Voici le discours de la méthode trumpiste. Non pas théorique, mais vu de l’intérieur. Philippe Corbé, qui a longtemps vécu aux Etats-Unis et a publié plusieurs livres sur la politique et la société américaines, notamment une biographie de Roy Cohn, le maître en diablerie de Donald Trump, aborde ici la captation des esprits par Donald Trump. Ecrit à la première personne, à partir de choses vues et de réflexions à long terme, Armes de distraction massive parcourt en brefs chapitres la façon dont Donald Trump, depuis les années 1980, a réussi à détruire la politique traditionnelle telle que la démocratie américaine la pratiquait. D’une couverture de GQ qui a tout changé en 1984 aux dernières provocations de l’apprenti dictateur de la Maison-Blanche et de sa garde rapprochée, voici la construction d’une prise de pouvoir au moyen de l’absorption des codes de la bande dessinée, du rire destructeur et de la saturation par des provocations perpétuelles. Bien plus qu’Orwell, nous dit Philippe Corbé, c’est Aldous Huxley qu’il faut regarder, et son Meilleur des mondes prédisant le gouvernement par l’insignifiance érigée en système. Le trumpisme vu de l’intérieur. Ne soyez pas rassurés.
Merci à Netgalley et aux éditions Grasset pour cet exemplaire
Philippe Corbé est un excellent spécialiste des Etats Unis, il y a longtemps été correspondant (et il a aussi accessoirement un mari américain, ça joue dans la connaissance d'un pays) et il parle donc d'un pays qu'il connait très bien. J'ai beaucoup aimé l'angle de ce livre, on parle beaucoup de la manière de communiquer de Trump mais c'est la première fois qu'il y a une analyse et un commentaire aussi complet de sa manière de faire. En gros Trump gueule, il occupe l'espace (médiatique et physique), il parle il parle il parle, en espérant épuiser son auditoire pour ne faire passer que son message. L'auteur explique assez bien que cette technique n'est pas nouvelle et ne date pas vraiment de Trump ; elle est un peu une conséquence de nos modes de communication : télévision, réseaux sociaux...la parole est souvent à celui qui gueule le plus fort ou à celui qui sera le plus choquant (Trump aime bien cumuler les deux techniques). C'est aussi un aspect assez connu de la culture américaine, comme l'aura noté toute personne ayant passé quelques minutes devant leurs chaines d'info en continu. Pendant que Trump s'agite, ses éminences grises (très bien décrites par l'auteur) s'activent, ça marche comme un spectacle de magie.
Ce n'est pas forcément ce dont on parle le plus dans le cadre d'un livre de non fiction, mais j'ai aussi beaucoup aimé l'écriture. Elle est très fluide et ça rend le récit vraiment agréable à lire