Trois étoiles pour "Traduire Hitler" que j'ai apprécié, une étoile pour "Coulée brune".
Le livre est problématique, car Olivier Mannoni s’aventure à de nombreuses reprises au-delà de son domaine de compétence. Dans un langage souvent ironiquement assez faible, il émet des points de vue personnels sur des sujets qu’il ne maitrise pas, tel que les différents systèmes politiques qualifiés à tord ou à raison de « démocratie ». Dans le chapitre 5, il renvoie par exemple dos à dos la démocratie représentative et une démocratie par tirage au sort. Il le fait sans argumentation, en six lignes. Il manipule le lecteur en lançant un avis personnel biaisé comme s’il s’agissait d’une vérité. (p. 200) Olivier Mannoni fait aussi des retournements de vérités, parlant de leaders pour les Gilets Jaunes alors que ceux-ci disent ne pas en avoir ; il insinue que ces derniers se fourvoient, sans explorer une seule fois la possibilité que les prétendus meneurs qu’il prend en exemple sont peut-être illégitime à parler pour le mouvement; qu’ils ne sont pas reconnu comme des leaders par le mouvement non-hiérarchique, mais qu’ils sont au contraire des agitateurs servant à décrédibiliser le message plus général des Gilets Jaunes. Mais l’auteur, que se soit par biais bourgeois, ou par malhonnêteté, ignore totalement cela. Il parle aussi des médias de milliardaire comme une source d’information fiable, et raille la critique qu’en fait les Gilets Jaunes. Il passe énormément de temps à critiquer les gens qui se sont autoproclamés leaders d’un mouvement qui ne voulait pas d’eux, sans remettre en question leur visibilité dans les grands médias justement, et ne donne quasi aucun exemple en contrepoint, du langage de l’état français à l’encontre des Gilets Jaunes. L’auteur utilise également la novlangue qu’il dénonce, par exemple « complosphère ». (p.192) Il fait aussi preuve de condescendance classiste à de nombreuses reprises. Il confond le manque d’éducation bourgeoise avec de la rhétorique fasciste consciente, et pratique un relativisme, qu’il pourrait qualifier lui-même de brunâtre, entre les idées progressistes et les idées fascistes. Dernière exemple, car je n’ai pas envie de prendre le temps de débunker tout le livre, les accusations contre les personnes qui critiquent les institutions scolaires. Critiquer le cadre carcéral de l’école n’est absolument pas l’équivalent de critiquer l’éducation en tant que telle. Si j’étais classiste, je pourrais dire que de nombreux auteurs réputés ont approfondi cette problématique, et que confondre ces critiques légitimes et réfléchies avec un bête anti-savoir de droite relève soit d’une grave incompréhension, soit d'une malhonnêteté crasse. (p.309) Le pire, c’est qu’au-delà de tout ces problèmes, la pensée d’Olivier Mannoni n’est pas très intéressante et reste en surface ; il est à mille lieues de la pertinence de Victor Klemperer et de son analyse du LTI par exemple. « Coulée brune » est donc un travail assez fascinant où l’on observe l’auteur pratiquer ce qu’il condamne dans le même temps. Je donne néanmoins le bénéfice du doute à Olivier Mannoni, je pense qu’il s’agit là plus d’ignorance et de biais subconscients que de malice. N’empêche, c’est un comble.