immontrable, avec justesse, sensibilité et la poésie de ses mots. Une pépite sur un sujet encore si tabou.