Il y a des livres qu’on lit, et puis il y a ceux qu’on ressent profondément. Je m’appelle Rebelle fait clairement partie de la seconde catégorie. Ce roman m’a touchée en plein cœur, parfois même sans que je m’y attende. Dès les premières pages, j’ai été happée par cette voix si particulière : celle d’un chien, Rebelle, qui raconte sa vie, son quotidien et surtout son amour inconditionnel pour son humain, Tom. Ce qui m’a immédiatement frappée, c’est la sincérité du récit. Rien ne sonne faux, rien ne semble exagéré. On entre dans l’histoire avec une certaine douceur, presque avec le sourire, avant de comprendre peu à peu que cette lecture ne sera pas simple, ni confortable émotionnellement. Et pourtant, impossible de lâcher ce livre. Pour ma part, ça a été un énorme coup de cœur, une lecture bouleversante, à la fois tendre, cruelle et profondément humaine… même si elle est racontée par un chien.
La plume de Ross Montgomery est d’une justesse remarquable. Elle est volontairement simple, épurée, presque enfantine par moments, mais jamais pauvre. Au contraire, chaque mot semble choisi avec soin pour coller parfaitement à la manière dont Rebelle perçoit le monde. Le récit adopte une voix très instinctive : Rebelle ne comprend pas tout, ne connaît pas les règles politiques ou sociales, mais il ressent absolument tout. Et c’est là que l’écriture devient incroyablement forte. L’auteur ne nous explique pas les émotions, il nous les fait vivre à travers les pensées et les réactions du chien. Une peur, une colère, une tristesse sont traduites par des sensations, des gestes, des odeurs, des habitudes qui changent. Il y a une vraie tendresse dans cette plume, mais aussi une grande lucidité. Ross Montgomery n’adoucit pas la réalité : il la montre telle qu’elle est, parfois injuste, parfois violente, mais toujours vue à travers un regard pur et loyal. Cette manière de raconter rend les moments difficiles encore plus poignants, car ils sont perçus sans filtre, sans distance, avec une sincérité désarmante.
L’univers de Je m’appelle Rebelle est celui d’une campagne anglaise rude, marquée par la pauvreté, les inégalités et l’oppression. Mais au début, cet univers est présenté comme un véritable paradis… du point de vue de Rebelle. La ferme est un terrain de jeu immense, rempli d’odeurs, de champs à parcourir, de plaisirs simples, et surtout d’amour. Ce contraste entre la vision du chien et la réalité humaine est l’un des grands points forts du roman. Là où Rebelle voit un foyer, une routine rassurante et une famille unie, le lecteur perçoit peu à peu la précarité, la fatigue, la peur du lendemain. Lorsque les soldats du roi entrent en scène, l’univers bascule brutalement. La violence du monde extérieur s’infiltre dans ce quotidien jusqu’alors protégé. Pour Rebelle, ces hommes en uniforme représentent une menace incompréhensible, mais palpable. L’atmosphère devient de plus en plus lourde, tendue, et le sentiment de sécurité disparaît progressivement. Cet univers, à la fois simple et oppressant, est construit avec beaucoup de subtilité et de cohérence.
L’histoire suit l’évolution d’un quotidien paisible vers une situation de plus en plus instable. Rebelle vit heureux avec Tom, son humain, son repère absolu. Leur relation est faite de jeux, de gestes simples, de confiance totale. Pour Rebelle, Tom est tout son monde. Lorsque les parents de Tom ne peuvent plus payer les taxes imposées par le roi, la peur s’installe. Tom, encore enfant, est confronté à une injustice qu’il ne comprend pas totalement, mais qu’il ressent violemment. Il commence à parler de révolte, de résistance, de lutte. Rebelle, lui, ne saisit pas ces concepts, mais il sent que quelque chose ne va pas. Le roman pose alors une question centrale, douloureuse et fascinante : jusqu’où peut aller la loyauté ? Rebelle veut être un bon chien, mais être un bon chien signifie-t-il toujours obéir ? Protéger ? Suivre son humain même quand cela mène au danger ? L’histoire avance avec une tension constante, faite de petites ruptures, de changements subtils, jusqu’à atteindre des moments particulièrement éprouvants émotionnellement. Sans jamais tomber dans le sensationnel, Ross Montgomery nous entraîne dans un récit profondément marquant.
Rebelle est sans conteste l’un des personnages les plus touchants que j’aie rencontrés en littérature jeunesse (et même au-delà). Il est naïf, loyal, courageux, et animé par un amour inconditionnel. Sa manière de penser, parfois très simple, parfois étonnamment profonde, rend son personnage incroyablement attachant. On partage ses joies, ses peurs, ses incompréhensions, et surtout ses dilemmes. Tom est un personnage complexe et très crédible. C’est un enfant confronté trop tôt à la dureté du monde adulte. À travers le regard de Rebelle, on le voit changer, mûrir, s’endurcir parfois, tout en restant profondément humain. Sa colère, sa peur et ses élans de courage sont rendus encore plus poignants par le regard aimant et inquiet de son chien. Les personnages secondaires, bien que moins développés, incarnent chacun une facette de ce monde injuste : la résignation, la peur, la colère, l’autorité. Ils participent tous à cette atmosphère de tension croissante qui pèse sur l’histoire.
Je m’appelle Rebelle est un roman bouleversant, qui parle d’amour, de loyauté et de choix impossibles avec une grande justesse. Le point de vue du chien apporte une profondeur émotionnelle rare et rend chaque événement encore plus marquant. C’est une lecture qui serre le cœur, qui fait réfléchir, et qui laisse une trace durable une fois la dernière page tournée. Pour ma part, j’ai refermé ce livre avec une boule dans la gorge et cette sensation très particulière d’avoir vécu une histoire forte, sincère et profondément touchante. Un gros coup de cœur, sans aucune hésitation, pour un roman qui ne cherche pas à séduire par l’excès, mais qui touche en plein cœur par sa simplicité et sa vérité