Brignac-sur-Mer, neuf jours avant Noël. Alors que la neige tombe sans discontinuer depuis plusieurs jours, coupant du monde la petite ville, des enfants hors de contrôle se mettent à assassiner parents, enseignants et habitants, provoquant terreur et incompréhension.
« Horreur, polar, conte de Noël, SF et humour : tout en un, quel talent ! Le livre fait mouche en posant un regard malicieux sur la société. » Christian, Librairie Dédicaces
Christopher Bouix est l’auteur d’Alfie, de Tout est sous contrôle et Le mensonge suffit (Au diable vauvert). Sous le pseudonyme de Nataël Trapp, il a signé le roman Les 7 vies de Léo Belami, adapté par Netflix.
Christopher Bouix est né en 1982 et écrit pour la jeunesse. Il est l'auteur de "Socrate : un homme dangereux" (L'École des Loisirs, 2017) et de "La Théorie de l'iceberg" (Gallimard Jeunesse, 2018).
Il est également l'auteur de livres universitaires parus aux éditions Les Belles Lettres.
Complètement allumé, totalement zinzin et franchement jouissif.
Avec « Tuez-les tous », Christopher Bouix balance un véritable OVNI : un faux conte de Noël horrifique où des enfants massacrent les adultes dans une ville coupée du monde par la neige.
C’est déjanté, crade, gore, absurde et surtout hyper divertissant. L’auteur s’éclate avec les codes de la narration en multipliant les façons de raconter l’histoire et le déroulé des événements, ce qui rend le tout encore plus imprévisible et dingue. Puis cette foultitude de personnages, tous plus ravagés les uns que les autres… comment vous dire que j’étais au sol à force de rire. Tout est absolument crazy. Une sorte de « Pluribus » à l’envers mixé à du « Scary Movie » en plus haletant : un cocktail littéraire dont j’ignorais que j’avais besoin.
Ça part dans tous les sens, ça ose tout et ça donne un texte aussi déroutant que prenant. Clairement pas une lecture classique et tant mieux : j’attendais impatiemment de pouvoir recommencer à lire après une semaine de pause forcée et la reprise n’a été que plus explosive et marquante grâce à Christopher Bouix ! Un auteur que j’apprécie énormément depuis des années et qui continue de me rappeler pourquoi avec « Tuez-les tous ». Son gros cerveau est absolument unique.
Barré. Chaotique. Un mess. Hilarant. Inclassable. ♥️
Quelques jours avant Noël, une étrange épidémie frappe Brignac-sur-Mer. Sans que personne ne puisse se l’expliquer, tous les enfants et adolescents développent des pulsions meurtrières qui les poussent à tuer les adultes… ⠀ J’attendais vraiment avec impatience ce nouveau roman de Christopher Bouix puisque j’avais adoré son triptyque autour de l’intelligence artificielle. Ici, on quitte la SF pour un roman horrifico-fantastique mais ça m’intéressait quand même de voir ce que l’auteur allait pouvoir nous proposer. ⠀ Bon, je dois avouer que j’ai été un peu déçu, mitigé disons, mais je ne suis pas convaincu que ce soit « la faute » du livre. Dans les faits, on retrouve tous les ingrédients qui rendaient les précédents livres de l’auteur aussi savoureux : de l’humour, une bonne dose de cynisme et une critique acerbe de la société. Sur le papier, ça aurait dû fonctionner. ⠀ Pourtant, j’ai eu du mal à vraiment rentrer dans cette lecture. Je pense que c’est grandement dû au fait que j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages. Peut-être parce qu’on avait trop de points de vue ? Peut-être parce que l’alternance de « formats » de narration n’aidait pas forcément ? Honnêtement, je ne saurais pas trop dire mais le ressenti est là en tout cas. ⠀ Foncièrement, je pense qu’il y a surtout un point qui a beaucoup joué : lire un roman qui se passe à Noël en plein milieu du printemps a quelque chose d’un peu perturbant. Je ne suis pas du tout le genre de lecteur qui lit des choses différentes en fonction de la saison et je ne pensais pas trop que ça pouvait avoir un impact sur mon appréciation d’un livre mais j’ai pourtant l’impression que ça a joué ici. Dans l’absolu, je trouve en tout cas particulier que la maison d’édition ai choisi cette période pour sortir ce roman mais soit. ⠀ Bon, ça reste malgré tout une lecture très sympa et divertissante, et concrètement, je pense vraiment que c’était ici plus un problème de timing qui a fait que ça ne m’a pas autant plu que les romans précédents. Peut-être aussi que le changement de genre m’a plus frustré que je le pensais et que ça a joué sur mon ressenti ? Ce serait plutôt injuste puisque l’auteur a tout à fait le droit de ne pas vouloir s’enfermer dans un genre, mais en même temps, je ne peux pas contrôler mon ressenti. ⠀ Je vous conseille quand même de le découvrir si vous avez aimé ses précédents romans (et même si vous ne l’avez jamais lu en vrai) parce que ça reste dans la même veine et qu’il y a des réflexions vraiment intéressantes, notamment autour de l’éducation et du monde du travail.
Il m’avait épatée avec « Alfie », puis avec « Tout est sous contrôle ». Cette année, Christopher Bouix revient avec un roman totalement déjanté, « Tuez-les tous ! ». Cet auteur prend décidément tous les risques et le moins que l’on puisse dire, c’est que ses initiatives paient. J’ai rarement pris autant de plaisir à lire un texte qui mélange les genres et qui ose absolument tout. Inclassable est sans doute l’adjectif qui lui correspond le mieux… Tant et si bien que j’ai été obligée d’informer un libraire que le classer dans « littérature française » n’était pas sa place. Placez-le à côté du King, près des thrillers horrifiques, je suis sûre qu’il intriguera vos clients.
« Tuez-les tous ! » commence à Brignac-sur-Mer, un 16 décembre. Dans cette petite ville balnéaire du Nord de la France, on se prépare aux fêtes de fin d’année. D’ailleurs, la neige commence à tomber doucement pour asseoir l’ambiance. Quelques flocons ne peuvent pas nuire, mais quand ils se transforment en tempête de neige qui coupe progressivement la ville du reste du monde, les choses deviennent plus problématiques.
Christopher Bouix ouvre « Tuez-les tous ! » sur une irruption frontale de la violence dans un quotidien des plus ordinaires. Les victimes sont des adultes. Les coupables sont des enfants de tous âges pris dans une sorte de frénésie meurtrière. Face à cette explosion de terreur, les habitants de Brignac-sur-Mer vont devoir se débrouiller seuls, car aucun secours extérieur n’est possible.
Le lecteur va croiser des personnages hauts en couleur… Une jeune médecin enceinte de son premier enfant qui doit simultanément accoucher et survivre, des cadres en séminaire « corporate » dont les outils de management s’avèrent tragiquement inadaptés, un météorologue incapable d’expliquer ce qui arrive au ciel au-dessus de la ville, une officière de gendarmerie, une CPE de collège en costume de vulve (oui, oui), et des militaires englués dans leur bureaucratie archaïque. Tous représentent la condition humaine en général.
Une question centrale traverse « Tuez-les tous ! » : pourquoi cet épisode neigeux, qui n’a rien d’extraordinaire en hiver, provoque de tels débordements sur les enfants en particulier ?
Maintenant, abordons la forme de cet objet littéraire non identifié. La plupart des romans qui jouent sur la polyphonie maintiennent une cohérence de ton. Si les voix changent, le registre reste généralement stable.
Christopher Bouix ose quelque chose de plus radical : il change les supports, les formats, l’écriture et les points de vue.
Il utilise une narration « classique », mais froide, sans émotion pour raconter la violence factuelle.
Il y ajoute des monologues intérieurs proches du flux de conscience (chapitre où les quarante-deux dernières pensées totalement barrées sont listées de façon anarchique).
Il utilise le format du documentaire, témoignages des survivants, où chacun reconstruit les événements selon sa propre grille de lecture.
Il insère même dans « Tuez-les tous ! » une pièce de théâtre qui rejoue la catastrophe dans un registre de farce militaire grotesque.
Et, cerise sur le gâteau, il nous présente même plusieurs pages sous la forme d’un PowerPoint.
Dans ce PowerPoint, cet outil du monde « corporate », les personnages sont présentés sous forme de fiches infographiques avec taux de nervosité, pourcentages de compatibilité, organigrammes du désir. C’est d’une audace folle ! Leurs grandes peurs sont listées en « bullet points » et les hypothèses envisagées en fonction de leurs actions. La mise en forme de la réalité en « slides » est détournée pour raconter une histoire d’amour. On assiste éberlué à une représentation de l’intime comme si elle était une expérience scientifique.
L’émotion passe par toutes les formes utilisées par l’écrivain, des rapports scientifiques rédigés dans la langue froide des experts, au documentaire dans lequel les personnages découvrent l’adaptation hollywoodienne de leur propre histoire. C’est aussi terrifiant que drôle. L’alternance du rire et de l’horreur fonctionne à merveille tant les propos sont féroces et percutants.
D’autant que dans « Tuez-les tous ! » L’auteur démontre implicitement qu’aucun discours ne suffit à rendre compte de ce qui s’est vraiment passé. Une multitude de formes et de supports est donc nécessaire pour rendre compte de l’affaire qui a secoué le village. Il n’en privilégie aucun, mais les utilise tous avec maestria. Chaque support est porteur d’une certaine vérité quand le langage devient insuffisant face au chaos. Et nous savons bien que notre rapport collectif à la narration des catastrophes est souvent bien complexe.
Interrogez cent personnes, elles livreront cent versions différentes d’une même histoire.
Enfin, et c’est sans doute le plus important, que dit réellement « Tuez-les tous ! » ? Sous le gore, sous l’humour noir, sous la satire des institutions, Christopher Bouix pose la question de ce que nous avons fait de l’enfance. Car ici, les enfants tueurs ne sont plus seulement une métaphore de la révolte des générations, mais représentent ce que les adultes auraient voulu rester. Libres, sans contraintes, sans être obligés au compromis, sans devoir être raisonnable. Dans « Tuez-les tous ! », l’adulte regarde l’enfant avec une fascination coupable, car il sait avoir perdu une liberté qu’il ne peut pas retrouver. La véritable horreur du roman est bien l’adulte que l’on devient, et non l’enfant qui tue.
« Tuez-les tous ! » va vous plonger dans un état d’instabilité émotionnelle permanente, il va vous faire changer d’état toutes les dix pages. On rit beaucoup, parfois d’un rire nerveux, parfois d’un rire jaune, mais ce rire donne accès à des vérités que l’auteur pourrait difficilement formuler autrement. Sous cet humour, on trouve des adultes démunis de l’enfant qu’ils ont été. Et de temps en temps, la tendresse surgit sans crier gare. Ces moments de douceur permettent à l’écrivain de laisser entrer l’émotion par les failles.
Ce roman ne ressemble à rien de ce qui se publie en ce moment, et pourtant… quel bonheur de le découvrir ! C’est un roman d’horreur qui fait rire, une satire sociale qui fait peur, un conte de Noël qui finit mal, un roman catastrophe sans vrai héros, de la littérature expérimentale qui se lit avec avidité. C’est populaire et ambitieux.
Avec « Tuez-les tous ! », Christopher Bouix prend un risque réel, dans un paysage éditorial qui pousse plutôt vers l’uniformisation, vers les romans qui rentrent dans des cases. Écrire un livre délibérément inclassable, confier à son éditeur un objet que personne ne sait exactement comment présenter, c’est un pari. Je trouve que ce pari mérite d’être salué.
« Tuez-les tous ! » fait avec sa forme exactement ce que ses enfants font avec l’ordre social… Totalement jubilatoire !