« Avant, il y avait l’enfance. Je le sais. » Mais, Judith Godrèche, quelle enfant fut-elle ? Qui pour le dire ? Que lui a-t-on fait ? Et surtout qu’en a-t-elle fait ?
Judith Godrèche est actrice et réalisatrice. Elle a publié un premier roman, Point de côté, chez Flammarion (1995).
« alors pourquoi ? pourquoi accepter que cet art que nous aimons tant, cet art qui nous lie soit utilisé comme une couverture pour un trafic illicite de jeunes filles ? »
on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas.
j’attendais avec impatience la sortie de l’adaptation au cinéma de Mémoire de fille par Judith Godrèche. maintenant, je l’attends avec d’autant plus d’impatience que j’ai pleine conscience du vécu de la réalisatrice, et de ce qui l’amène à vouloir adapter ce récit à l’écran.
le livre est un témoignage au phrasé et au style parfois déroutant, et, ne sachant quasi rien de Judith Godrèche au préalable, j’ai mis bien 100p à rentrer dedans, et j’ai parfois eu l’impression de tourner en rond (d’où le fait que je n’ai pas mis 5 étoiles). pour autant, lisez ce livre si vous pouvez!!!!!
Juliette Godrèche raconte les VSS qu’elle a subies dans le milieu du cinéma. Un récit fort, courageux, nécessaire, combatif, parfois tortueux, qui remonte le temps et explore les souvenirs d’une enfant violentée.
Il y a des livres qui arrivent après d’autres. Pas pour répéter, mais parce que quelque chose a été ouvert — pis que ça ne peut plus se refermer. C’est exactement ce que fait Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux de Judith Godrèche.
Un récit. Pas un roman. Un texte construit en fragments : photos, lettres, courriels, souvenirs. Quelque chose de décousu, oui — mais comme la mémoire. Comme ce qui revient quand ça veut, pas quand c’est pratique. Et ça, ça fonctionne.
Au centre, il y a cette relation avec Benoît Jacquot. Elle a 14 ans. Lui, 25 ans de plus. Elle l’appelle « BJ ». Parfois « le maître ». Et elle va vivre avec lui pendant cinq ans.
Déjà là, ça devrait sonner des cloches. Mais non. Parce que le récit qu’on nous a servi longtemps, c’est celui d’une histoire d’amour. Consentie. Presque romantisée. Ce livre-là, il vient faire éclater ça.
Godrèche met en face deux versions : celle de l’homme, et la sienne. Elle sort les lettres. Les traces. Les souvenirs. Pis elle répète, de mille façons différentes, une affaire qui ne devrait même pas être à prouver : elle était une enfant.
Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux parle aussi de violence physique. D’emprise. De ce glissement constant entre création et domination. Cette idée qui gosse solide : l’art utilisé comme excuse. Comme arme. Comme si créer donnait un droit sur les corps.
Pis il y a tout le reste. Sa mère qui part. Son père qui s’effondre. Deux adultes avalés par leur propre souffrance. Pis elle, au milieu, qui essaie de les tenir en vie. Une enfant laissée à elle-même Une faille béante. Et c’est là que tu comprends comment quelqu’un comme Jacquot a pu s’y engouffrer.
Ce livre-là existe aussi parce qu’elle a lu Le Consentement de Vanessa Springora. Comme si certains récits ouvraient la porte à d’autres. Mais contrairement à celui-là — ou à Triste tigre — j’ai l’impression que celui de Godrèche a fait moins de bruit. Pourquoi?
Peut-être parce qu’on s’habitue. Peut-être parce qu’on est tannés. Ou peut-être — pis ça, ça me dérange encore plus — parce qu’elle ne correspond pas à ce qu’on veut voir. Elle est debout. Elle parle clairement. Elle n’est pas « détruite » de l’extérieur. Pis on dirait que ça rend son récit plus difficile à recevoir pour certains. Comme si une victime devait être brisée pour être crédible.
Moi, ce livre-là, je l’ai aimé. Pour son ton. Pour sa retenue. Pour le fait qu’il ne tombe jamais dans le sensationnalisme. C’est éloquent sans être lourd. Accessible sans être simpliste. Ça remue sans forcer. Pis surtout, ça laisse de la place au lecteur. Pas pour douter — mais pour comprendre. C’est pas un livre parfait. C’est un livre nécessaire. Pis c’est ça l’important.
« Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux » est la phrase posée sur une affiche qu’a vue Judith Godrèche dans une salle d’attente. Il y a deux ans, elle porte plainte pour viol dans cet endroit. Dessous, il y a un gros ours et une dînette. Judith Godrèche porte plainte contre Benoît Jacquot. Mis en examen, il présente leur relation comme une histoire d’amour consentie. On connaît la suite, les César, ses interviews, etc. Dans ce récit, assez décousu, Judith Godrèche se réapproprie sa vie en remodelant ses mots, pour trouver sa voie. Ses hésitations sont bouleversantes, naviguant entre justifications et révélations. De nos jours, il est de notoriété publique qu’à l’âge de quinze ans, une enfant est manipulée par son prédateur. Seulement, sa révélation, à mon avis, produit un tsunami qui va bien au-delà. Judith Godrèche propose une sorte de kaléidoscope à partir de photos, de lettres, de poèmes et de réponses à ses détracteurs. Cet essai démontre la déstabilisation qu’elle a subie, et qu’elle subit encore. « Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux » illustre la détérioration que de telles indignités provoquent. Chronique entière et illustrée ici https://vagabondageautourdesoi.com/20...
Le plume est très belle et c’est quelque chose qui me mets très en colère bizarrement. Savoir que des hommes (bien plus âgés) ont vampirisé le talent d’une toute jeune fille, qu’on ne saura jamais vraiment la carrière qu’elle aurait pu avoir sans avoir rencontré le fameux BJ. Comme tous les hommes de son genre, il aimait se croire pygmalion, il était la pour la mettre en valeur, pour la voir devenir une femme… ils sont tous incroyablement identique ça en est pathétique. Et puis quand la poupée se rebelle, le monsieur passe aux menaces de suicide, encore une fois, ils sont tous exactement pareils. C’est un livre un peu déroutant parfois car il ne s’agit pas d’une autobiographie linéaire ou d’un récit précis de sa relation avec le réalisateur, c’est plutôt une suite de réflexions sur qui elle était à l’époque, qui elle est aujourd’hui, et l’impact de cette relation sur tout le reste de sa vie. Elle y parle aussi de ses parents, de la souffrance de certaines réactions quand elle a commencé à parler, mais aussi de la manière dont les gens ignoraient totalement à quel point cette relation était malsaine à l’époque. Il y a des extraits d’interviews qui sont assez dingues quand même.
Un texte important qui nous rappelle comment la France d’avant (et de maintenant?) considérait les enfants au service du cinéma notamment. Cette époque est incroyable et il est primordial de tenir compte des témoignages de toutes ces femmes fortes pour faire évoluer nos sociétés et enfin en finir avec cette omerta.
Je suis incapable de terminer le livre, j'ai tenté de persister, en vain. Pourtant, le sujet est grave et il est important de s'exprimer dessus. Pour autant, je trouve le récit très décousu et n'arrive pas à rentrer dedans.