Diplômée de l’École Supérieure de Commerce NEOMA Business School (ESC Reims) en 2007, Aurélie Valognes est spécialisée en communication et en marketing, et a exercé au sein de diverses entreprises (Mars, Procter & Gamble) et pays (Italie, Suisse, France, Belgique, Pays-Bas).
« L’émerveillement » est un de ces livres qui tend une main afin que son lecteur garde les yeux (ou les oreilles) bien ouverts. Ne vous fiez pas à ce titre qui suggère peut-être une histoire angélique, car ce serait mal anticiper son contenu. Derrière cette couverture céladon apparaissent un roman d’une vraie gravité et une invitation à regarder la beauté du monde. Le texte suit Camille, qui vient de donner naissance à Ambre. Ce point d’entrée convie pourtant à bien d’autres réflexions que celle de la maternité.
Au-delà de la relation mère-fille, ce qui semble intéresser Aurélie Valognes relève plus d’un travail souterrain qui raconte nos douleurs, nos blessures qui longtemps résonnent en nous. Tandis qu’Ambre est dans sa couveuse, Camille choisit de dire ce qu’elle a longtemps tu et de donner à sa fille l’envie de vivre. Car, « La vie est. Et c’est ce qui fait sa beauté. »
Avec ce livre, Aurélie Valognes confirme une évolution sensible dans son écriture. « La lignée » laissait déjà deviner une volonté certaine pour cette appétence de la transmission. « La fugue » démontrait combien partir était parfois la seule issue pour se (re) trouver. Ses premiers romans reposaient sur des ressorts plus lisibles, mais ses trois derniers sont affûtés, disent les questionnements et émotions humaines avec beaucoup de tendresse et de perspicacité. « L’émerveillement » sonne juste et vrai, et c’est cette pertinence qui a ravi mon coeur.
A-t-on encore le temps de s’émerveiller ? On aurait tort de confondre l’émerveillement avec une forme de naïveté, tel un regard de carte postale qu’on pose sur le monde. Ici, s’émerveiller est un acte de résistance que l’on choisit ou que l’on refuse face à une tentation de repli sur soi. Grande est la tentation de s’anesthésier, de laisser tous les jours se ressembler, de traverser la vie sans jamais lever le nez.
Notre monde n’aide pas, puisque tout conspire à l’absence de regard. La vitesse, le bruit, la surcharge permanente d’images et d’informations, l’injonction à produire, à optimiser, à ne jamais perdre de temps sont autant de facteurs qui empêchent « L’émerveillement ». Autant dire qu’observer un oiseau, s’arrêter sur la variation de lumière dans le ciel, sentir les parfums du printemps passe pour une distraction, voire un luxe que l’adulte ne peut se permettre. Or, dans ce livre, Aurélie Valognes suggère tout le contraire. Cette contemplation du vivant revient à prendre soin de son âme en maintenant des émotions intérieures nées de presque rien.
C’est là une belle occasion pour l’autrice d’aborder la question écologique, non pas comme un sujet de société, mais comme une expérience intime. Car l’écologie s’apparente ici à une blessure… une douleur diffuse face à ce qui disparaît sous nos yeux sans que l’on ne puisse plus rien y faire. Dans « L’émerveillement », aimer la nature, c’est incontestablement souffrir avec elle, regarder avec impuissance l’extinction des espèces, les océans pollués, et les forêts qui reculent. Et malgré ce constat, savoir ne contribue pas à changer quoi que ce soit.
Ainsi, le roman touche une réalité de notre époque : cette coexistence étrange et épuisante entre la lucidité de ce qui s’effondre et notre impuissance à l’enrayer. Nous sommes la génération de la pleine conscience du drame, mais le monde continue à fonctionner selon les mêmes logiques, en détournant les yeux. Émerge alors de « L’émerveillement » une tristesse abyssale du vivant blessé.
Pourtant, le roman ne se laisse pas aller au désespoir. Par la poésie, Aurélie Valognes s’emploie à accorder aux choses une présence et une épaisseur. Regarder le monde poétiquement, c’est lui accorder du temps. Accepter aussi de ne pas tout maîtriser. C’est retrouver le pouvoir d’être saisi par cette beauté qui nous échappait.
« Tout autour de nous est spectaculaire et tout en nous est époustouflant, mais nous sommes tellement entourés de miracles que notre œil ne les voit même plus. Nous devrions admirer tout ce qui existe, pourtant, la plupart d’entre nous passons notre vie à courir, tête baissée. Mais ce n’est pas facile d’apprendre à voir, ça demande du temps et un peu d’efforts de comprendre le frêle équilibre entre nous et le reste du vivant, d’avoir conscience de cette harmonie et de tout ce qui nous relie. »
« L’émerveillement » resserre aussi son objectif sur la maternité et sur la relation de Camille avec sa fille Ambre. Camille aime sa fille d’un amour immense, parfois envahissant, un amour qui angoisse autant qu’il protège. Elle est traversée par le doute, la fatigue, le vertige de ne pas être à la hauteur de la tâche. D’autant qu’un drame intime l’a brisée. Cette tragédie a considérablement modifié le rapport de Camille au monde. Elle l’a rendue méfiante, frileuse envers les lendemains. Désormais, toute joie devient la menace de sa propre destruction.
Mais l’arrivée d’Ambre fait bouger les lignes. Elle est de ces enfants qui posent des questions, qui refusent les réponses vagues et qui avancent. Son caractère affaisse les digues de sa mère. Et surtout, elle maintient vivant un rapport au monde que Camille a commencé à perdre de vue. Ambre est un grelot qui tintinnabule et qui oblige à ouvrir grand les yeux et les oreilles. Elle est le vivant en marche, le coeur grand ouvert. Elle incarne cette volonté de continuer à se battre.
Face à elle, l’amour de Camille doit se réinventer. Aimer ne peut plus vouloir dire se soustraire à l’amour de peur de le perdre. Car l’amour véritable ne se retient pas, il autorise l’Autre à entrer dans sa vie. Camille apprend à aimer sans posséder, à protéger sans empêcher. Cet apprentissage que connaissent toutes les mères est retranscrit avec une justesse bouleversante.
« On fait des enfants pour qu’ils partent sur les routes de la vie, on leur apprend à aimer le monde pour qu’ils le découvrent à leur tour. Si je voulais te garder près de moi, je n’aurais pas dû te donner le goût de la mer, le goût des voyages, tu serais restée avec tes escargots et tes vers de terre. Mais mon rôle était de t’aider à grandir, à te réaliser, car c’est ça aimer. Le véritable amour rend l’autre libre. Et parfois la meilleure façon d’aimer, c’est de laisser l’autre partir. De le laisser nous échapper. »
La blessure intime et la blessure du monde ne cessent de se répondre dans « L’émerveillement ». Deuil personnel et deuil écologique. Peur de perdre un être aimé et peur de voir disparaître des espèces entières. Toutes ces énergies circulent dans le roman autour d’une question lancinante : comment continuer à aimer ce qui est menacé ?
« Rien n’est grave dans le fond. Sauf la naissance et la mort. Entre les deux, il faut vivre. Profiter. Résister. Oser. Parce qu’il y a urgence à ralentir et à s’émerveiller. » S’émerveiller parce que le monde est fragile. S’émerveiller parce qu’il est menacé. « Préserver l’émerveillement, c’est la plus grande forme de résistance. La plus belle arme. » Un très beau texte, et une magnifique version audio lue par l’autrice.
Livre bien mais sans plus. Ce n’est pas une histoire qui me marquera. Je l’oublierai assez vite. 3 étoiles dont une pour des passages poétiques. Mais l’intrigue et les personnages ne donnent aucune réalité. On sent que l’autrice a voulu faire passer un message mais rien n’était crédible. C’était un peu décevant finalement.
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