Lecture pour tout le monde. Une autobiographie pas comme les autres : l’auteur nous confie son histoire, des aspect intimes sur soi et la maladie ; il est drôle, touchant, critique envers soi-même, émouvant. Il est à la fois malade mental et psychiatre, ce qui le place dans une position privilégiée pour nous donner une belle description de la maladie mentale et un regard critique sur la psychiatrie et la profession. Sa maladie semble une forme très typique et apparemment facile à diagnostiquer, à part de "comorbidités" qui rendent le tableau moins simple et lui compliquent pas mal la vie. Mais malgré cela il a mis du temps pour se faire diagnostiquer : c’est la faute des psychiatres qui ne posent pas les bonnes questions ? c’est la faute du patient qui reporte seulement une partie de l’histoire ? c’est la faute de la psychiatrie où les maladies mentales ne sont pas bien définies et cela est pire depuis qu’il y a le DSM ? Je pense qu’il y a un peu de tout ça, mais peut-être, un peu plus la faute des psychiatres qui l’ont vu avant le diagnostic, même s’il est facile parler à posteriori et critiquer. Pour le public qui lira le livre : ils existent naturellement d’autres formes de la même maladie de l’auteur qui sont bien différentes malgré des points en commun. L’auteur, bien présent sur les réseaux sociaux, professionnels et non, est en train de devenir un personnage public en France, au moins dans certaines communautés, parce que sa présence dans les réseaux est désormais partout. Il tient même une rubrique sur Substack, apparemment très suivie, et je ne suis pas surpris. Il explique la raison de cette présence sur les réseaux : il aurait préféré faire sa petite vie en privé, vie qui est déjà difficile en soi avec la maladie, faire son travail sans être dérangé et sans trop s’exposer : on le comprendre très bien. Mais il a été obligé de s’exposer suite à des problèmes absurdes avec d’autres professionnels de santé, des pharmaciens qui ne connaissent pas comment fonctionne la recherche en pharmacologie et qui confondent l’AMM (un fait purement administratifs qui n’a rien à faire avec la clinique et la science) avec la clinique et donc pas trop professionnels en vérité, et des instances institutionnelles (représentées dans son cas par des collègues) qui apparemment, et ça c’est grave, n’ont pas les moyens de juger l’opérât d’un psychiatre. D’où l’intérêts porté à ce livre, récit d’une vie encore jeune mais pleine de problèmes. Naturellement on ne peut pas ne pas être à coté du Dr Sikorav dans cette bataille entre stupidité humaine et clinique / science en psychiatrie. Le livre suit un fil chronologique avec des digressions pour affronter des sujets chers à l’auteur et expliquer ce qui ne va pas dans la psychiatrie en France. L'introduction de Nassir Ghaemi (chercheur de renommée internationale) apporte de l'épaisseur et une brie d'espoir pour la psychiatrie française, un peu renfermée sur soi-même, et reconnait que le livre du Dr Sikorav pourrait être un premier pas vers le changement. On peut retrouver 3 thèmes dans ce livre : 1) la biographie personnelle elle-même ; 2) les opinions de l’auteur sur le travail de psychiatre et les critiques sur la psychiatrie en France ; 3) sa mésaventure avec les institutions comme les pharmacies, la CPAM, et certains professionnels de santé rencontrés, qui mettent les nez sur des ordonnances qui ne comprennent pas sans écouter les explications fournies et sans se mettre à jour ; le tout sans considérer que à la fin, outre à endommager le Dr Sikorav et sa famille, ils portent un préjudice aux patients dont ils obstacles le déjà difficile processus de prise en charge dans un désert médical. Le point 3 renvoie au point 2 avec la formation médicale continue comme collant, mais je ne suis pas sûr que ces mêmes personnes rencontrées par le Dr Sikorav seraient meilleures avec une formation à jour car celle-ci n’exempte pas l’ego, l’autorité, le pouvoir et l’être obtus de certaines personnes, médecins inclus. On peut dire que l’auteur n’a pas eu une vie facile, il ne l’a pas au présent et on ne peut pas prévoir si un jour cette lutte contre l’état dans l’état (comme a été définie la CNAM) se terminera en sa faveur. En connaissant le caractère procédurier et obtus de ces institutions, je suis pessimiste mais je donne tout mon soutient au Dr Sikorav et je lui souhaite de ne pas laisser, d’insister et de tenir bon. Par contre, j’ai quelques critiques à formuler que j’espère constructives. Pour les lecteurs patients : je serais plus nuancé dans certains conseils qu’il donne : parfois aller aux urgences est indispensable, même s’il n’est pas une promenade de plaisir et si certains peuvent avoir des mauvaises expériences ; parfois les médecins se trompent mais dans la majorité des cas ne le font pas par malveillance ; les hôpitaux psychiatriques ne plaisent à personne, mais des fois il est nécessaire d’y passer : il faut essayer d’améliorer les pratiques et les lieux d’hospitalisation et pour cela je suis d’accord avec son engagement pour une formation médicale continue plus importante (aujourd’hui se base sur le volontariat) mais attention: la formation médicale continue est souvent financée par l'industrie pharmaceutique (ceci l'auteur ne le dit pas, peut-être il n'est pas au courant), et il faut toujours essayer d'avoir un esprit critique sur les choses. Pour les futurs psychiatres : lire le DSM (et la CIM 11) peut servir, peu je pense, parfois on n’a pas le choix, mais il faut commencer par lire la psychiatrie du XIX et XX siècle, à commencer par Karl Jaspers et Emil Kraepelin, en France aussi Minkowski et Henri Ey, et comprendre comme on est arrivé à la psychiatrie d’aujourd’hui. Il faut lire les classiques. Le DSM est une mauvaise photographie du présent sans considérations longitudinales, même avec les spécificateurs. Tout est plat, sans hiérarchie, les symptômes ont tous la même importance sans un contexte : le diagnostic devient une photographie, mal faite, d’un présent sans tenir compte du passé et du contexte. Pour le couple Sikorav, s’ils en avaient besoin : se faire suivre uniquement pas son épouse, même si on a compris le cheminement de cette décision, sans se faire aider par une tierce personne, décider comment se soigner sans un regard tiers, sans une vision objective (externe) qui pourrait aider le couple, surtout dans les choix difficiles, risque de briser dans le temps le couple et de mettre une pression trop importante sur sa famille, son épouse en première. Ça ressemble à un isolement que, je pense, ne fait pas bien. En conclusion, si le Dr Sikorav veut que son message passe mieux, je lui conseillerais de modifier et améliorer ses communication skills car il est parfois dichotomique et sans nuances, même s’il a raison; de ne pas attaquer toutes les institutions tout court simplement parce que ce sont des institutions : son discours risque de perdre de puissance et de crédibilité ; il pourrait commencer à donner de l’épaisseur à sa parole avec de la science : il est jeune, il a les capacités et l’énergie et il serait plus facile si il gagnait en réputation pour que le message soit plus fort avec par exemple un doctorat, un mentor, des publications ; tout est à sa portée et augmenterait le poids de son discours, qui risque sinon de se perdre dans le bruit et le brouillard des réseaux sociaux où tout le monde peut dire la sienne, tous au même niveau comme dans le DSM. On n'est pas d'accord sur tous les sujets de la psychiatrie touchés par l'auteur (ceci n'est pas le lieu pour en parler), mais on soutient le combat du Dr Sikorav. Ce livre est émouvant, touchant et j’en conseille la lecture.